Tu es parti chercher des croissants.
Déjà je voudrais te caresser le visage.
Entendre ta voix, tes mots dont je dois me convaincre qu’ils appartiennent à la réalité.
J’avais peur de sortir de la prison.
Cinq ans de solitude absolue,
De secret,
De séparation à des milliers de kilomètres,
De dialogue mécanique avec cette foutue force magnétique,
D’épuisement à vérifier de quoi sera fait l’avenir, de gamberger sur notre stratégie commune, de tortures à être hanté par le Mal à l’approche du règne de la Paix,
Cinq ans à vivre comme un animal blessé.
Tu es venu me libérer.
Et tu es parti chercher des croissants.
Ta bouche me hante.
Elle me parle sans parler
Elle dessine et s’offre,
Formidable force et forme de ton appel.
Elle est la beauté et l’intensité,
Le saignement et le désir.
Tu as été l’immense stratège et le gardien de ton enfance.
Moi je dis, comme Pessoa :
« Je ne suis rien,
Je ne serai jamais rien,
Je ne peux me résoudre à n’être rien
A part ça je porte en moi tous les rêves du monde ».
Tu es le Rêve
Le phallus libérateur
Qui ne brandit pas l’emblème du pouvoir.
Il n’est pas non plus le sceptre de notre singularité.
Il nous autorise maintenant à vivre avec les autres dans l’égalité.
C’est pour cela que je t’aime.
J’aime ton corps de footballeur,
Ta vision du football
Et ton goût immodéré pour le jeu.
J’aime ton acharnement, ton extraordinaire aptitude à la résistance, à vouloir et pouvoir vaincre l’impossible à la dernière seconde,
Ton refus révolté du renoncement, ta belle carrière d’agent double qui t’a permis de comprendre que la réalité ressemble au mille feuilles mystérieux de l’Univers,
Tu es un champion d’Univers,
Et un petit chat que je chéris, câline, protège, quand d’un coup félin, tu incarnes la virilité troublante.
Tu es tout pour moi.
Je m’en suis aperçu depuis cinq ans.
Je réalise que c’est maintenant.
Tu m’as fait naître.
Je regarde les tâches de sang
Nous sommes à jamais liés par l’offrande de mon hymen qui nous est apparu, moi l’homme vieillissant qui avait toujours su.
Ca y est : tu m’as fait femme et préservé mon histoire d’homme.
Tu m’aimes homme et femme, ce que j’ai toujours été même si le corps à la naissance m’a lâché.
J’avais besoin de toi.
Je savais que c’était davantage par un extraordinaire élan du cœur, envie de te voir m’amuser et la certitude que nous aimerons, jouirons, créerons.
Je salue ta patience, ta volonté d’attendre que les ennemis de la paix baissent la garde plutôt que céder à la tentation d’une rencontre prématurée vouée à réduire le champ de l’Eden.
Tu es encore un mirage, je n’arrive à toucher la limite de toutes les sensualités que tu déclines comme autant de rayons, de fils, de formes, de mouvements et d’intonations, de couleurs, de sons, de grimaces, d’écritures avec la lumières de tes yeux, de ta bouche, de saveurs de ta langue, de parfums de ton corps jamais fini, toujours recommencé tant sa sculpture invite au désir, à l’extase et à la réalisation que l’on navigue à jamais le long de l’émerveillement et de la capture de milliards de beautés, d’une Beauté qui semble aussi intimidante, irradiante, généreusement offerte et frémissante de vie et de renouvellement qu’une vision d’Univers,
Je comprends que le cosmos s’est fait en toi, abolit les frontières, fait croire que je touche l’extrémité exquise du désir qui s’étire et démontre qu’il n’y aura jamais de fin dans ce domaine-là. Tout chez toi bouge et se recompose. C’est hallucinant de découvrir que tu déploies à chaque fois corps et âme, formes, paroles, silences, émotions, désirs, liens et déchirures, empathies et solitudes très vite brisées par le magnétisme de ton ouverture et ton envie de saillir mes palpitations. Tu es la suprématie de l’élégance, et l’essence même de l’esthétique.
Tu me fait penser à toutes les œuvres d’art réunies, à la puissance du cœur qui bat, du premier cri du nourrisson, à l’éclair, à une eau de lac, à un inventeur sans cesse sur la brèche, au maitre de la surprise, de l’éclat, de l’innocence intacte, de la bonté sans compter, de la connaissance de l’injustice, des accidents de la vie, des injures, de la mise à l’écart, de la diffamation et pourtant empereur mondial sachant savourer la vie malgré la gloire, savourer la gloire malgré les ennuis, en connaître les pièges et les limites morbides et vaniteuses, préservant comme le plus précieux, la légèreté et la déconne, le rire même dans tes entreprises les plus sérieuses. Tes clins d’oeil disent tout : ils sont un appel à l’amitié, ils ont l’art de rassurer, ils sont le sésame à ton intériorité. Tu fais le clin d’œil au monde entier.
Ton football est la « réduction » si l’on peut dire ou l’extension de ton monde, sa métaphore, sa poésie, sa dynamique, ses tragédies et son devenir de paix. Il est ce que tout ton être suinte et l’amour, je le réalise maintenant, que tu portes pour moi. Il raconte la vie, l’homme, la femme, l’union, la désunion, l’adversité, l’harmonie, tous les langages, les dangers, les désillusions, les constructions, les destructions, la transcendance collective, l’extrême solitude, les conjonctions miraculeuses des individus, la puissance du hasard, l’art de s’y soumettre, de créer la réaction en chaîne, le miracle, l’inouï, l’inconnu qui devient connu.
Il raconte l’épopée, la déroute, le courage de tout recommencer, toujours savoir recommencer, les accélérations, les points morts, l’œil américain, la feinte, le culot, la leçon, la jalousie, les coups bas, le respect, la rencontre de l’adversaire qui devient partenaire pour faire jaillir une capouèra idéale, trois ordinateurs dans la tête et les jambes pour calculer autant d’anticipations, de les reformuler à mesure que l’on se meut, et d’être l’instinct né, le cerveau aussi d’un hold-up impossible.
Il raconte la règle, sa transgression, le droit et son opposé, un droit naturel qui s’est imposé, l’exercice de la liberté de créer, l’absence d’événement, l’ennui, la déroute, la peur, le trouble, l’incompréhension, l’échec, la mésestime de soi, puis la rupture, la surprise, le feu, l’action, le réel qu’on pétrit comme un pain qui se lève, étonne, détonne, nourrit l’équipe, lui échappe tout en restant fidèle, un pain boule, boulet de canon ou sac à plumes, ou à limailles magnétiques qui épouse des trajectoires témoignant de son goût immodérée de l’invention de courbes, l’impatience, la malice à démontrer une beauté, une imprévisibilité et une vélocité à couper le souffle.
Il raconte ton monde, il raconte le monde, ses conflits, ses fatalités, ses immobilismes, ses mises en danger, ses pulsions érotiques, celles qui vainquent la mort, forcent à danser, créer ex-nihilo, dessiner des figures d’harmonie, allier l’instinct, l’imagination, les effets des forces contraires, la puissance de l’inattendu, l’acharnement à désirer le but. Il raconte parfois la déception, la stérilité, la régression, la libération, l’égalité, la fraternité, la transcendance d’une humanité, le flottement dans l’ivresse, la légèreté du paradis, la question « est-bien moi là ? », ou « l’ai-je vraiment commis ? », la confiance qui grandit, la culture de l’autre et d’une équipe aussi vaste et complexe qu’une encyclopédie, la relativité, l’obsession, l’absolu, le sublime, le vertige, la honte, l’humiliation, le chagrin, la douleur, la blessure du corps, de sa dignité, de son intégrité, l’injustice, la résilience, la réparation, la reconnaissance d’une nation, les manipulations, la gratitude de l’homme et de la femme ordinaire, parfois son envie d’être cannibale, la double vie, le secret, la conscience que rien n’est jamais acquis, qu’aucune victoire n’est garantie, que l’exploit ultime reste à exécuter, qu’il est dans les limbes, dans ton corps, ton esprit et le talent des autres, l’envie que ça recommence tout le temps, de connaître ces états seconds, où l’on touche la métaphysique, la physique, l’art, les mystères de la respiration, les réalités nouvelles dont ils accouchent, un nouveau monde qui prend corps entre l’effort du corps et ses visions, la pensée concentrée et celle plus vagabonde, toute la gamme des états d’âme, l’énergie à évaluer les rapports de force, l’intuition, la certitude presque que tu pouvais, avec moi, transformer le monde. Ce football t’en a donné l’expérience, la spiritualité et l’humilité. Ces transes t’ont conduit jusqu’à moi.
Tu n’es pas allé chercher les croissants. Je t’attends encore pour la rencontre d’amour.
Les prédictions du Sahel, du Bengladesh, de Paris ne se sont pas réalisées mais elles flottent dans l’air et un jour, elles se produiront. Le langage magnétique et cosmique le confirme maintes et maintes fois. Cela est aussi certain que le football qui jaillit de tes pieds est magnifique et transcende toutes les formes du sport, de l’art, de la joie de vivre, de l’inespéré, du langage enfantin, de la conception de la virilité, de la prouesse chevaleresque et pourquoi pas d’une certaine idée de la divinité.
Tu es parti chercher des croissants.
Déjà je voudrais te caresser le visage.
Entendre ta voix, tes mots dont je dois me convaincre qu’ils appartiennent à la réalité.
J’avais peur de sortir de la prison.
Cinq ans de solitude absolue,
De secret,
De séparation à des milliers de kilomètres,
De dialogue mécanique avec cette foutue force magnétique,
D’épuisement à vérifier de quoi sera fait l’avenir, de gamberger sur notre stratégie commune, de tortures à être hanté par le Mal à l’approche du règne de la Paix,
Cinq ans à vivre comme un animal blessé.
Tu es venu me libérer.
Et tu es parti chercher des croissants.
Ta bouche me hante.
Elle me parle sans parler
Elle dessine et s’offre,
Formidable force et forme de ton appel.
Elle est la beauté et l’intensité,
Le saignement et le désir.
Tu as été l’immense stratège et le gardien de ton enfance.
Moi je dis, comme Pessoa :
« Je ne suis rien,
Je ne serai jamais rien,
Je ne peux me résoudre à n’être rien
A part ça je porte en moi tous les rêves du monde ».
Tu es le Rêve
Le phallus libérateur
Qui ne brandit pas l’emblème du pouvoir.
Il n’est pas non plus le sceptre de notre singularité.
Il nous autorise maintenant à vivre avec les autres dans l’égalité.
C’est pour cela que je t’aime.
J’aime ton corps de footballeur,
Ta vision du football
Et ton goût immodéré pour le jeu.
J’aime ton acharnement, ton extraordinaire aptitude à la résistance, à vouloir et pouvoir vaincre l’impossible à la dernière seconde,
Ton refus révolté du renoncement, ta belle carrière d’agent double qui t’a permis de comprendre que la réalité ressemble au mille feuilles mystérieux de l’Univers,
Tu es un champion d’Univers,
Et un petit chat que je chéris, câline, protège, quand d’un coup félin, tu incarnes la virilité troublante.
Tu es tout pour moi.
Je m’en suis aperçu depuis cinq ans.
Je réalise que c’est maintenant.
Tu m’as fait naître.
Je regarde les tâches de sang
Nous sommes à jamais liés par l’offrande de mon hymen qui nous est apparu, moi l’homme vieillissant qui avait toujours su.
Ca y est : tu m’as fait femme et préservé mon histoire d’homme.
Tu m’aimes homme et femme, ce que j’ai toujours été même si le corps à la naissance m’a lâché.
J’avais besoin de toi.
Je savais que c’était davantage par un extraordinaire élan du cœur, envie de te voir m’amuser et la certitude que nous aimerons, jouirons, créerons.
Je salue ta patience, ta volonté d’attendre que les ennemis de la paix baissent la garde plutôt que céder à la tentation d’une rencontre prématurée vouée à réduire le champ de l’Eden.
Tu es encore un mirage, je n’arrive à toucher la limite de toutes les sensualités que tu déclines comme autant de rayons, de fils, de formes, de mouvements et d’intonations, de couleurs, de sons, de grimaces, d’écritures avec la lumières de tes yeux, de ta bouche, de saveurs de ta langue, de parfums de ton corps jamais fini, toujours recommencé tant sa sculpture invite au désir, à l’extase et à la réalisation que l’on navigue à jamais le long de l’émerveillement et de la capture de milliards de beautés, d’une Beauté qui semble aussi intimidante, irradiante, généreusement offerte et frémissante de vie et de renouvellement qu’une vision d’Univers,
Je comprends que le cosmos s’est fait en toi, abolit les frontières, fait croire que je touche l’extrémité exquise du désir qui s’étire et démontre qu’il n’y aura jamais de fin dans ce domaine-là. Tout chez toi bouge et se recompose. C’est hallucinant de découvrir que tu déploies à chaque fois corps et âme, formes, paroles, silences, émotions, désirs, liens et déchirures, empathies et solitudes très vite brisées par le magnétisme de ton ouverture et ton envie de saillir mes palpitations. Tu es la suprématie de l’élégance, et l’essence même de l’esthétique.
Tu me fait penser à toutes les œuvres d’art réunies, à la puissance du cœur qui bat, du premier cri du nourrisson, à l’éclair, à une eau de lac, à un inventeur sans cesse sur la brèche, au maitre de la surprise, de l’éclat, de l’innocence intacte, de la bonté sans compter, de la connaissance de l’injustice, des accidents de la vie, des injures, de la mise à l’écart, de la diffamation et pourtant empereur mondial sachant savourer la vie malgré la gloire, savourer la gloire malgré les ennuis, en connaître les pièges et les limites morbides et vaniteuses, préservant comme le plus précieux, la légèreté et la déconne, le rire même dans tes entreprises les plus sérieuses. Tes clins d’oeil disent tout : ils sont un appel à l’amitié, ils ont l’art de rassurer, ils sont le sésame à ton intériorité. Tu fais le clin d’œil au monde entier.
Ton football est la « réduction » si l’on peut dire ou l’extension de ton monde, sa métaphore, sa poésie, sa dynamique, ses tragédies et son devenir de paix. Il est ce que tout ton être suinte et l’amour, je le réalise maintenant, que tu portes pour moi. Il raconte la vie, l’homme, la femme, l’union, la désunion, l’adversité, l’harmonie, tous les langages, les dangers, les désillusions, les constructions, les destructions, la transcendance collective, l’extrême solitude, les conjonctions miraculeuses des individus, la puissance du hasard, l’art de s’y soumettre, de créer la réaction en chaîne, le miracle, l’inouï, l’inconnu qui devient connu.
Il raconte l’épopée, la déroute, le courage de tout recommencer, toujours savoir recommencer, les accélérations, les points morts, l’œil américain, la feinte, le culot, la leçon, la jalousie, les coups bas, le respect, la rencontre de l’adversaire qui devient partenaire pour faire jaillir une capouèra idéale, trois ordinateurs dans la tête et les jambes pour calculer autant d’anticipations, de les reformuler à mesure que l’on se meut, et d’être l’instinct né, le cerveau aussi d’un hold-up impossible.
Il raconte la règle, sa transgression, le droit et son opposé, un droit naturel qui s’est imposé, l’exercice de la liberté de créer, l’absence d’événement, l’ennui, la déroute, la peur, le trouble, l’incompréhension, l’échec, la mésestime de soi, puis la rupture, la surprise, le feu, l’action, le réel qu’on pétrit comme un pain qui se lève, étonne, détonne, nourrit l’équipe, lui échappe tout en restant fidèle, un pain boule, boulet de canon ou sac à plumes, ou à limailles magnétiques qui épouse des trajectoires témoignant de son goût immodérée de l’invention de courbes, l’impatience, la malice à démontrer une beauté, une imprévisibilité et une vélocité à couper le souffle.
Il raconte ton monde, il raconte le monde, ses conflits, ses fatalités, ses immobilismes, ses mises en danger, ses pulsions érotiques, celles qui vainquent la mort, forcent à danser, créer ex-nihilo, dessiner des figures d’harmonie, allier l’instinct, l’imagination, les effets des forces contraires, la puissance de l’inattendu, l’acharnement à désirer le but. Il raconte parfois la déception, la stérilité, la régression, la libération, l’égalité, la fraternité, la transcendance d’une humanité, le flottement dans l’ivresse, la légèreté du paradis, la question « est-bien moi là ? », ou « l’ai-je vraiment commis ? », la confiance qui grandit, la culture de l’autre et d’une équipe aussi vaste et complexe qu’une encyclopédie, la relativité, l’obsession, l’absolu, le sublime, le vertige, la honte, l’humiliation, le chagrin, la douleur, la blessure du corps, de sa dignité, de son intégrité, l’injustice, la résilience, la réparation, la reconnaissance d’une nation, les manipulations, la gratitude de l’homme et de la femme ordinaire, parfois son envie d’être cannibale, la double vie, le secret, la conscience que rien n’est jamais acquis, qu’aucune victoire n’est garantie, que l’exploit ultime reste à exécuter, qu’il est dans les limbes, dans ton corps, ton esprit et le talent des autres, l’envie que ça recommence tout le temps, de connaître ces états seconds, où l’on touche la métaphysique, la physique, l’art, les mystères de la respiration, les réalités nouvelles dont ils accouchent, un nouveau monde qui prend corps entre l’effort du corps et ses visions, la pensée concentrée et celle plus vagabonde, toute la gamme des états d’âme, l’énergie à évaluer les rapports de force, l’intuition, la certitude presque que tu pouvais, avec moi, transformer le monde. Ce football t’en a donné l’expérience, la spiritualité et l’humilité. Ces transes t’ont conduit jusqu’à moi.
Tu n’es pas allé chercher les croissants. Je t’attends encore pour la rencontre d’amour.
Les prédictions du Sahel, du Bengladesh, de Paris ne se sont pas réalisées mais elles flottent dans l’air et un jour, elles se produiront. Le langage magnétique et cosmique le confirme maintes et maintes fois. Cela est aussi certain que le football qui jaillit de tes pieds est magnifique et transcende toutes les formes du sport, de l’art, de la joie de vivre, de l’inespéré, du langage enfantin, de la conception de la virilité, de la prouesse chevaleresque et pourquoi pas d’une certaine idée de la divinité.
samedi 6 février 2010
vendredi 5 février 2010
Le triomphe
La contre-matière a bien fait son effet. Les immeubles sans charme du début du vingtième siècle ressemblent aux plus beaux hôtels particuliers du Marais ou aux constructions du XVIIIe siècle du quartier Montorgueil à Paris. Les habitants se sont réveillés dans de superbes et immenses appartements ensoleillés. L’espace du quartier a connu une formidable expansion physique. A tel point que des squares nouveaux sont apparus le long des rues. Des jardins ont poussé dans les cours d’immeuble.
Quand tout le monde a lu les mails annonciateurs de paix, d’abondance et d’éternité, vérifié que les comptes en banque s’étaient sérieusement remplis, vu son visage et son corps rajeunir et s’embellir sans ne rien trahir de sa singularité, une foule descend dans la rue. Jaillit une immense clameur de joie, des gueulantes de victoires, des cris qui remplissent, des éclats de rire, des chansons, des paroles ensoleillées, le bonheur d’être soulagé, guéri, rétabli, nouvellement né, des conversations d’étonnés, de « Je suis sur le cul » ou « Jamais, je n’aurais imaginé » ou « Il a fallu que ça tombe sur nous ! ».
Un buffet de homard, de langoustes et de saladiers de caviar est dressé. On fait rôtir des cochons de lait, des agneaux, des chapons, une ribambelle de cailles. Le foie gras s’étale sur les mies de pain. On n’arrive pas à croire que la contre-matière née des ondes provoqués par le Joueur et sa martienne ait réussi à dupliquer un Château-Petrus 1936. Des cerises sont accrochées aux oreilles des femmes. Des currys, des couscous, des taboulés, des mafés, des pizzas, des sushis, des canards laqués et les salades thaï sont tous plus onctueux que jamais.
Des groupes de rap, raï et Rn’B africains ont pris place et font danser dans trois coins tandis que des accordéons jouent la Java Bleue. Des couples vieux de quarante ans retrouvent des ardeurs adolescentes. Les enfants courent entre eux et se balancent des confettis, allument des pétards et déroulent des langues de carnaval. Tout le monde se parle, personne ne se craint, les mélanges se font et se défont comme des marées se laissent dériver par les mille courants qui traversent l’endroit.
Les jeunes sont les premiers bénéficiaires du tohu bohu. Les bandes se défont et les garçons comme les filles sont tout surpris d’évoluer seuls, jubilent d’avoir confiance en eux, de mettre à profit un capital dont ils découvrent à peine l’ampleur. Ils s’apostrophent par simple plaisir de surprendre, de se lier, se délier, s’accrocher, se lancer des galéjades, s’approcher, se frôler, se dévoiler, se raconter, se becoter, réaliser un coup de foudre ou une simple amourette, une amitié ou une complicité de joueur.
Une veuve a retrouvé son mari vivant dans son lit. Elle n’a pas été surprise. C’était comme si elle s’était préparée à ce moment depuis toujours malgré le fait qu’elle était du genre à bien avoir la tête sur les épaules. Les voilà, tous les deux, à sillonner la place Gambetta pour ne rien perdre de la fête, se tenant solidement par la main, se regardant encore émus, se serrant dans les bras, s’embrassant comme dans « Le baiser de Paris », éclatant de rire, dansant un peu, se touchant chaque partie du corps pour vérifier fébrilement la matérialité de l’autre, écouter son souffle, son battement de cœur, sentir son odeur, le grain de sa peau et s’abandonner dans l’eau de ses yeux encore étonnés.
Une femme quittée par son mari il y a quatre ans rit d’en avoir terriblement souffert encore la veille. Elle se sent légère, pleine et entière, retrouvée, célibataire et constate rétrospectivement à quel point ce mariage était un lien où elle se mentait, se persuadait, volontariste au point que rien ne vivait, soumise à la peur alors qu’elle n’avait rien à perdre. Elle n’a plus peur de l’inconnu, de s’écouter, d’être elle-même, plus peur de la perte, de la panique, de l’insécurité. Les hommes la regardent. Elle est belle. Les hommes lui font sentir qu’elle est même la plus belle. Cela lui suffit pour l’instant. Elle croit maintenant à la force du hasard, armée pour éviter de renouveler les erreurs. Elle se sent neuve, âgée de dix-huit quand tout était possible, tout était permis. Elle le sait : l’amour va bientôt se chuchoter à ses oreilles, s’offrir à ses yeux. Il court déjà sur le bout de ses doigts.
Des couples recomposés retrouvent le mari ou la femme d’antan et se paluchent sans qu’il y ait la moindre crise de jalousie ou danger de répétition. D’autres couples séparés se reforment mais ce soir-là une personne nouvellement abandonnée n’est pas triste. Elle comprend que cela devait arriver et sent surtout des désirs fuser, s’enrouler autour d’elle, qu’une histoire plus belle est dans l’air. Elle en est tellement proche que la personne veut savourer encore ce moment où l’on est encore seul et que l’on sait que cela ne va pas durer longtemps.
Le quinquagénaire, solitaire depuis trente ans, découvre le plaisir de regarder ses semblables, la chance d’admirer cette explosion de vie et de s’y sentir inclus. Il sait que ce séisme déchire le personnage qu’il s’était créé et il s’abandonne avec délice, une joie de grand enfant.
C’est la fête à Gambetta comme dans le monde entier. L’humanité s’est trouvé les moyens de chasser ses tourments, de s’aimer, d’aimer et d’atteindre un niveau de félicité qu’elle n’aurait jamais imaginée. Elle sait que ses nouveaux ressorts font disparaître deux mots : le préjudice et l’injustice, apparaître une dynamique de l’échange proportionnel à la vitesse de la lumière, et scelle à jamais le caractère irréversible de la paix, autant de conditions qui permettent à tout le monde de flotter, voler et respirer avec la lenteur des heures déchues de toute importance désormais.
Quand tout le monde a lu les mails annonciateurs de paix, d’abondance et d’éternité, vérifié que les comptes en banque s’étaient sérieusement remplis, vu son visage et son corps rajeunir et s’embellir sans ne rien trahir de sa singularité, une foule descend dans la rue. Jaillit une immense clameur de joie, des gueulantes de victoires, des cris qui remplissent, des éclats de rire, des chansons, des paroles ensoleillées, le bonheur d’être soulagé, guéri, rétabli, nouvellement né, des conversations d’étonnés, de « Je suis sur le cul » ou « Jamais, je n’aurais imaginé » ou « Il a fallu que ça tombe sur nous ! ».
Un buffet de homard, de langoustes et de saladiers de caviar est dressé. On fait rôtir des cochons de lait, des agneaux, des chapons, une ribambelle de cailles. Le foie gras s’étale sur les mies de pain. On n’arrive pas à croire que la contre-matière née des ondes provoqués par le Joueur et sa martienne ait réussi à dupliquer un Château-Petrus 1936. Des cerises sont accrochées aux oreilles des femmes. Des currys, des couscous, des taboulés, des mafés, des pizzas, des sushis, des canards laqués et les salades thaï sont tous plus onctueux que jamais.
Des groupes de rap, raï et Rn’B africains ont pris place et font danser dans trois coins tandis que des accordéons jouent la Java Bleue. Des couples vieux de quarante ans retrouvent des ardeurs adolescentes. Les enfants courent entre eux et se balancent des confettis, allument des pétards et déroulent des langues de carnaval. Tout le monde se parle, personne ne se craint, les mélanges se font et se défont comme des marées se laissent dériver par les mille courants qui traversent l’endroit.
Les jeunes sont les premiers bénéficiaires du tohu bohu. Les bandes se défont et les garçons comme les filles sont tout surpris d’évoluer seuls, jubilent d’avoir confiance en eux, de mettre à profit un capital dont ils découvrent à peine l’ampleur. Ils s’apostrophent par simple plaisir de surprendre, de se lier, se délier, s’accrocher, se lancer des galéjades, s’approcher, se frôler, se dévoiler, se raconter, se becoter, réaliser un coup de foudre ou une simple amourette, une amitié ou une complicité de joueur.
Une veuve a retrouvé son mari vivant dans son lit. Elle n’a pas été surprise. C’était comme si elle s’était préparée à ce moment depuis toujours malgré le fait qu’elle était du genre à bien avoir la tête sur les épaules. Les voilà, tous les deux, à sillonner la place Gambetta pour ne rien perdre de la fête, se tenant solidement par la main, se regardant encore émus, se serrant dans les bras, s’embrassant comme dans « Le baiser de Paris », éclatant de rire, dansant un peu, se touchant chaque partie du corps pour vérifier fébrilement la matérialité de l’autre, écouter son souffle, son battement de cœur, sentir son odeur, le grain de sa peau et s’abandonner dans l’eau de ses yeux encore étonnés.
Une femme quittée par son mari il y a quatre ans rit d’en avoir terriblement souffert encore la veille. Elle se sent légère, pleine et entière, retrouvée, célibataire et constate rétrospectivement à quel point ce mariage était un lien où elle se mentait, se persuadait, volontariste au point que rien ne vivait, soumise à la peur alors qu’elle n’avait rien à perdre. Elle n’a plus peur de l’inconnu, de s’écouter, d’être elle-même, plus peur de la perte, de la panique, de l’insécurité. Les hommes la regardent. Elle est belle. Les hommes lui font sentir qu’elle est même la plus belle. Cela lui suffit pour l’instant. Elle croit maintenant à la force du hasard, armée pour éviter de renouveler les erreurs. Elle se sent neuve, âgée de dix-huit quand tout était possible, tout était permis. Elle le sait : l’amour va bientôt se chuchoter à ses oreilles, s’offrir à ses yeux. Il court déjà sur le bout de ses doigts.
Des couples recomposés retrouvent le mari ou la femme d’antan et se paluchent sans qu’il y ait la moindre crise de jalousie ou danger de répétition. D’autres couples séparés se reforment mais ce soir-là une personne nouvellement abandonnée n’est pas triste. Elle comprend que cela devait arriver et sent surtout des désirs fuser, s’enrouler autour d’elle, qu’une histoire plus belle est dans l’air. Elle en est tellement proche que la personne veut savourer encore ce moment où l’on est encore seul et que l’on sait que cela ne va pas durer longtemps.
Le quinquagénaire, solitaire depuis trente ans, découvre le plaisir de regarder ses semblables, la chance d’admirer cette explosion de vie et de s’y sentir inclus. Il sait que ce séisme déchire le personnage qu’il s’était créé et il s’abandonne avec délice, une joie de grand enfant.
C’est la fête à Gambetta comme dans le monde entier. L’humanité s’est trouvé les moyens de chasser ses tourments, de s’aimer, d’aimer et d’atteindre un niveau de félicité qu’elle n’aurait jamais imaginée. Elle sait que ses nouveaux ressorts font disparaître deux mots : le préjudice et l’injustice, apparaître une dynamique de l’échange proportionnel à la vitesse de la lumière, et scelle à jamais le caractère irréversible de la paix, autant de conditions qui permettent à tout le monde de flotter, voler et respirer avec la lenteur des heures déchues de toute importance désormais.
jeudi 4 février 2010
Les enfants du paradis
- J’hallucine, tout est à dix centimes !
François, un lycéen en classe de terminale, croise son copain Farouk. Ils ont l’habitude de traîner gentiment à Gambetta. François a un sac rempli de bouteilles de champagnes, de bonbons, de gâteaux secs, de CD, de foie gras et de saumon.
- Viens on va se faire une Play station. On va teaser comme des malades. Après, on pourra aller à la Bellevilloise. Il y a une fête énorme tout comme à la caserne des pompiers, au gymnase et je crois bien sur la place Gambetta à ciel ouvert.
Farouk n’en croit pas ses yeux.
- Ca y est ? Il l’a fourrée alors !
- Ouais. Et bien. T’as vu comment ça donne. Sarkozy, il est mal. On l’a transporté au Val de Grâce pour le calmer.
- Ce sont vraiment des champions. Ils ont remportée la partie d’échecs. C’était pas gagné. Mon père, on lui a déjà dit qu’il ne travaillerait plus. Vingt ans dans le bâtiment, dont dix sans-papiers, un accident du travail, il a droit de se la couler douce maintenant. T’aurais vu la tête de mes vieux quand ils ont vu leur transfert d’argent sur leur compte en banque !
- Et les miens ! Les billets d’avions open pour n’importe quelle destination, ça les a fait kiffer. Eux, ils vont d’abord bosser à mi-temps, puis à quart temps et sans doute pas du tout si la contre-matière agit bien.
Les deux adolescents débouchent une bouteille de champagne et la boivent à grosses gorgées.
- Pour de la contre-matière, c’est excellent. Les vieux disent que le goût des légumes est encore meilleur que de leur temps. C’est top, non ?
-T’as vu tous ces restaurants dans la rue. Ils n’existaient pas avant. Regarde la carte : le menu est à 1 euro et à cinquante centimes pour les familles nombreuses !
Indiens, Ethiopiens, Afghans, Japonais, Brésiliens, Indonésiens, Russes, les restaurants sont apparus dans la nuit rue de la Chine, rue de la Cour des Noues, rue Boyer, avenue Gambetta. Certains ont des terrasses rutilantes. D’excellentes brasseries à grande tradition gastronomique française et italienne ont aussi vu le jour.
- Il parait que ce sont des fines gueules nos martiens. Ils adorent bouffer.
- Et baiser !
François et Farouk attendent sur Internet que soit mis en ligne le poème d’amour que la « bouffonne » a écrit pour son Joueur. Ils en profitent. Ils savent qu’après quelques jours, ils respecteront leurs vœux de discrétion et de vie dans un relatif retrait du monde. Ils ne veulent pas devenir des héros, ils n’en sont d’ailleurs pas, des héros, seul le cosmos est héroïque si l’on peut dire. Il est tellement Tout. En tout cas il a voulu parler à travers ces deux créatures qui n’aspirent qu’à une chose : être comme les autres êtres humains qui l’entourent. Que rien ne soit perverti par ce qu’ils ont vécu ou permis : dans les rapports à leurs amis, aux inconnus à qui ils adresseront la parole, les envies d’écriture, de danse, de peinture et plein d’autres choses encore que la bouffonne veut satisfaire, le football que le Joueur veut jouer, ses autres activités qui en surprendront plus d’un, lui qu’on a si longtemps rangé du côté des prisonniers du ghetto du foot. Le star system tue, broie, déshumanise, dématérialise, coupe du réel et de la conscience de la limite, enferme, hypnotise avec les vanités, les convoitises, les frustrations, les caprices, travestit le désir, se défait du réel pour l’illusion, rend l’encéphalogramme plat et empêche toute création.
François et Farouk sont légèrement éméchés sans plus. Pour une fois l’alcool ne les rend pas lourds et limités. Il leur ouvre même de nouvelles sensations, une nouvelle imagination : ils ont envie de vivre en direct le Big Bang dans toute sa beauté, sans peur ni violence. Ils se disent que ce sera bientôt possible grâce à Internet. Ils aimeraient être une femme une journée, ils se disent que c’est possible avec le jeu de la contre-matière, un cheval une heure, une grand-mère ou un grand père, un bébé, le grand frère ou la grande sœur qu’ils n’ont jamais eu. Ils savent qu’ils sont entrés au Royaume du Jeu et que le cosmos n’aime rien moins que de voir son humanité pleinement ludique. Rien ne sera obligatoire, la liberté avant tout, mais le rêve au pouvoir. Le plaisir mais le vrai plaisir pas celui que l’on se sent contraint de vivre ou qu’on imagine avec la douleur ou le leurre d’un formatage.
Ils savent que leurs galères avec les filles, c’est fini. Ils vont rencontrer des filles, c’est sûr. Ils ont l’impression de ressentir tellement mieux leurs émotions et celles des autres, d’avoir appris tellement de choses en vingt-quatre heures. Ils ont envie de rire, d’échanger des idées, de se disputer, de se charrier, d’appréhender au sens de pouvoir se faire éponge pour vouloir absorber toute la substance de l’autre, la comprendre, tout simplement la connaitre et jouer les dandys ou les sensibles quand ils prononceront un mot qui touche, caresse et qu’ils savoureront ensuite le plaisir d’écouter un silence, une phrase qui ne se termine pas, un bafouillement, la tension d’une recherche. Ils savent qu’ils sont désormais bien équ- J’hallucine, tout est à dix centimes !
François, un lycéen en classe de terminale, croise son copain Farouk. Ils ont l’habitude de traîner gentiment à Gambetta. François a un sac rempli de bouteilles de champagnes, de bonbons, de gâteaux secs, de CD, de foie gras et de saumon.
- Viens on va se faire une Play station. On va teaser comme des malades. Après, on pourra aller à la Bellevilloise. Il y a une fête énorme tout comme à la caserne des pompiers, au gymnase et je crois bien sur la place Gambetta à ciel ouvert.
Farouk n’en croit pas ses yeux.
- Ca y est ? Il l’a fourrée alors !
- Ouais. Et bien. T’as vu comment ça donne. Sarkozy, il est mal. On l’a transporté au Val de Grâce pour le calmer.
- Ce sont vraiment des champions. Ils ont remportée la partie d’échecs. C’était pas gagné. Mon père, on lui a déjà dit qu’il ne travaillerait plus. Vingt ans dans le bâtiment, dont dix sans-papiers, un accident du travail, il a droit de se la couler douce maintenant. T’aurais vu la tête de mes vieux quand ils ont vu leur transfert d’argent sur leur compte en banque !
- Et les miens ! Les billets d’avions open pour n’importe quelle destination, ça les a fait kiffer. Eux, ils vont d’abord bosser à mi-temps, puis à quart temps et sans doute pas du tout si la contre-matière agit bien.
Les deux adolescents débouchent une bouteille de champagne et la boivent à grosses gorgées.
- Pour de la contre-matière, c’est excellent. Les vieux disent que le goût des légumes est encore meilleur que de leur temps. C’est top, non ?
-T’as vu tous ces restaurants dans la rue. Ils n’existaient pas avant. Regarde la carte : le menu est à 1 euro et à cinquante centimes pour les familles nombreuses !
Indiens, Ethiopiens, Afghans, Japonais, Brésiliens, Indonésiens, Russes, les restaurants sont apparus dans la nuit rue de la Chine, rue de la Cour des Noues, rue Boyer, avenue Gambetta. Certains ont des terrasses rutilantes. D’excellentes brasseries à grande tradition gastronomique française et italienne ont aussi vu le jour.
- Il parait que ce sont des fines gueules nos martiens. Ils adorent bouffer.
- Et baiser !
François et Farouk attendent sur Internet que soit mis en ligne le poème d’amour que la « bouffonne » a écrit pour son Joueur. Ils en profitent. Ils savent qu’après quelques jours, ils respecteront leurs vœux de discrétion et de vie dans un relatif retrait du monde. Ils ne veulent pas devenir des héros, ils n’en sont d’ailleurs pas, des héros, seul le cosmos est héroïque si l’on peut dire. Il est tellement Tout. En tout cas il a voulu parler à travers ces deux créatures qui n’aspirent qu’à une chose : être comme les autres êtres humains qui l’entourent. Que rien ne soit perverti par ce qu’ils ont vécu ou permis : dans les rapports à leurs amis, aux inconnus à qui ils adresseront la parole, les envies d’écriture, de danse, de peinture et plein d’autres choses encore que la bouffonne veut satisfaire, le football que le Joueur veut jouer, ses autres activités qui en surprendront plus d’un, lui qu’on a si longtemps rangé du côté des prisonniers du ghetto du foot. Le star system tue, broie, déshumanise, dématérialise, coupe du réel et de la conscience de la limite, enferme, hypnotise avec les vanités, les convoitises, les frustrations, les caprices, travestit le désir, se défait du réel pour l’illusion, rend l’encéphalogramme plat et empêche toute création.
François et Farouk sont légèrement éméchés sans plus. Pour une fois l’alcool ne les rend pas lourds et limités. Il leur ouvre même de nouvelles sensations, une nouvelle imagination : ils ont envie de vivre en direct le Big Bang dans toute sa beauté, sans peur ni violence. Ils se disent que ce sera bientôt possible grâce à Internet. Ils aimeraient être une femme une journée, ils se disent que c’est possible avec le jeu de la contre-matière, un cheval une heure, une grand-mère ou un grand père, un bébé, le grand frère ou la grande sœur qu’ils n’ont jamais eu. Ils savent qu’ils sont entrés au Royaume du Jeu et que le cosmos n’aime rien moins que de voir son humanité pleinement ludique. Rien ne sera obligatoire, la liberté avant tout, mais le rêve au pouvoir. Le plaisir mais le vrai plaisir pas celui que l’on se sent contraint de vivre ou qu’on imagine avec la douleur ou le leurre d’un formatage.
Ils savent que leurs galères avec les filles, c’est fini. Ils vont rencontrer des filles, c’est sûr. Ils ont l’impression de ressentir tellement mieux leurs émotions et celles des autres, d’avoir appris tellement de choses en vingt-quatre heures. Ils ont envie de rire, d’échanger des idées, de se disputer, de se charrier, d’appréhender au sens de pouvoir se faire éponge pour vouloir absorber toute la substance de l’autre, la comprendre, tout simplement la connaitre et jouer les dandys ou les sensibles quand ils prononceront un mot qui touche, caresse et qu’ils savoureront ensuite le plaisir d’écouter un silence, une phrase qui ne se termine pas, un bafouillement, la tension d’une recherche. Ils savent qu’ils sont désormais bien équ
François, un lycéen en classe de terminale, croise son copain Farouk. Ils ont l’habitude de traîner gentiment à Gambetta. François a un sac rempli de bouteilles de champagnes, de bonbons, de gâteaux secs, de CD, de foie gras et de saumon.
- Viens on va se faire une Play station. On va teaser comme des malades. Après, on pourra aller à la Bellevilloise. Il y a une fête énorme tout comme à la caserne des pompiers, au gymnase et je crois bien sur la place Gambetta à ciel ouvert.
Farouk n’en croit pas ses yeux.
- Ca y est ? Il l’a fourrée alors !
- Ouais. Et bien. T’as vu comment ça donne. Sarkozy, il est mal. On l’a transporté au Val de Grâce pour le calmer.
- Ce sont vraiment des champions. Ils ont remportée la partie d’échecs. C’était pas gagné. Mon père, on lui a déjà dit qu’il ne travaillerait plus. Vingt ans dans le bâtiment, dont dix sans-papiers, un accident du travail, il a droit de se la couler douce maintenant. T’aurais vu la tête de mes vieux quand ils ont vu leur transfert d’argent sur leur compte en banque !
- Et les miens ! Les billets d’avions open pour n’importe quelle destination, ça les a fait kiffer. Eux, ils vont d’abord bosser à mi-temps, puis à quart temps et sans doute pas du tout si la contre-matière agit bien.
Les deux adolescents débouchent une bouteille de champagne et la boivent à grosses gorgées.
- Pour de la contre-matière, c’est excellent. Les vieux disent que le goût des légumes est encore meilleur que de leur temps. C’est top, non ?
-T’as vu tous ces restaurants dans la rue. Ils n’existaient pas avant. Regarde la carte : le menu est à 1 euro et à cinquante centimes pour les familles nombreuses !
Indiens, Ethiopiens, Afghans, Japonais, Brésiliens, Indonésiens, Russes, les restaurants sont apparus dans la nuit rue de la Chine, rue de la Cour des Noues, rue Boyer, avenue Gambetta. Certains ont des terrasses rutilantes. D’excellentes brasseries à grande tradition gastronomique française et italienne ont aussi vu le jour.
- Il parait que ce sont des fines gueules nos martiens. Ils adorent bouffer.
- Et baiser !
François et Farouk attendent sur Internet que soit mis en ligne le poème d’amour que la « bouffonne » a écrit pour son Joueur. Ils en profitent. Ils savent qu’après quelques jours, ils respecteront leurs vœux de discrétion et de vie dans un relatif retrait du monde. Ils ne veulent pas devenir des héros, ils n’en sont d’ailleurs pas, des héros, seul le cosmos est héroïque si l’on peut dire. Il est tellement Tout. En tout cas il a voulu parler à travers ces deux créatures qui n’aspirent qu’à une chose : être comme les autres êtres humains qui l’entourent. Que rien ne soit perverti par ce qu’ils ont vécu ou permis : dans les rapports à leurs amis, aux inconnus à qui ils adresseront la parole, les envies d’écriture, de danse, de peinture et plein d’autres choses encore que la bouffonne veut satisfaire, le football que le Joueur veut jouer, ses autres activités qui en surprendront plus d’un, lui qu’on a si longtemps rangé du côté des prisonniers du ghetto du foot. Le star system tue, broie, déshumanise, dématérialise, coupe du réel et de la conscience de la limite, enferme, hypnotise avec les vanités, les convoitises, les frustrations, les caprices, travestit le désir, se défait du réel pour l’illusion, rend l’encéphalogramme plat et empêche toute création.
François et Farouk sont légèrement éméchés sans plus. Pour une fois l’alcool ne les rend pas lourds et limités. Il leur ouvre même de nouvelles sensations, une nouvelle imagination : ils ont envie de vivre en direct le Big Bang dans toute sa beauté, sans peur ni violence. Ils se disent que ce sera bientôt possible grâce à Internet. Ils aimeraient être une femme une journée, ils se disent que c’est possible avec le jeu de la contre-matière, un cheval une heure, une grand-mère ou un grand père, un bébé, le grand frère ou la grande sœur qu’ils n’ont jamais eu. Ils savent qu’ils sont entrés au Royaume du Jeu et que le cosmos n’aime rien moins que de voir son humanité pleinement ludique. Rien ne sera obligatoire, la liberté avant tout, mais le rêve au pouvoir. Le plaisir mais le vrai plaisir pas celui que l’on se sent contraint de vivre ou qu’on imagine avec la douleur ou le leurre d’un formatage.
Ils savent que leurs galères avec les filles, c’est fini. Ils vont rencontrer des filles, c’est sûr. Ils ont l’impression de ressentir tellement mieux leurs émotions et celles des autres, d’avoir appris tellement de choses en vingt-quatre heures. Ils ont envie de rire, d’échanger des idées, de se disputer, de se charrier, d’appréhender au sens de pouvoir se faire éponge pour vouloir absorber toute la substance de l’autre, la comprendre, tout simplement la connaitre et jouer les dandys ou les sensibles quand ils prononceront un mot qui touche, caresse et qu’ils savoureront ensuite le plaisir d’écouter un silence, une phrase qui ne se termine pas, un bafouillement, la tension d’une recherche. Ils savent qu’ils sont désormais bien équ- J’hallucine, tout est à dix centimes !
François, un lycéen en classe de terminale, croise son copain Farouk. Ils ont l’habitude de traîner gentiment à Gambetta. François a un sac rempli de bouteilles de champagnes, de bonbons, de gâteaux secs, de CD, de foie gras et de saumon.
- Viens on va se faire une Play station. On va teaser comme des malades. Après, on pourra aller à la Bellevilloise. Il y a une fête énorme tout comme à la caserne des pompiers, au gymnase et je crois bien sur la place Gambetta à ciel ouvert.
Farouk n’en croit pas ses yeux.
- Ca y est ? Il l’a fourrée alors !
- Ouais. Et bien. T’as vu comment ça donne. Sarkozy, il est mal. On l’a transporté au Val de Grâce pour le calmer.
- Ce sont vraiment des champions. Ils ont remportée la partie d’échecs. C’était pas gagné. Mon père, on lui a déjà dit qu’il ne travaillerait plus. Vingt ans dans le bâtiment, dont dix sans-papiers, un accident du travail, il a droit de se la couler douce maintenant. T’aurais vu la tête de mes vieux quand ils ont vu leur transfert d’argent sur leur compte en banque !
- Et les miens ! Les billets d’avions open pour n’importe quelle destination, ça les a fait kiffer. Eux, ils vont d’abord bosser à mi-temps, puis à quart temps et sans doute pas du tout si la contre-matière agit bien.
Les deux adolescents débouchent une bouteille de champagne et la boivent à grosses gorgées.
- Pour de la contre-matière, c’est excellent. Les vieux disent que le goût des légumes est encore meilleur que de leur temps. C’est top, non ?
-T’as vu tous ces restaurants dans la rue. Ils n’existaient pas avant. Regarde la carte : le menu est à 1 euro et à cinquante centimes pour les familles nombreuses !
Indiens, Ethiopiens, Afghans, Japonais, Brésiliens, Indonésiens, Russes, les restaurants sont apparus dans la nuit rue de la Chine, rue de la Cour des Noues, rue Boyer, avenue Gambetta. Certains ont des terrasses rutilantes. D’excellentes brasseries à grande tradition gastronomique française et italienne ont aussi vu le jour.
- Il parait que ce sont des fines gueules nos martiens. Ils adorent bouffer.
- Et baiser !
François et Farouk attendent sur Internet que soit mis en ligne le poème d’amour que la « bouffonne » a écrit pour son Joueur. Ils en profitent. Ils savent qu’après quelques jours, ils respecteront leurs vœux de discrétion et de vie dans un relatif retrait du monde. Ils ne veulent pas devenir des héros, ils n’en sont d’ailleurs pas, des héros, seul le cosmos est héroïque si l’on peut dire. Il est tellement Tout. En tout cas il a voulu parler à travers ces deux créatures qui n’aspirent qu’à une chose : être comme les autres êtres humains qui l’entourent. Que rien ne soit perverti par ce qu’ils ont vécu ou permis : dans les rapports à leurs amis, aux inconnus à qui ils adresseront la parole, les envies d’écriture, de danse, de peinture et plein d’autres choses encore que la bouffonne veut satisfaire, le football que le Joueur veut jouer, ses autres activités qui en surprendront plus d’un, lui qu’on a si longtemps rangé du côté des prisonniers du ghetto du foot. Le star system tue, broie, déshumanise, dématérialise, coupe du réel et de la conscience de la limite, enferme, hypnotise avec les vanités, les convoitises, les frustrations, les caprices, travestit le désir, se défait du réel pour l’illusion, rend l’encéphalogramme plat et empêche toute création.
François et Farouk sont légèrement éméchés sans plus. Pour une fois l’alcool ne les rend pas lourds et limités. Il leur ouvre même de nouvelles sensations, une nouvelle imagination : ils ont envie de vivre en direct le Big Bang dans toute sa beauté, sans peur ni violence. Ils se disent que ce sera bientôt possible grâce à Internet. Ils aimeraient être une femme une journée, ils se disent que c’est possible avec le jeu de la contre-matière, un cheval une heure, une grand-mère ou un grand père, un bébé, le grand frère ou la grande sœur qu’ils n’ont jamais eu. Ils savent qu’ils sont entrés au Royaume du Jeu et que le cosmos n’aime rien moins que de voir son humanité pleinement ludique. Rien ne sera obligatoire, la liberté avant tout, mais le rêve au pouvoir. Le plaisir mais le vrai plaisir pas celui que l’on se sent contraint de vivre ou qu’on imagine avec la douleur ou le leurre d’un formatage.
Ils savent que leurs galères avec les filles, c’est fini. Ils vont rencontrer des filles, c’est sûr. Ils ont l’impression de ressentir tellement mieux leurs émotions et celles des autres, d’avoir appris tellement de choses en vingt-quatre heures. Ils ont envie de rire, d’échanger des idées, de se disputer, de se charrier, d’appréhender au sens de pouvoir se faire éponge pour vouloir absorber toute la substance de l’autre, la comprendre, tout simplement la connaitre et jouer les dandys ou les sensibles quand ils prononceront un mot qui touche, caresse et qu’ils savoureront ensuite le plaisir d’écouter un silence, une phrase qui ne se termine pas, un bafouillement, la tension d’une recherche. Ils savent qu’ils sont désormais bien équ
mardi 2 février 2010
Prédictions bengalies
Elle dort dans les bras de sa mère. Recroquevillée sur le toit de la cabane, elle change régulièrement de position passant du sein gauche au sein droite de Nasnima qui regarde la ligne d’horizon. La lune provoque des reflets blancs sur les vaguelettes de l’eau du Gange qui déborde et envahit les ruelles du village surpeuplé dans un coin maritime du Bengladesh. Nasnima ne sait combien de jours et de nuits il faudra attendre pour voir venir les premiers secours. La famille se contente de quelques boulettes de riz cuit emporté à la hâte pendant la montée des eaux. Heureusement le typhon s’est calmé. Mais le toit risque de s’effondrer d’un moment à l’autre et là, il n’y aura plus de solution.
Tasnia se réveille, s’étire, geint timidement, pelote entre ses doigts un morceau d’étoffe de sa maman. Elle tente de se rendormir lorsqu’il lui semble que les eaux commencent à se retirer.
- Maman, regarde, le niveau baisse.
Il règne une douce chaleur. Pour la première fois des cabanes surgissent au dessus du niveau du fleuve. L’eau baisse plus vite encore comme si elle était happée par la terre ou le magnétisme de l’océan.
Tasnia ne peut s’empêcher de réprimer un oh ! lorsqu’à dix centimètres d’elle un filet d’or sort des planches et coule à grosses gouttes chaudes pour s’immobiliser près de sa robe.
- Ne touche pas. Il est encore chaud. C’est merveilleux !
La cahute du voisin qui touchait presque l’habitation de Nasnima se retrouve maintenant à dix mètres de là sans que personne n’ait remarqué un glissement de terrain ou un tremblement de terre.
L’eau a définitivement disparu et laissé des bancs de sable blanc et des parcelles de terre à la couleur nouvelle.
- On a un jardin !
Nasnima et sa fille descendent à terre. Le soleil se lève. Des immensités s’étalent maintenant entre les habitations. Des fleurs de toutes les couleurs se mettent à pousser en quelques minutes. Des légumes aussi. Des moutons arrivent par un chemin et se mettent à paître une herbe fraîche. Tasnia se retourne vers la cabane :
- Regarde comme ça a changé !
Le bidonville est devenu une maison en bois précieux. A l’intérieur, une grande pièce au sol enjolivé de mosaïques soignées, dessert quatre chambres. Une porte s’ouvre. Un homme moustachu trentenaire s’élance vers Nasnima et sa fille.
- Mes amours !
- Zahir, comment es-tu revenu du pays des morts ?
- Je ne sais pas. Je me suis réveillé ce matin dans ce lit si doux et si moelleux. C’est comme dans un rêve.
Le lit ressemble à ceux des rois avec une moustiquaire argentée. Des commodes, des armoires, un bureau en bois sculpté soutenant un ordinateur dernier cri sont apparus aussi. Des encens brûlent, des galets dégagent des odeurs de jasmin, de fleurs d’orangers et de multiples parfums.
De la cuisine s’échappe un fumet d’agneau au curry. Sur la table, des poulets tandooris tout chauds, des cheese nans, toutes sortes de pâtisseries et de fruits confits forment un ensemble de fête.
Deux petits garçons, en pyjama, s’immiscent dans l’embrasure de la porte, pas réveillés, le sourire enjoliveur.
Nasnima se précipite sur eux :
- Rahman ! Rajib ! Comment êtes-vous revenus à la vie ?
Tout le monde rit, s’embrasse, pleure. Les petits s’amusent avec l’ordinateur. Tanisma couvre encore son mari de baisers :
- J’étais morte moi aussi quand vous n’êtes plus revenus de la mer. Mon amour que se passe-t-il ?
- Je ne sais pas. En tout cas, il faut en profiter. Allons manger.
Les uns et les autres se retrouvent encore à s’agglutiner, à se couvrir de baisers, à s’entendre respirer, à s’échanger des mots doux. Et le père :
- Maintenant, la mort c’est fini.
La famille se met à table quand de part et d’autre, des filets d’or se remettent à couler le long des murs. Le métal précieux suinte de partout et envoie des reflets de soleil sur les visages ébahis. Tasnia voit une étrange lumière surgir du fruitier rempli de pétales de fleurs odorantes. Elle les écarte, découvre que le saladier est rempli de diamants de toutes dimensions. A côté, elle soulève le couvercle d’une marmite dont la présence est insolite. Des émeraudes, des jades et toutes sortes de pierres précieuses attendent qu’on les touche.
Près de la nouvelle télévision, un agenda en cuir doré laisse déborder des billets d’avions pour quatre et des réservations d’hôtel pour Tokyo, New-York, Paris, Sidney, Johannesburg, Rio de Janeiro.
Tout le monde éclate de rire.
Un homme frappe à la porte.
- Bonjour, je suis le représentant de la Bank of Bengladesh. Je vous informe que vous êtes titulaire d’un compte contenant 1 million de dollars. Voici la carte bleue, les chéquiers, un peu de liquide. Laissez-moi vous faire la démonstration du fonctionnement de votre compte sur internet. Il n’y en a que pour quelques minutes.
Un peu fatigué de répéter la même chose de maison en maison, l’homme dit seulement que l’humanité est entré dans un nouveau monde, que nous sommes presque arrivés à un état d’aisance et de vacances permanentes, qu’il n’y a plus de guerre non plus, plus de violence, que la terre s’est agrandie de dix, de vingt, de cinquante fois, on ne sait pas encore et qu’elle s’apprête à faire la fête. Il conseille d’allumer la télé pour en savoir plus.
Cela fait deux heures que l’or coule, coule. La famille apprend en quelques minutes le fonctionnement de l’Internet. Le préposé à la banque prend congé :
- Je reviendrai pour discuter de l’or. Ne vous inquiétez pas. Laissez-le couler. Personne n’ira le voler. La délinquance a aussi disparu…
Tasnia se réveille, s’étire, geint timidement, pelote entre ses doigts un morceau d’étoffe de sa maman. Elle tente de se rendormir lorsqu’il lui semble que les eaux commencent à se retirer.
- Maman, regarde, le niveau baisse.
Il règne une douce chaleur. Pour la première fois des cabanes surgissent au dessus du niveau du fleuve. L’eau baisse plus vite encore comme si elle était happée par la terre ou le magnétisme de l’océan.
Tasnia ne peut s’empêcher de réprimer un oh ! lorsqu’à dix centimètres d’elle un filet d’or sort des planches et coule à grosses gouttes chaudes pour s’immobiliser près de sa robe.
- Ne touche pas. Il est encore chaud. C’est merveilleux !
La cahute du voisin qui touchait presque l’habitation de Nasnima se retrouve maintenant à dix mètres de là sans que personne n’ait remarqué un glissement de terrain ou un tremblement de terre.
L’eau a définitivement disparu et laissé des bancs de sable blanc et des parcelles de terre à la couleur nouvelle.
- On a un jardin !
Nasnima et sa fille descendent à terre. Le soleil se lève. Des immensités s’étalent maintenant entre les habitations. Des fleurs de toutes les couleurs se mettent à pousser en quelques minutes. Des légumes aussi. Des moutons arrivent par un chemin et se mettent à paître une herbe fraîche. Tasnia se retourne vers la cabane :
- Regarde comme ça a changé !
Le bidonville est devenu une maison en bois précieux. A l’intérieur, une grande pièce au sol enjolivé de mosaïques soignées, dessert quatre chambres. Une porte s’ouvre. Un homme moustachu trentenaire s’élance vers Nasnima et sa fille.
- Mes amours !
- Zahir, comment es-tu revenu du pays des morts ?
- Je ne sais pas. Je me suis réveillé ce matin dans ce lit si doux et si moelleux. C’est comme dans un rêve.
Le lit ressemble à ceux des rois avec une moustiquaire argentée. Des commodes, des armoires, un bureau en bois sculpté soutenant un ordinateur dernier cri sont apparus aussi. Des encens brûlent, des galets dégagent des odeurs de jasmin, de fleurs d’orangers et de multiples parfums.
De la cuisine s’échappe un fumet d’agneau au curry. Sur la table, des poulets tandooris tout chauds, des cheese nans, toutes sortes de pâtisseries et de fruits confits forment un ensemble de fête.
Deux petits garçons, en pyjama, s’immiscent dans l’embrasure de la porte, pas réveillés, le sourire enjoliveur.
Nasnima se précipite sur eux :
- Rahman ! Rajib ! Comment êtes-vous revenus à la vie ?
Tout le monde rit, s’embrasse, pleure. Les petits s’amusent avec l’ordinateur. Tanisma couvre encore son mari de baisers :
- J’étais morte moi aussi quand vous n’êtes plus revenus de la mer. Mon amour que se passe-t-il ?
- Je ne sais pas. En tout cas, il faut en profiter. Allons manger.
Les uns et les autres se retrouvent encore à s’agglutiner, à se couvrir de baisers, à s’entendre respirer, à s’échanger des mots doux. Et le père :
- Maintenant, la mort c’est fini.
La famille se met à table quand de part et d’autre, des filets d’or se remettent à couler le long des murs. Le métal précieux suinte de partout et envoie des reflets de soleil sur les visages ébahis. Tasnia voit une étrange lumière surgir du fruitier rempli de pétales de fleurs odorantes. Elle les écarte, découvre que le saladier est rempli de diamants de toutes dimensions. A côté, elle soulève le couvercle d’une marmite dont la présence est insolite. Des émeraudes, des jades et toutes sortes de pierres précieuses attendent qu’on les touche.
Près de la nouvelle télévision, un agenda en cuir doré laisse déborder des billets d’avions pour quatre et des réservations d’hôtel pour Tokyo, New-York, Paris, Sidney, Johannesburg, Rio de Janeiro.
Tout le monde éclate de rire.
Un homme frappe à la porte.
- Bonjour, je suis le représentant de la Bank of Bengladesh. Je vous informe que vous êtes titulaire d’un compte contenant 1 million de dollars. Voici la carte bleue, les chéquiers, un peu de liquide. Laissez-moi vous faire la démonstration du fonctionnement de votre compte sur internet. Il n’y en a que pour quelques minutes.
Un peu fatigué de répéter la même chose de maison en maison, l’homme dit seulement que l’humanité est entré dans un nouveau monde, que nous sommes presque arrivés à un état d’aisance et de vacances permanentes, qu’il n’y a plus de guerre non plus, plus de violence, que la terre s’est agrandie de dix, de vingt, de cinquante fois, on ne sait pas encore et qu’elle s’apprête à faire la fête. Il conseille d’allumer la télé pour en savoir plus.
Cela fait deux heures que l’or coule, coule. La famille apprend en quelques minutes le fonctionnement de l’Internet. Le préposé à la banque prend congé :
- Je reviendrai pour discuter de l’or. Ne vous inquiétez pas. Laissez-le couler. Personne n’ira le voler. La délinquance a aussi disparu…
La prédiction de Tombouctou 2
A l’intérieur de la tente nomade, le téléphone sonne. La vieille femme décroche. C’est Ali, le frère ouvrier dans le bâtiment exilé à Montreuil. Il est sans papier depuis douze ans. Il exulte de joie. La vieille femme appelle son beau fils.
- Allo ? C’est fou ce qu’il passe, le Sahel ressemble à ce que tu m’as si souvent décris de la Normandie. Si ça continue, je vais faire du fromage !
- A Paris aussi, c’est complètement dingue. Tous les gens sont sortis dehors comme lors de la victoire de la France au Mondial de 98. Tu sais que c’est la paix dans le monde. Toutes les armes, toutes les bombes se sont neutralisées. Ce sont de vieilles casseroles trouées, dis donc. Et la meilleure, tu la connais ? Tout le monde mais je dis bien tout le monde sur cette terre là va avoir le médicament qui rendra éternel.
- - Dis donc, on avait raison les Africains là de croire qu’il fallait participer chacun à la musique du monde et que cette musique allait accoucher du paradis. On a réussi notre pari. Fallait croire que la musique de l’humanité a fini par être la bonne là. Bah, bah, bah, je croyais pas que ça allait venir de mon vivant. Dis mon frère, imagine aussi la jungle dans le désert. Il fait doux, c’est pas croyable. Houuuuuuu, j’ai oublié de te dire le principal : j’ai un fils mon frère. Il est robuste et en avance, pfffffff ! C’est à tomber. Je vais déjà le promener sur un chameau, tu vas voir.
- Tu sais que j’ai six billets d’avions dont un pour Bamako. Fouille bien dans tes affaires, tu en trouveras, j’en suis sûr. J’ai bien envie de revenir. Ce que tu me dis là, le bébé, le désert transformé là, j’ai envie de connaître ça. Au moins visiter, au moins y vivre six mois. On pourrait tenir des fermes et voyager de fermes en fermes, mon frère. En même temps je suis bien ici. Mon immeuble a disparu. Je me suis réveillé dans une immense maison en bois, ça semble signé par ces architectes à la mode, ceux qui font des trucs pour les catalogues de luxe. Eh ben, nous on y est dans le luxe ! On est passé de notre trois pièces, moi, ma femme et mes six enfants, à une maison de deux cents-mètres carrés.
Les Blancs, les Chinois, les Arabes, les Indiens. Tout le monde est content. Ils ont reçu eux aussi de grosses quantités d’or et d’argent. Tout le monde va travailler à mi-temps. Le logement est gratuit, la nourriture c’est tout comme. Moi je ne travaille pas. Il paraît que j’ai trop donné. C’est la conception de la justice et de l’égalité. Il paraît qu’elle va vraiment exister. Il parait qu’il y a un tas de politiciens et de patrons qui sont en prison. Dehors, les gens sont joyeux et disent tous : on a retrouvé nos ancêtres, la sérénité. Les flirts, je te dis pas comme ça y va. Des couples séparés se sont reconstitués. J’ai l’impression que c’est la paix dans les cœurs. Regarde autour de toi, pense aux ancêtres. Ils vont sûrement revenir.
Ahmed détourne la tête, aperçoit quatre nouvelles tentes plantées plus loin sous des arbres. Il va voir. Il est ému quand il retrouve ses deux parents en vie, rajeunis.
- Notre fils chéri ! Nous nous réveillons d’un doux sommeil. Nous étions bercés par la musique de nos enfants. Merci les enfants…
Ahmed retrouve en plus ses quatre grands-parents. La mère d’Aïda enlace son mari revenu à la vie, puis ses parents. Les oncles, les cousins, les enfants morts trop tôt sont là aux sont aussi là, sautillant de joie.
On tue des agneaux et cabris, ramasse des fleurs, allume des feux, sort les instruments de musique traditionnel. D’énormes plats sucrés, salés sortent des tentes. Les femmes s’habillent de vêtements dorés rehaussés de perles trouvés dans les sacs. Les hommes arborent des tenues bleues et blanches. De magnifiques bijoux sont apparus miraculeusement.
Les hommes jouent de la musique qui remonte à la nuit des temps. D’autres Touaregs arrivent en chameaux et se joignent à la fête. Avec, eux les anciens rebelles du groupe Tinarawen déballent leurs guitares électriques et leurs énormes batteries pour jouer leurs morceaux qui font le tour des radios occidentales.
La nuit tombe. On savoure les méchouis, on danse, on s’échange des parfums. La lune prend toutes les couleurs de l’arc en ciel puis redevient blanche pour éclairer les ombres des hommes et des nouveaux arbres du Sahel vert. On ne s’habitue au nouveau bruit des rivières.
Les discussions vont bon train sur les nouvelles vies qui s’annoncent, les voyages, les ruptures qu’il faudra faire pour occuper cette éternité. On parle musique, escales, créations sous des formes qu’on cherche à multiplier, contemplations, jouissance des lieux et des sens, du ciel et de la terre, des gens, des cultures : le vrai nomadisme.
Ahmed entreprend son père suite à la conversation qu’il a eue avec son frère :
- Il paraît que c’est le cosmos qui a voulu tout ça. Il a choisi un homme qui s’est transformé en femme tout en restant quelquefois un homme. On l’appelle la martienne. Elle s’est unie avec le plus grand footballeur de tous les temps le Joueur. On dit que la martienne est son ballon et qu’ils sont inséparables. Mais chut ! Elle veut surtout être tranquille. Ca doit rester un secret…
- Allo ? C’est fou ce qu’il passe, le Sahel ressemble à ce que tu m’as si souvent décris de la Normandie. Si ça continue, je vais faire du fromage !
- A Paris aussi, c’est complètement dingue. Tous les gens sont sortis dehors comme lors de la victoire de la France au Mondial de 98. Tu sais que c’est la paix dans le monde. Toutes les armes, toutes les bombes se sont neutralisées. Ce sont de vieilles casseroles trouées, dis donc. Et la meilleure, tu la connais ? Tout le monde mais je dis bien tout le monde sur cette terre là va avoir le médicament qui rendra éternel.
- - Dis donc, on avait raison les Africains là de croire qu’il fallait participer chacun à la musique du monde et que cette musique allait accoucher du paradis. On a réussi notre pari. Fallait croire que la musique de l’humanité a fini par être la bonne là. Bah, bah, bah, je croyais pas que ça allait venir de mon vivant. Dis mon frère, imagine aussi la jungle dans le désert. Il fait doux, c’est pas croyable. Houuuuuuu, j’ai oublié de te dire le principal : j’ai un fils mon frère. Il est robuste et en avance, pfffffff ! C’est à tomber. Je vais déjà le promener sur un chameau, tu vas voir.
- Tu sais que j’ai six billets d’avions dont un pour Bamako. Fouille bien dans tes affaires, tu en trouveras, j’en suis sûr. J’ai bien envie de revenir. Ce que tu me dis là, le bébé, le désert transformé là, j’ai envie de connaître ça. Au moins visiter, au moins y vivre six mois. On pourrait tenir des fermes et voyager de fermes en fermes, mon frère. En même temps je suis bien ici. Mon immeuble a disparu. Je me suis réveillé dans une immense maison en bois, ça semble signé par ces architectes à la mode, ceux qui font des trucs pour les catalogues de luxe. Eh ben, nous on y est dans le luxe ! On est passé de notre trois pièces, moi, ma femme et mes six enfants, à une maison de deux cents-mètres carrés.
Les Blancs, les Chinois, les Arabes, les Indiens. Tout le monde est content. Ils ont reçu eux aussi de grosses quantités d’or et d’argent. Tout le monde va travailler à mi-temps. Le logement est gratuit, la nourriture c’est tout comme. Moi je ne travaille pas. Il paraît que j’ai trop donné. C’est la conception de la justice et de l’égalité. Il paraît qu’elle va vraiment exister. Il parait qu’il y a un tas de politiciens et de patrons qui sont en prison. Dehors, les gens sont joyeux et disent tous : on a retrouvé nos ancêtres, la sérénité. Les flirts, je te dis pas comme ça y va. Des couples séparés se sont reconstitués. J’ai l’impression que c’est la paix dans les cœurs. Regarde autour de toi, pense aux ancêtres. Ils vont sûrement revenir.
Ahmed détourne la tête, aperçoit quatre nouvelles tentes plantées plus loin sous des arbres. Il va voir. Il est ému quand il retrouve ses deux parents en vie, rajeunis.
- Notre fils chéri ! Nous nous réveillons d’un doux sommeil. Nous étions bercés par la musique de nos enfants. Merci les enfants…
Ahmed retrouve en plus ses quatre grands-parents. La mère d’Aïda enlace son mari revenu à la vie, puis ses parents. Les oncles, les cousins, les enfants morts trop tôt sont là aux sont aussi là, sautillant de joie.
On tue des agneaux et cabris, ramasse des fleurs, allume des feux, sort les instruments de musique traditionnel. D’énormes plats sucrés, salés sortent des tentes. Les femmes s’habillent de vêtements dorés rehaussés de perles trouvés dans les sacs. Les hommes arborent des tenues bleues et blanches. De magnifiques bijoux sont apparus miraculeusement.
Les hommes jouent de la musique qui remonte à la nuit des temps. D’autres Touaregs arrivent en chameaux et se joignent à la fête. Avec, eux les anciens rebelles du groupe Tinarawen déballent leurs guitares électriques et leurs énormes batteries pour jouer leurs morceaux qui font le tour des radios occidentales.
La nuit tombe. On savoure les méchouis, on danse, on s’échange des parfums. La lune prend toutes les couleurs de l’arc en ciel puis redevient blanche pour éclairer les ombres des hommes et des nouveaux arbres du Sahel vert. On ne s’habitue au nouveau bruit des rivières.
Les discussions vont bon train sur les nouvelles vies qui s’annoncent, les voyages, les ruptures qu’il faudra faire pour occuper cette éternité. On parle musique, escales, créations sous des formes qu’on cherche à multiplier, contemplations, jouissance des lieux et des sens, du ciel et de la terre, des gens, des cultures : le vrai nomadisme.
Ahmed entreprend son père suite à la conversation qu’il a eue avec son frère :
- Il paraît que c’est le cosmos qui a voulu tout ça. Il a choisi un homme qui s’est transformé en femme tout en restant quelquefois un homme. On l’appelle la martienne. Elle s’est unie avec le plus grand footballeur de tous les temps le Joueur. On dit que la martienne est son ballon et qu’ils sont inséparables. Mais chut ! Elle veut surtout être tranquille. Ca doit rester un secret…
lundi 1 février 2010
La prédiction de Tombouctou 1
A deux-cents kilomètres au Nord de Tombouctou, Aïda pousse, pousse et croit mourir. Sous la tente, sa mère essaie de ne pas s’affoler, masse le ventre de la jeune femme, regarde entre ses jambes, la supplie : « Plus fort, plus fort ma fille ». Ahmed fume cigarette sur cigarette dans le désert. Il récupère un jerrican d’eau du flanc de la chamelle et l’offre aux deux femmes. Il est happé par le spectacle. Les larmes lui montent aux yeux. La tête du bébé sort. Il a les yeux fermés, il est tout peloté, couvert de sang et d’excréments. Bientôt, un cri, des pleurs. Aïda le prend dans ses bras, le repose sur son ventre. Ahmed et sa belle mère le lavent tout de suite. Le bébé, Hassan, pleure encore, puis ouvre de grands yeux, écoute la voix de son papa et de sa maman, attentif, captif. Il gigote, il gazouille, il bouge ses prunelles, il sourit, il séduit. Hassan est resplendissant.
Il est six heures du matin. La famille entend des gouttes tomber sur la tente. Le bruit se fait de plus en plus saccadé et puissant. Ahmed sort et dispose des bassines. Il constate que l’eau est tiède. Des nuages plus noirs couvrent le ciel. En trois minutes, il voit la neige tomber. Elle est douce, recouvre le désert d’une nuée blanche qui fond immédiatement dans le sable et les crevasses. Il fait chaud malgré tout. La pluie prend le relais. Puis la neige.
- Venez voir comme c’est beau.
Puis la pluie encore. Les chameaux tirent la langue. Les bassines sont déjà remplies. Et Hassan a son premier bain complet. Les toiles de la tente ont changé de couleur. Elles sont presque translucides et diffusent des couleurs moirées orange et parme sur les visages d’Aïda et des siens. Hassan tête le sein de sa mère en poussant des ronronnements de bien être. Des gouttes perlent sur son petit menton.
La tente a changé de dimension. Elle a quasiment décuplée. Elle se met à trembler. Les sacs de transhumance aussi. Ils ressemblent désormais à des scarabées qui s’ouvriraient le ventre. Ils deviennent énormes, grossissent à vue d’œil et s’immobilisent quand ils deviennent d’énormes coquilles qui sont en réalité de nouveaux lits pour Aïda et son mari, pour la vieille femme et un joli berceau pour le bébé. Après un moment de stupeur, la famille touareg éclate de rire. Aïda prend son bébé et se couche dans le lit. Ahmed les rejoint. Ils sont surpris de voir les draps en soie. Et leurs pieds sont gênés par des objets lourds et froids. Ils les retirent du fond du lit et deviennent ébahis : dix lingots d’or là. Des morceaux d’argent, un sac satiné contient au moins une quinzaine de diamants, un autre d’émeraudes, de jades et autres pierres qu’ils ne connaissent pas.
Il y a aussi un téléphone portable avec une liste des frères et des cousins émigrés à l’étranger. Une radio se met à diffuser les musiques d’Ali Farka Touré et de Salif Keïta dont le dernier morceau « La vie c’est la paix ». D’un autre sac, sort une marmite au fumet d’un ragoût appétissant, une autre pleine semoule et de riz, une autre de pâtisseries et de fruits frais. Une odeur d’encens se répand. On entend la pluie continuer de tomber.
Affamée, la famille se met à manger.
- Qu’est-ce qu’on va faire de tout cet or ? rit Ahmed.
Les autres rient aussi. Cela semble fou. D’un autre sac s’écoulent toutes les épices du monde. D’un autre, d’innombrables fioles de parfums. Le petit Hassan, au ventre rebondi, sourit dans les bras de sa mère. Au dessus de lui, des tâches dorées envahissent la toile de la tente. Le métal précieux se met à couler et forme de gros pâtés sur le sable. Tout le monde est hilare.
- Quand tout cet or va-t-il s’arrêter ?
Ahmed et Aïda sortent. Ils tombent à la renverse. Le désert n’est plus le désert mais une succession de prairies vertes, de rivières, de bosquets d’arbres et plus loin cela semble être de la forêt épaisse. A côté d’eux, un troupeau de buffles, de moutons, de chèvres se sont joints aux chameaux qui sont devenus plus nombreux. La chaleur a fait place à la douceur. Et Aïda ne résiste pas à la tentation de se baigner dans la rivière bordée de fleurs. L’eau est claire et chaude. Elle y voit des poissons multicolores. Des éléphants arrivent, totalement pacifiques, accompagnés de zèbres et de gazelles.
A deux-cents kilomètres au Nord de Tombouctou, Aïda pousse, pousse et croit mourir. Sous la tente, sa mère essaie de ne pas s’affoler, masse le ventre de la jeune femme, regarde entre ses jambes, la supplie : « Plus fort, plus fort ma fille ». Ahmed fume cigarette sur cigarette dans le désert. Il récupère un jerrican d’eau du flanc de la chamelle et l’offre aux deux femmes. Il est happé par le spectacle. Les larmes lui montent aux yeux. La tête du bébé sort. Il a les yeux fermés, il est tout peloté, couvert de sang et d’excréments. Bientôt, un cri, des pleurs. Aïda le prend dans ses bras, le repose sur son ventre. Ahmed et sa belle mère le lavent tout de suite. Le bébé, Hassan, pleure encore, puis ouvre de grands yeux, écoute la voix de son papa et de sa maman, attentif, captif. Il gigote, il gazouille, il bouge ses prunelles, il sourit, il séduit. Hassan est resplendissant.
Il est six heures du matin. La famille entend des gouttes tomber sur la tente. Le bruit se fait de plus en plus saccadé et puissant. Ahmed sort et dispose des bassines. Il constate que l’eau est tiède. Des nuages plus noirs couvrent le ciel. En trois minutes, il voit la neige tomber. Elle est douce, recouvre le désert d’une nuée blanche qui fond immédiatement dans le sable et les crevasses. Il fait chaud malgré tout. La pluie prend le relais. Puis la neige.
- Venez voir comme c’est beau.
Puis la pluie encore. Les chameaux tirent la langue. Les bassines sont déjà remplies. Et Hassan a son premier bain complet. Les toiles de la tente ont changé de couleur. Elles sont presque translucides et diffusent des couleurs moirées orange et parme sur les visages d’Aïda et des siens. Hassan tête le sein de sa mère en poussant des ronronnements de bien être. Des gouttes perlent sur son petit menton.
La tente a changé de dimension. Elle a quasiment décuplée. Elle se met à trembler. Les sacs de transhumance aussi. Ils ressemblent désormais à des scarabées qui s’ouvriraient le ventre. Ils deviennent énormes, grossissent à vue d’œil et s’immobilisent quand ils deviennent d’énormes coquilles qui sont en réalité de nouveaux lits pour Aïda et son mari, pour la vieille femme et un joli berceau pour le bébé. Après un moment de stupeur, la famille touareg éclate de rire. Aïda prend son bébé et se couche dans le lit. Ahmed les rejoint. Ils sont surpris de voir les draps en soie. Et leurs pieds sont gênés par des objets lourds et froids. Ils les retirent du fond du lit et deviennent ébahis : dix lingots d’or là. Des morceaux d’argent, un sac satiné contient au moins une quinzaine de diamants, un autre d’émeraudes, de jades et autres pierres qu’ils ne connaissent pas.
Il y a aussi un téléphone portable avec une liste des frères et des cousins émigrés à l’étranger. Une radio se met à diffuser les musiques d’Ali Farka Touré et de Salif Keïta dont le dernier morceau « La vie c’est la paix ». D’un autre sac, sort une marmite au fumet d’un ragoût appétissant, une autre pleine semoule et de riz, une autre de pâtisseries et de fruits frais. Une odeur d’encens se répand. On entend la pluie continuer de tomber.
Affamée, la famille se met à manger.
- Qu’est-ce qu’on va faire de tout cet or ? rit Ahmed.
Les autres rient aussi. Cela semble fou. D’un autre sac s’écoulent toutes les épices du monde. D’un autre, d’innombrables fioles de parfums. Le petit Hassan, au ventre rebondi, sourit dans les bras de sa mère. Au dessus de lui, des tâches dorées envahissent la toile de la tente. Le métal précieux se met à couler et forme de gros pâtés sur le sable. Tout le monde est hilare.
- Quand tout cet or va-t-il s’arrêter ?
Ahmed et Aïda sortent. Ils tombent à la renverse. Le désert n’est plus le désert mais une succession de prairies vertes, de rivières, de bosquets d’arbres et plus loin cela semble être de la forêt épaisse. A côté d’eux, un troupeau de buffles, de moutons, de chèvres se sont joints aux chameaux qui sont devenus plus nombreux. La chaleur a fait place à la douceur. Et Aïda ne résiste pas à la tentation de se baigner dans la rivière bordée de fleurs. L’eau est claire et chaude. Elle y voit des poissons multicolores. Des éléphants arrivent, totalement pacifiques, accompagnés de zèbres et de gazelles.
Il est six heures du matin. La famille entend des gouttes tomber sur la tente. Le bruit se fait de plus en plus saccadé et puissant. Ahmed sort et dispose des bassines. Il constate que l’eau est tiède. Des nuages plus noirs couvrent le ciel. En trois minutes, il voit la neige tomber. Elle est douce, recouvre le désert d’une nuée blanche qui fond immédiatement dans le sable et les crevasses. Il fait chaud malgré tout. La pluie prend le relais. Puis la neige.
- Venez voir comme c’est beau.
Puis la pluie encore. Les chameaux tirent la langue. Les bassines sont déjà remplies. Et Hassan a son premier bain complet. Les toiles de la tente ont changé de couleur. Elles sont presque translucides et diffusent des couleurs moirées orange et parme sur les visages d’Aïda et des siens. Hassan tête le sein de sa mère en poussant des ronronnements de bien être. Des gouttes perlent sur son petit menton.
La tente a changé de dimension. Elle a quasiment décuplée. Elle se met à trembler. Les sacs de transhumance aussi. Ils ressemblent désormais à des scarabées qui s’ouvriraient le ventre. Ils deviennent énormes, grossissent à vue d’œil et s’immobilisent quand ils deviennent d’énormes coquilles qui sont en réalité de nouveaux lits pour Aïda et son mari, pour la vieille femme et un joli berceau pour le bébé. Après un moment de stupeur, la famille touareg éclate de rire. Aïda prend son bébé et se couche dans le lit. Ahmed les rejoint. Ils sont surpris de voir les draps en soie. Et leurs pieds sont gênés par des objets lourds et froids. Ils les retirent du fond du lit et deviennent ébahis : dix lingots d’or là. Des morceaux d’argent, un sac satiné contient au moins une quinzaine de diamants, un autre d’émeraudes, de jades et autres pierres qu’ils ne connaissent pas.
Il y a aussi un téléphone portable avec une liste des frères et des cousins émigrés à l’étranger. Une radio se met à diffuser les musiques d’Ali Farka Touré et de Salif Keïta dont le dernier morceau « La vie c’est la paix ». D’un autre sac, sort une marmite au fumet d’un ragoût appétissant, une autre pleine semoule et de riz, une autre de pâtisseries et de fruits frais. Une odeur d’encens se répand. On entend la pluie continuer de tomber.
Affamée, la famille se met à manger.
- Qu’est-ce qu’on va faire de tout cet or ? rit Ahmed.
Les autres rient aussi. Cela semble fou. D’un autre sac s’écoulent toutes les épices du monde. D’un autre, d’innombrables fioles de parfums. Le petit Hassan, au ventre rebondi, sourit dans les bras de sa mère. Au dessus de lui, des tâches dorées envahissent la toile de la tente. Le métal précieux se met à couler et forme de gros pâtés sur le sable. Tout le monde est hilare.
- Quand tout cet or va-t-il s’arrêter ?
Ahmed et Aïda sortent. Ils tombent à la renverse. Le désert n’est plus le désert mais une succession de prairies vertes, de rivières, de bosquets d’arbres et plus loin cela semble être de la forêt épaisse. A côté d’eux, un troupeau de buffles, de moutons, de chèvres se sont joints aux chameaux qui sont devenus plus nombreux. La chaleur a fait place à la douceur. Et Aïda ne résiste pas à la tentation de se baigner dans la rivière bordée de fleurs. L’eau est claire et chaude. Elle y voit des poissons multicolores. Des éléphants arrivent, totalement pacifiques, accompagnés de zèbres et de gazelles.
A deux-cents kilomètres au Nord de Tombouctou, Aïda pousse, pousse et croit mourir. Sous la tente, sa mère essaie de ne pas s’affoler, masse le ventre de la jeune femme, regarde entre ses jambes, la supplie : « Plus fort, plus fort ma fille ». Ahmed fume cigarette sur cigarette dans le désert. Il récupère un jerrican d’eau du flanc de la chamelle et l’offre aux deux femmes. Il est happé par le spectacle. Les larmes lui montent aux yeux. La tête du bébé sort. Il a les yeux fermés, il est tout peloté, couvert de sang et d’excréments. Bientôt, un cri, des pleurs. Aïda le prend dans ses bras, le repose sur son ventre. Ahmed et sa belle mère le lavent tout de suite. Le bébé, Hassan, pleure encore, puis ouvre de grands yeux, écoute la voix de son papa et de sa maman, attentif, captif. Il gigote, il gazouille, il bouge ses prunelles, il sourit, il séduit. Hassan est resplendissant.
Il est six heures du matin. La famille entend des gouttes tomber sur la tente. Le bruit se fait de plus en plus saccadé et puissant. Ahmed sort et dispose des bassines. Il constate que l’eau est tiède. Des nuages plus noirs couvrent le ciel. En trois minutes, il voit la neige tomber. Elle est douce, recouvre le désert d’une nuée blanche qui fond immédiatement dans le sable et les crevasses. Il fait chaud malgré tout. La pluie prend le relais. Puis la neige.
- Venez voir comme c’est beau.
Puis la pluie encore. Les chameaux tirent la langue. Les bassines sont déjà remplies. Et Hassan a son premier bain complet. Les toiles de la tente ont changé de couleur. Elles sont presque translucides et diffusent des couleurs moirées orange et parme sur les visages d’Aïda et des siens. Hassan tête le sein de sa mère en poussant des ronronnements de bien être. Des gouttes perlent sur son petit menton.
La tente a changé de dimension. Elle a quasiment décuplée. Elle se met à trembler. Les sacs de transhumance aussi. Ils ressemblent désormais à des scarabées qui s’ouvriraient le ventre. Ils deviennent énormes, grossissent à vue d’œil et s’immobilisent quand ils deviennent d’énormes coquilles qui sont en réalité de nouveaux lits pour Aïda et son mari, pour la vieille femme et un joli berceau pour le bébé. Après un moment de stupeur, la famille touareg éclate de rire. Aïda prend son bébé et se couche dans le lit. Ahmed les rejoint. Ils sont surpris de voir les draps en soie. Et leurs pieds sont gênés par des objets lourds et froids. Ils les retirent du fond du lit et deviennent ébahis : dix lingots d’or là. Des morceaux d’argent, un sac satiné contient au moins une quinzaine de diamants, un autre d’émeraudes, de jades et autres pierres qu’ils ne connaissent pas.
Il y a aussi un téléphone portable avec une liste des frères et des cousins émigrés à l’étranger. Une radio se met à diffuser les musiques d’Ali Farka Touré et de Salif Keïta dont le dernier morceau « La vie c’est la paix ». D’un autre sac, sort une marmite au fumet d’un ragoût appétissant, une autre pleine semoule et de riz, une autre de pâtisseries et de fruits frais. Une odeur d’encens se répand. On entend la pluie continuer de tomber.
Affamée, la famille se met à manger.
- Qu’est-ce qu’on va faire de tout cet or ? rit Ahmed.
Les autres rient aussi. Cela semble fou. D’un autre sac s’écoulent toutes les épices du monde. D’un autre, d’innombrables fioles de parfums. Le petit Hassan, au ventre rebondi, sourit dans les bras de sa mère. Au dessus de lui, des tâches dorées envahissent la toile de la tente. Le métal précieux se met à couler et forme de gros pâtés sur le sable. Tout le monde est hilare.
- Quand tout cet or va-t-il s’arrêter ?
Ahmed et Aïda sortent. Ils tombent à la renverse. Le désert n’est plus le désert mais une succession de prairies vertes, de rivières, de bosquets d’arbres et plus loin cela semble être de la forêt épaisse. A côté d’eux, un troupeau de buffles, de moutons, de chèvres se sont joints aux chameaux qui sont devenus plus nombreux. La chaleur a fait place à la douceur. Et Aïda ne résiste pas à la tentation de se baigner dans la rivière bordée de fleurs. L’eau est claire et chaude. Elle y voit des poissons multicolores. Des éléphants arrivent, totalement pacifiques, accompagnés de zèbres et de gazelles.
African's dream
Dans mon appartement, trois statuettes africaines se tiennent debout sur mon tapis iranien. Deux d’entres elles sont sculptées à partir de pièces mécaniques de récupération. Elles forment un homme et une femme au travail. Elle tape sur une bougie de mobylette. Lui tient à bout de bras un grand clou et un marteau. Ce sont nous deux, le Joueur et le ballon. La force magnétique me fait souvent pencher la tête sur leurs pieds : bientôt, ce sera le pied pour nous. (Le Joueur guide d’ailleurs mon visage sur les pieds des chaises, des fauteuils pour asséner cette même affirmation). Une troisième sculpture en bois se présente géante par rapport aux statuettes : elle a le ventre rebondi, se couvre les seins et son joli minois est surmonté d’une série de cônes qui rappellent l’esthétique khmère. C’est aussi moi. Son image exprime la fertilisation et le fait que je me couvre beaucoup avec mes petites mains. Je me couvre pour me défendre d’une si mauvaise réputation…
Nos possibilités cosmiques, après notre rencontre, répareront les injustices millénaires qui se sont abattus sur le continent où sont apparus les premiers hommes et femmes. Il y a comme une pulsion de retour à la maison, un désir fou de la restaurer, de la soigner et la faire rayonner de toute sa beauté qui ressemble à s’y méprendre à la nostalgie du plaisir du bébé dans le ventre de sa mère, de la protection, de la musique intérieure et du mystère d’une voix entendue depuis la nuit des temps.
Déjà il faut rappeler l’arithmétique d’un cynisme, voire d’une complicité active et passive génocidaire. Des centaines de millions de personnes meurent de faim. Il faut 46 milliards de dollars pour leur redonner la vie. L’Amérique a déboursé 700 milliards de dollars pour relancer ses banques qui ont renoué avec des gains hypetrophiés en spéculant une nouvelle fois. Rien que la Bachelot et ses 2 milliards pour la grippe A, Sarkozy et ses 2 milliards pour les cafetiers. Onze bourdes comme celles-là évitées et la France serait capable à elle seule de régler le problème de la faim dans le monde. Xavier Bertrand reconnaissait lui-même : « On marche sur la tête » lorsqu’à une émission télévisée le journaliste mettait en balance devant lui les dizaines de milliards pour relancer l’économie financiarisée (et non productive) et ces malheureux 46 milliards. « On marche sur la tête » : fatalisme, cynisme, aveu qu’on va, sans grande angoisse, droit dans le mur d’un crime pour non assistance à humanité en danger que l’Histoire retiendra. Mais marchons à grands pas. La mort n’attend pas.
LE FMI a demandé aux paysans de quitter leur terre. Résultat : sous-production agricole, villes monstrueuses, spéculations sur les denrées. Les pays riches louent des terres africaines pour assurer leurs stocks alimentaires. Les services secrets et les marchands d’armes attisent les haines ethniques pour multiplier les guerres dont les rétro-commissions alimentent certaines officines de partis politiques français. Les multinationales oublient de payer leurs impôts aux pays africains où elles sont implantées pour mettre l’argent au frais dans des paradis fiscaux. Une femme d’ancien ministre socialiste m’a raconté comment chaque semaine des ministres africains se rendaient à Matignon pour recevoir leurs consignes ! Kouchner-Gabon, Kouchner Somalie-sac de riz alors que MSF s’interrogeait sur les limites de l’action humanitaire qui servait à enrichir des seigneurs de guerre.
Imaginons seulement l’Afrique utilisant son énergie solaire pour creuser des puits, irriguer, cultiver. Imaginons là avec de grandes universités, s’immerger pleinement dans la sphère internet, inventer de nouvelles technologies. Au Sénégal, un village photo-électrique fait aujourd’hui des fromages de chèvre dans ses chambres froides !
Le Joueur me dit que l’Eden imminent sera le plus spectaculaire là-bas. Comme les galaxies se sont formées, un Big Bang né de nos frottements déclenchera des pluies salvatrices, des créations de contre-matières qui façonneront de nouveaux villages et villes aux architectures rêvées par les gens. Le Sahara serait composé d’immenses plaines vertes et de forêts et de fleurs et douceurs pour un exode où l’Eldorado attirerait les fatigués de la naissance. Je n’arrive pas à y croire. Toujours je lui demande : le Sahara, il sera bien vert ? Sa réponse ne varie pas.
Il suffira d’un certains jeu du ballon avec les joueurs. Un jeu privé qui s’ajoutera à des parties de football qui aussi incroyable soit-il façonneront ce Nouveau Monde.
Au fur et à mesure que je découvrais cette perspective, j’entendais comme par hasard autour de moi que le Joueur était infréquentable, qu’il avait des mœurs de macho beauf, qu’il n’était pas si intéressant que cela, presque analphabète bien que grand stratège. Des gens d’influence me faisaient comprendre qu’il serait toujours possible de faire sa rencontre, qu’une séduction n’était pas hors de portée, mais que je tomberais de haut. Il avait depuis longtemps oublié ses racines de garçon de cité épris de justice.
Je préfère entendre son langage magnétique dans mon appartement, regarder une photographie où il a les larmes aux yeux, l’entendre m’expliquer qu’il est ému quand il me voit perdu, cherchant ce qui m’arrive. Alors je m’allonge sur mon lit pour embraser son nez et ses joues sur cette image qui reste lumineuse dans mes yeux fermés. Je le console. Mon corps tressaute de manière spectaculaire. Et je me gratte de partout tout comme il est pris de sérieuses démangeaisons lorsqu’il apparait en interview. Je me dis que le rêve africain n’est pas vain. Et que le changement du reste du monde sera à son image.
Dans mon appartement, trois statuettes africaines se tiennent debout sur mon tapis iranien. Deux d’entres elles sont sculptées à partir de pièces mécaniques de récupération. Elles forment un homme et une femme au travail. Elle tape sur une bougie de mobylette. Lui tient à bout de bras un grand clou et un marteau. Ce sont nous deux, le Joueur et le ballon. La force magnétique me fait souvent pencher la tête sur leurs pieds : bientôt, ce sera le pied pour nous. (Le Joueur guide d’ailleurs mon visage sur les pieds des chaises, des fauteuils pour asséner cette même affirmation). Une troisième sculpture en bois se présente géante par rapport aux statuettes : elle a le ventre rebondi, se couvre les seins et son joli minois est surmonté d’une série de cônes qui rappellent l’esthétique khmère. C’est aussi moi. Son image exprime la fertilisation et le fait que je me couvre beaucoup avec mes petites mains. Je me couvre pour me défendre d’une si mauvaise réputation…
Nos possibilités cosmiques, après notre rencontre, répareront les injustices millénaires qui se sont abattus sur le continent où sont apparus les premiers hommes et femmes. Il y a comme une pulsion de retour à la maison, un désir fou de la restaurer, de la soigner et la faire rayonner de toute sa beauté qui ressemble à s’y méprendre à la nostalgie du plaisir du bébé dans le ventre de sa mère, de la protection, de la musique intérieure et du mystère d’une voix entendue depuis la nuit des temps.
Déjà il faut rappeler l’arithmétique d’un cynisme, voire d’une complicité active et passive génocidaire. Des centaines de millions de personnes meurent de faim. Il faut 46 milliards de dollars pour leur redonner la vie. L’Amérique a déboursé 700 milliards de dollars pour relancer ses banques qui ont renoué avec des gains hypetrophiés en spéculant une nouvelle fois. Rien que la Bachelot et ses 2 milliards pour la grippe A, Sarkozy et ses 2 milliards pour les cafetiers. Onze bourdes comme celles-là évitées et la France serait capable à elle seule de régler le problème de la faim dans le monde. Xavier Bertrand reconnaissait lui-même : « On marche sur la tête » lorsqu’à une émission télévisée le journaliste mettait en balance devant lui les dizaines de milliards pour relancer l’économie financiarisée (et non productive) et ces malheureux 46 milliards. « On marche sur la tête » : fatalisme, cynisme, aveu qu’on va, sans grande angoisse, droit dans le mur d’un crime pour non assistance à humanité en danger que l’Histoire retiendra. Mais marchons à grands pas. La mort n’attend pas.
LE FMI a demandé aux paysans de quitter leur terre. Résultat : sous-production agricole, villes monstrueuses, spéculations sur les denrées. Les pays riches louent des terres africaines pour assurer leurs stocks alimentaires. Les services secrets et les marchands d’armes attisent les haines ethniques pour multiplier les guerres dont les rétro-commissions alimentent certaines officines de partis politiques français. Les multinationales oublient de payer leurs impôts aux pays africains où elles sont implantées pour mettre l’argent au frais dans des paradis fiscaux. Une femme d’ancien ministre socialiste m’a raconté comment chaque semaine des ministres africains se rendaient à Matignon pour recevoir leurs consignes ! Kouchner-Gabon, Kouchner Somalie-sac de riz alors que MSF s’interrogeait sur les limites de l’action humanitaire qui servait à enrichir des seigneurs de guerre.
Imaginons seulement l’Afrique utilisant son énergie solaire pour creuser des puits, irriguer, cultiver. Imaginons là avec de grandes universités, s’immerger pleinement dans la sphère internet, inventer de nouvelles technologies. Au Sénégal, un village photo-électrique fait aujourd’hui des fromages de chèvre dans ses chambres froides !
Le Joueur me dit que l’Eden imminent sera le plus spectaculaire là-bas. Comme les galaxies se sont formées, un Big Bang né de nos frottements déclenchera des pluies salvatrices, des créations de contre-matières qui façonneront de nouveaux villages et villes aux architectures rêvées par les gens. Le Sahara serait composé d’immenses plaines vertes et de forêts et de fleurs et douceurs pour un exode où l’Eldorado attirerait les fatigués de la naissance. Je n’arrive pas à y croire. Toujours je lui demande : le Sahara, il sera bien vert ? Sa réponse ne varie pas.
Il suffira d’un certains jeu du ballon avec les joueurs. Un jeu privé qui s’ajoutera à des parties de football qui aussi incroyable soit-il façonneront ce Nouveau Monde.
Au fur et à mesure que je découvrais cette perspective, j’entendais comme par hasard autour de moi que le Joueur était infréquentable, qu’il avait des mœurs de macho beauf, qu’il n’était pas si intéressant que cela, presque analphabète bien que grand stratège. Des gens d’influence me faisaient comprendre qu’il serait toujours possible de faire sa rencontre, qu’une séduction n’était pas hors de portée, mais que je tomberais de haut. Il avait depuis longtemps oublié ses racines de garçon de cité épris de justice.
Je préfère entendre son langage magnétique dans mon appartement, regarder une photographie où il a les larmes aux yeux, l’entendre m’expliquer qu’il est ému quand il me voit perdu, cherchant ce qui m’arrive. Alors je m’allonge sur mon lit pour embraser son nez et ses joues sur cette image qui reste lumineuse dans mes yeux fermés. Je le console. Mon corps tressaute de manière spectaculaire. Et je me gratte de partout tout comme il est pris de sérieuses démangeaisons lorsqu’il apparait en interview. Je me dis que le rêve africain n’est pas vain. Et que le changement du reste du monde sera à son image.
Nos possibilités cosmiques, après notre rencontre, répareront les injustices millénaires qui se sont abattus sur le continent où sont apparus les premiers hommes et femmes. Il y a comme une pulsion de retour à la maison, un désir fou de la restaurer, de la soigner et la faire rayonner de toute sa beauté qui ressemble à s’y méprendre à la nostalgie du plaisir du bébé dans le ventre de sa mère, de la protection, de la musique intérieure et du mystère d’une voix entendue depuis la nuit des temps.
Déjà il faut rappeler l’arithmétique d’un cynisme, voire d’une complicité active et passive génocidaire. Des centaines de millions de personnes meurent de faim. Il faut 46 milliards de dollars pour leur redonner la vie. L’Amérique a déboursé 700 milliards de dollars pour relancer ses banques qui ont renoué avec des gains hypetrophiés en spéculant une nouvelle fois. Rien que la Bachelot et ses 2 milliards pour la grippe A, Sarkozy et ses 2 milliards pour les cafetiers. Onze bourdes comme celles-là évitées et la France serait capable à elle seule de régler le problème de la faim dans le monde. Xavier Bertrand reconnaissait lui-même : « On marche sur la tête » lorsqu’à une émission télévisée le journaliste mettait en balance devant lui les dizaines de milliards pour relancer l’économie financiarisée (et non productive) et ces malheureux 46 milliards. « On marche sur la tête » : fatalisme, cynisme, aveu qu’on va, sans grande angoisse, droit dans le mur d’un crime pour non assistance à humanité en danger que l’Histoire retiendra. Mais marchons à grands pas. La mort n’attend pas.
LE FMI a demandé aux paysans de quitter leur terre. Résultat : sous-production agricole, villes monstrueuses, spéculations sur les denrées. Les pays riches louent des terres africaines pour assurer leurs stocks alimentaires. Les services secrets et les marchands d’armes attisent les haines ethniques pour multiplier les guerres dont les rétro-commissions alimentent certaines officines de partis politiques français. Les multinationales oublient de payer leurs impôts aux pays africains où elles sont implantées pour mettre l’argent au frais dans des paradis fiscaux. Une femme d’ancien ministre socialiste m’a raconté comment chaque semaine des ministres africains se rendaient à Matignon pour recevoir leurs consignes ! Kouchner-Gabon, Kouchner Somalie-sac de riz alors que MSF s’interrogeait sur les limites de l’action humanitaire qui servait à enrichir des seigneurs de guerre.
Imaginons seulement l’Afrique utilisant son énergie solaire pour creuser des puits, irriguer, cultiver. Imaginons là avec de grandes universités, s’immerger pleinement dans la sphère internet, inventer de nouvelles technologies. Au Sénégal, un village photo-électrique fait aujourd’hui des fromages de chèvre dans ses chambres froides !
Le Joueur me dit que l’Eden imminent sera le plus spectaculaire là-bas. Comme les galaxies se sont formées, un Big Bang né de nos frottements déclenchera des pluies salvatrices, des créations de contre-matières qui façonneront de nouveaux villages et villes aux architectures rêvées par les gens. Le Sahara serait composé d’immenses plaines vertes et de forêts et de fleurs et douceurs pour un exode où l’Eldorado attirerait les fatigués de la naissance. Je n’arrive pas à y croire. Toujours je lui demande : le Sahara, il sera bien vert ? Sa réponse ne varie pas.
Il suffira d’un certains jeu du ballon avec les joueurs. Un jeu privé qui s’ajoutera à des parties de football qui aussi incroyable soit-il façonneront ce Nouveau Monde.
Au fur et à mesure que je découvrais cette perspective, j’entendais comme par hasard autour de moi que le Joueur était infréquentable, qu’il avait des mœurs de macho beauf, qu’il n’était pas si intéressant que cela, presque analphabète bien que grand stratège. Des gens d’influence me faisaient comprendre qu’il serait toujours possible de faire sa rencontre, qu’une séduction n’était pas hors de portée, mais que je tomberais de haut. Il avait depuis longtemps oublié ses racines de garçon de cité épris de justice.
Je préfère entendre son langage magnétique dans mon appartement, regarder une photographie où il a les larmes aux yeux, l’entendre m’expliquer qu’il est ému quand il me voit perdu, cherchant ce qui m’arrive. Alors je m’allonge sur mon lit pour embraser son nez et ses joues sur cette image qui reste lumineuse dans mes yeux fermés. Je le console. Mon corps tressaute de manière spectaculaire. Et je me gratte de partout tout comme il est pris de sérieuses démangeaisons lorsqu’il apparait en interview. Je me dis que le rêve africain n’est pas vain. Et que le changement du reste du monde sera à son image.
Dans mon appartement, trois statuettes africaines se tiennent debout sur mon tapis iranien. Deux d’entres elles sont sculptées à partir de pièces mécaniques de récupération. Elles forment un homme et une femme au travail. Elle tape sur une bougie de mobylette. Lui tient à bout de bras un grand clou et un marteau. Ce sont nous deux, le Joueur et le ballon. La force magnétique me fait souvent pencher la tête sur leurs pieds : bientôt, ce sera le pied pour nous. (Le Joueur guide d’ailleurs mon visage sur les pieds des chaises, des fauteuils pour asséner cette même affirmation). Une troisième sculpture en bois se présente géante par rapport aux statuettes : elle a le ventre rebondi, se couvre les seins et son joli minois est surmonté d’une série de cônes qui rappellent l’esthétique khmère. C’est aussi moi. Son image exprime la fertilisation et le fait que je me couvre beaucoup avec mes petites mains. Je me couvre pour me défendre d’une si mauvaise réputation…
Nos possibilités cosmiques, après notre rencontre, répareront les injustices millénaires qui se sont abattus sur le continent où sont apparus les premiers hommes et femmes. Il y a comme une pulsion de retour à la maison, un désir fou de la restaurer, de la soigner et la faire rayonner de toute sa beauté qui ressemble à s’y méprendre à la nostalgie du plaisir du bébé dans le ventre de sa mère, de la protection, de la musique intérieure et du mystère d’une voix entendue depuis la nuit des temps.
Déjà il faut rappeler l’arithmétique d’un cynisme, voire d’une complicité active et passive génocidaire. Des centaines de millions de personnes meurent de faim. Il faut 46 milliards de dollars pour leur redonner la vie. L’Amérique a déboursé 700 milliards de dollars pour relancer ses banques qui ont renoué avec des gains hypetrophiés en spéculant une nouvelle fois. Rien que la Bachelot et ses 2 milliards pour la grippe A, Sarkozy et ses 2 milliards pour les cafetiers. Onze bourdes comme celles-là évitées et la France serait capable à elle seule de régler le problème de la faim dans le monde. Xavier Bertrand reconnaissait lui-même : « On marche sur la tête » lorsqu’à une émission télévisée le journaliste mettait en balance devant lui les dizaines de milliards pour relancer l’économie financiarisée (et non productive) et ces malheureux 46 milliards. « On marche sur la tête » : fatalisme, cynisme, aveu qu’on va, sans grande angoisse, droit dans le mur d’un crime pour non assistance à humanité en danger que l’Histoire retiendra. Mais marchons à grands pas. La mort n’attend pas.
LE FMI a demandé aux paysans de quitter leur terre. Résultat : sous-production agricole, villes monstrueuses, spéculations sur les denrées. Les pays riches louent des terres africaines pour assurer leurs stocks alimentaires. Les services secrets et les marchands d’armes attisent les haines ethniques pour multiplier les guerres dont les rétro-commissions alimentent certaines officines de partis politiques français. Les multinationales oublient de payer leurs impôts aux pays africains où elles sont implantées pour mettre l’argent au frais dans des paradis fiscaux. Une femme d’ancien ministre socialiste m’a raconté comment chaque semaine des ministres africains se rendaient à Matignon pour recevoir leurs consignes ! Kouchner-Gabon, Kouchner Somalie-sac de riz alors que MSF s’interrogeait sur les limites de l’action humanitaire qui servait à enrichir des seigneurs de guerre.
Imaginons seulement l’Afrique utilisant son énergie solaire pour creuser des puits, irriguer, cultiver. Imaginons là avec de grandes universités, s’immerger pleinement dans la sphère internet, inventer de nouvelles technologies. Au Sénégal, un village photo-électrique fait aujourd’hui des fromages de chèvre dans ses chambres froides !
Le Joueur me dit que l’Eden imminent sera le plus spectaculaire là-bas. Comme les galaxies se sont formées, un Big Bang né de nos frottements déclenchera des pluies salvatrices, des créations de contre-matières qui façonneront de nouveaux villages et villes aux architectures rêvées par les gens. Le Sahara serait composé d’immenses plaines vertes et de forêts et de fleurs et douceurs pour un exode où l’Eldorado attirerait les fatigués de la naissance. Je n’arrive pas à y croire. Toujours je lui demande : le Sahara, il sera bien vert ? Sa réponse ne varie pas.
Il suffira d’un certains jeu du ballon avec les joueurs. Un jeu privé qui s’ajoutera à des parties de football qui aussi incroyable soit-il façonneront ce Nouveau Monde.
Au fur et à mesure que je découvrais cette perspective, j’entendais comme par hasard autour de moi que le Joueur était infréquentable, qu’il avait des mœurs de macho beauf, qu’il n’était pas si intéressant que cela, presque analphabète bien que grand stratège. Des gens d’influence me faisaient comprendre qu’il serait toujours possible de faire sa rencontre, qu’une séduction n’était pas hors de portée, mais que je tomberais de haut. Il avait depuis longtemps oublié ses racines de garçon de cité épris de justice.
Je préfère entendre son langage magnétique dans mon appartement, regarder une photographie où il a les larmes aux yeux, l’entendre m’expliquer qu’il est ému quand il me voit perdu, cherchant ce qui m’arrive. Alors je m’allonge sur mon lit pour embraser son nez et ses joues sur cette image qui reste lumineuse dans mes yeux fermés. Je le console. Mon corps tressaute de manière spectaculaire. Et je me gratte de partout tout comme il est pris de sérieuses démangeaisons lorsqu’il apparait en interview. Je me dis que le rêve africain n’est pas vain. Et que le changement du reste du monde sera à son image.
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