Dans ces conditions où le ballon accomplit de tels miracles avec toutes les surfaces du corps du Joueur, comment ne pourrait-on pas à la comparer à la Terre soumises à l’érotisme de 22 amateurs pourvoyeurs de hasards, de techniques, de forces et de trajectoires ? Sauf que le ballon et le Joueur s’aiment. Il l’a dit une fois : « La balle, je l’ai trouvée, on est bien ensemble, je la garde ! ». Bien sûr qu’il la passe pendant un match. Mais une fois les lumières éteintes, il reste avec ma lumière, mes chuchotements, mes cris, mon désir que je ne cesse de formuler à son égard, mes emmerdes. Et ils sont presque aussi proportionnels à ceux de la Terre.
Moi l’être humain qui ai une identité et une âme de ballon sur le terrain, je ne rêve que de rencontrer le Joueur comme il me le promet et me le rappelle avec la force du magnétisme qui énerve beaucoup ma tête pour la fixer sur la lettre J, J comme Jour, lettre qui bouge et danse devant mes yeux à force d’être immobiles et prisonniers de l’axe du regard scotchée sur elle, annonciatrice du big-bang de velours où tout va s’apaiser dans une douce lumière, dixit le Joueur, athlète-prophète, maitre ès spiritualité et sciences de la nature.
Le Joueur et moi, nous serions au début du cosmos, amants du Big Bang, passagers de Mars et d’autres planètes, réincarnés en animaux puis en homme et femme pour donner sa lignée, ce qu’il y a peut-être de plus beau mais aussi de plus dangereux dans l’univers. Nous aurions atteint une époque, voire une date où le cosmos se révolte, disons qu’il ait son mot à dire pour rétablir une harmonie au sein de l’humanité tant sa création, déboussolée, va droit dans le mur de l’injustice et de la destruction, de l’insensible et de la domination, de la mutilation et de l’impuissance de la conscience, tant l’argent qui était au début un moyen d’échanges et de développement est devenu une chape génocidaire de la part de ceux qui se sont mis en tête de se l’approprier dans sa quasi-totalité : mise en tête de puissance et de désir qui tue le désir, et donc entraîne le vaisseau entier dans une mort annoncée.
Je n’ai cessé de souffrir en exerçant mon métier de témoin-journaliste, chaque jour de plus en plus ahuri par ce nouvel ordre qui confusément mais irrémédiablement se mettait en place. La magie du Mondial 98 a donné à une petite échelle hexagonale un espoir qui était depuis longtemps perdu : celui de la renaissance. La fête permanente.
Le Joueur me dit que notre rencontre serait le déclic à une vagues d’ondes qui désamorceraient les bombes, ferait tomber la minorité humaine de la mort, ouvrirait les vannes de la redistribution, permettrait la régénération organique, la disparition des emprises, des désirs de puissances, des falsifications des désirs justement, autant de touches à ce que pourrait ressembler le cosmos dans sa marche du temps, aussi belle que la création de la lumière : la recherche d’harmonie. Le jeu des forces et des faiblesses, des ressources cachées, des mises en confiance, des séductions, des déboires vite oubliés, de la dynamique de la sève et de l’énergie, des étincelles du hasard et de la rencontre, où le dominant-dominé dans un rapport érotique ne cesse de s’inverser, voire de ne plus rien signifier. Le Jeu tout simplement. Le Jeu où dans un monde guéri de la maladie et de la mort, où les disparus reviendraient, où la pulsion de vie ferait grossir notre planète, libérerait des espaces, où mon expérience horrible d’être enfermée dans la contre-matière, une nuit en banlieue, pourrait se transformer en création du réel sans avoir à travailler, le virtuel désiré trouvant sa forme concrétisée, où l’utopie libertaire serait une réalité tant tout le monde a à y gagner en inventant des formes de délibérations où le rire, l’amitié, la déconne, l’amour (pas trafiqué) l’emporterait sur des renoncements à des pouvoirs dont on en a marre.
Moi le ballon, j’ai ce genre de dialogues avec le Joueur. Il m’annonce toujours un monde paix, celles des armes qui n’existeront plus, des cœurs et des esprits. Je cherche à entrer dans les détails. Je ne veux pas qu’on nous soit reconnaissants, détesterais les mercis, me considère une fois encore comme un simple vecteur et n’aspirerait qu’à une chose, c’est vivre ma singularité normalement, discrètement, pouvant prendre un café dans la rue comme chaque homme et femme, aller au marché ou écrire un livre comme chacun sera mort d’envie de créer de nouvelles formes, expressions, gestes, danses, mélodies ou simples rythmiques pour faire pulser la planète et pourquoi pas la faire grossir encore un peu plus pour loger nos multiples bébés qui ne sauront jamais s’ennuyer avec l’éternité.
Les Africains savent et disent qu’ils sont nés pour composer, chanter ou exécuter leur propre musique qui va rejoindre celle des autres, la musique du monde. Quand celle-ci sera vraiment bonne, la partie sera gagnée. Il existe dans l’humanité certains qui jouent une mauvaise musique. Les Africains disent que ce sont ceux qui commettent de mauvaises actions. Reste à savoir et attendre qu’ils tombent d’eux-mêmes pour que le concert final, début de la musique éternelle, ait lieu. Le Joueur a l’air tellement sûr de lui sur l’imminence de leur chute…
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dimanche 31 janvier 2010
jeudi 28 janvier 2010
Le ballon lumineux
Un jour le Joueur s’obstina à faire bouger, puis fixer ma tête sur des objets brillants. Il pointa la lettre D de Dominique et immédiatement me fit regarder la lumière, puis le petit ballon de football, un bronze des années 30 posé sur une desserte. Que voulait-il me dire ?
J’avais plusieurs beaux livres sur lui. Je remarquai qu’il regardait souvent quelque chose dans le ciel, ébahi. Il scrutait le ballon de la même manière ou éclatait de rire comme s’il prenait un pied incroyable.
Je dis au Joueur :
- Tu me vois dans le ciel et sur ton ballon.
Aussitôt j’eus une énorme pression magnétique et mon regard se posa sur le O pour valider cette hypothèse. Cela se confirmait par ses passages télé : il regardait souvent en l’air avec un petit sourire, quelquefois sur les côtés. Mon image lui apparaissait dans un halo qui crevait l’espace.
Il me dit que je l’accompagnais tout le temps et qu’il était content. Un phénomène physique que je ne m’expliquais pas, me filmait et lui retransmettait mon image en direct.
Il m’a confirmé ce que je sentais dans l’air sans vraiment comprendre, que ces images étaient enregistrées et allaient servir à faire un film. C’était drôle : cela me fit penser à une rencontre de table en table au Fouquet’s avec des producteurs d’Hollywood qui téléphonèrent tout en m’adressant la parole, me posant des questions. Ils avaient dit à leur interlocuteur :
- Il est bon, il se débrouille pas mal en anglais, il a du culot. That’s it !
Entre nous, je ne vois pas ce qu’il y avait à filmer : mon petit déjeuner, mes courses, mes siestes, mon corps affalé sur un canapé à mater un film à la télé. Je trouvais que ça offrait un beau tableau de paranoïaque à un psychiatre.
Peut-être mon dialogue avec le Joueur grâce aux lettres et à divers objets-symbole avaient de l’intérêt. Mes ébats amoureux aussi. Chaque jour, j’embrassais son nez sur un bout d’oreiller, je m’imaginais un vagin que je caressais et là je recevais d’énormes secousses qui me firent pousser des seins dans les visions de moi-même et me fournissaient des orgasmes incroyables. Le salop, il allait faire un film de cul ! Je n’en étais pas plus offusqué : j’en avais tellement fait dans ma vie…
Il me raconta que dès qu’il était bébé, il entendait une voix, c’était la mienne, elle était très douce, moitié homme, moitié femme, et qu’elle le rassurait, qu’il allait connaître l’amour et qu’il allait avoir un beau destin, comme un prince de contes de fée. Plus tard, cette voix lui dit que le ballon était son ami et il commença à voir des lumières sur le tain du cuir Une belle femme et un bel homme qui formait un même personnage âgé de vint ans lui disait :
- N’aie jamais crainte mon petit, je suis encore plus efficace qu’une bonne fée. Je veille sur toi. Tu as en toi toutes les capacités du monde. Tu vas te promener dans la vie si tu fais des efforts. Ce sera difficile de te battre.
Plus tard à l’adolescence, le Joueur commença à me voir dans le ciel et sur le ballon. Il était devenu un prodige du football et pas insensible aux charmes érotique de ce qui incarnait sa protection.
Il découvrit que ce personnage de lumière était un gay très chaud du cul, assez érotomane qui renfermait en lui une femme plus sage mais quand même bien délurée, ce qui l’épata.
Lorsque je fis une tentative de suicide et que je tombai dans le coma pendant plusieurs jours, un phénomène extraordinaire se produisit. Il entra dans mon corps et entendit ma voix en permanence. C’est ce qu’il me confirma tous les jours depuis que nous nous parlons.
Il pouvait se brancher sur moi et ressentir ce que je ressentais, entendre ce qu’on me disait, voir ce dont j’étais le témoin. J’avais trente ans et il en avait 19. Comme dans la chanson de Dalida ! Il était beau comme un Dieu.
Il me confirma qu’il avait la possibilité de me faire l’amour tous les jours sans que je comprenne vraiment comment : un « virtuel-réel » de mon corps, une alternance de mes sexes. J’étais son ballon et je lui collais admirablement aux pieds. Il pouvait faire le voltigeur, le félin, le malin, tutoyer le hasard avec un incroyable culot et de la réussite miraculeuse. Il était devenu un artiste, un héros.
Il décida d’arranger un faux mariage, d’élever des enfants qui n’étaient pas les siens et d’affiner sa stratégie : faire tomber tous les ennemis de la paix, les opposants de l’Eden.
Un jour le Joueur s’obstina à faire bouger, puis fixer ma tête sur des objets brillants. Il pointa la lettre D de Dominique et immédiatement me fit regarder la lumière, puis le petit ballon de football, un bronze des années 30 posé sur une desserte. Que voulait-il me dire ?
J’avais plusieurs beaux livres sur lui. Je remarquai qu’il regardait souvent quelque chose dans le ciel, ébahi. Il scrutait le ballon de la même manière ou éclatait de rire comme s’il prenait un pied incroyable.
Je dis au Joueur :
- Tu me vois dans le ciel et sur ton ballon.
Aussitôt j’eus une énorme pression magnétique et mon regard se posa sur le O pour valider cette hypothèse. Cela se confirmait par ses passages télé : il regardait souvent en l’air avec un petit sourire, quelquefois sur les côtés. Mon image lui apparaissait dans un halo qui crevait l’espace.
Il me dit que je l’accompagnais tout le temps et qu’il était content. Un phénomène physique que je ne m’expliquais pas, me filmait et lui retransmettait mon image en direct.
Il m’a confirmé ce que je sentais dans l’air sans vraiment comprendre, que ces images étaient enregistrées et allaient servir à faire un film. C’était drôle : cela me fit penser à une rencontre de table en table au Fouquet’s avec des producteurs d’Hollywood qui téléphonèrent tout en m’adressant la parole, me posant des questions. Ils avaient dit à leur interlocuteur :
- Il est bon, il se débrouille pas mal en anglais, il a du culot. That’s it !
Entre nous, je ne vois pas ce qu’il y avait à filmer : mon petit déjeuner, mes courses, mes siestes, mon corps affalé sur un canapé à mater un film à la télé. Je trouvais que ça offrait un beau tableau de paranoïaque à un psychiatre.
Peut-être mon dialogue avec le Joueur grâce aux lettres et à divers objets-symbole avaient de l’intérêt. Mes ébats amoureux aussi. Chaque jour, j’embrassais son nez sur un bout d’oreiller, je m’imaginais un vagin que je caressais et là je recevais d’énormes secousses qui me firent pousser des seins dans les visions de moi-même et me fournissaient des orgasmes incroyables. Le salop, il allait faire un film de cul ! Je n’en étais pas plus offusqué : j’en avais tellement fait dans ma vie…
Il me raconta que dès qu’il était bébé, il entendait une voix, c’était la mienne, elle était très douce, moitié homme, moitié femme, et qu’elle le rassurait, qu’il allait connaître l’amour et qu’il allait avoir un beau destin, comme un prince de contes de fée. Plus tard, cette voix lui dit que le ballon était son ami et il commença à voir des lumières sur le tain du cuir Une belle femme et un bel homme qui formait un même personnage âgé de vint ans lui disait :
- N’aie jamais crainte mon petit, je suis encore plus efficace qu’une bonne fée. Je veille sur toi. Tu as en toi toutes les capacités du monde. Tu vas te promener dans la vie si tu fais des efforts. Ce sera difficile de te battre.
Plus tard à l’adolescence, le Joueur commença à me voir dans le ciel et sur le ballon. Il était devenu un prodige du football et pas insensible aux charmes érotique de ce qui incarnait sa protection.
Il découvrit que ce personnage de lumière était un gay très chaud du cul, assez érotomane qui renfermait en lui une femme plus sage mais quand même bien délurée, ce qui l’épata.
Lorsque je fis une tentative de suicide et que je tombai dans le coma pendant plusieurs jours, un phénomène extraordinaire se produisit. Il entra dans mon corps et entendit ma voix en permanence. C’est ce qu’il me confirma tous les jours depuis que nous nous parlons.
Il pouvait se brancher sur moi et ressentir ce que je ressentais, entendre ce qu’on me disait, voir ce dont j’étais le témoin. J’avais trente ans et il en avait 19. Comme dans la chanson de Dalida ! Il était beau comme un Dieu.
Il me confirma qu’il avait la possibilité de me faire l’amour tous les jours sans que je comprenne vraiment comment : un « virtuel-réel » de mon corps, une alternance de mes sexes. J’étais son ballon et je lui collais admirablement aux pieds. Il pouvait faire le voltigeur, le félin, le malin, tutoyer le hasard avec un incroyable culot et de la réussite miraculeuse. Il était devenu un artiste, un héros.
Il décida d’arranger un faux mariage, d’élever des enfants qui n’étaient pas les siens et d’affiner sa stratégie : faire tomber tous les ennemis de la paix, les opposants de l’Eden.
J’avais plusieurs beaux livres sur lui. Je remarquai qu’il regardait souvent quelque chose dans le ciel, ébahi. Il scrutait le ballon de la même manière ou éclatait de rire comme s’il prenait un pied incroyable.
Je dis au Joueur :
- Tu me vois dans le ciel et sur ton ballon.
Aussitôt j’eus une énorme pression magnétique et mon regard se posa sur le O pour valider cette hypothèse. Cela se confirmait par ses passages télé : il regardait souvent en l’air avec un petit sourire, quelquefois sur les côtés. Mon image lui apparaissait dans un halo qui crevait l’espace.
Il me dit que je l’accompagnais tout le temps et qu’il était content. Un phénomène physique que je ne m’expliquais pas, me filmait et lui retransmettait mon image en direct.
Il m’a confirmé ce que je sentais dans l’air sans vraiment comprendre, que ces images étaient enregistrées et allaient servir à faire un film. C’était drôle : cela me fit penser à une rencontre de table en table au Fouquet’s avec des producteurs d’Hollywood qui téléphonèrent tout en m’adressant la parole, me posant des questions. Ils avaient dit à leur interlocuteur :
- Il est bon, il se débrouille pas mal en anglais, il a du culot. That’s it !
Entre nous, je ne vois pas ce qu’il y avait à filmer : mon petit déjeuner, mes courses, mes siestes, mon corps affalé sur un canapé à mater un film à la télé. Je trouvais que ça offrait un beau tableau de paranoïaque à un psychiatre.
Peut-être mon dialogue avec le Joueur grâce aux lettres et à divers objets-symbole avaient de l’intérêt. Mes ébats amoureux aussi. Chaque jour, j’embrassais son nez sur un bout d’oreiller, je m’imaginais un vagin que je caressais et là je recevais d’énormes secousses qui me firent pousser des seins dans les visions de moi-même et me fournissaient des orgasmes incroyables. Le salop, il allait faire un film de cul ! Je n’en étais pas plus offusqué : j’en avais tellement fait dans ma vie…
Il me raconta que dès qu’il était bébé, il entendait une voix, c’était la mienne, elle était très douce, moitié homme, moitié femme, et qu’elle le rassurait, qu’il allait connaître l’amour et qu’il allait avoir un beau destin, comme un prince de contes de fée. Plus tard, cette voix lui dit que le ballon était son ami et il commença à voir des lumières sur le tain du cuir Une belle femme et un bel homme qui formait un même personnage âgé de vint ans lui disait :
- N’aie jamais crainte mon petit, je suis encore plus efficace qu’une bonne fée. Je veille sur toi. Tu as en toi toutes les capacités du monde. Tu vas te promener dans la vie si tu fais des efforts. Ce sera difficile de te battre.
Plus tard à l’adolescence, le Joueur commença à me voir dans le ciel et sur le ballon. Il était devenu un prodige du football et pas insensible aux charmes érotique de ce qui incarnait sa protection.
Il découvrit que ce personnage de lumière était un gay très chaud du cul, assez érotomane qui renfermait en lui une femme plus sage mais quand même bien délurée, ce qui l’épata.
Lorsque je fis une tentative de suicide et que je tombai dans le coma pendant plusieurs jours, un phénomène extraordinaire se produisit. Il entra dans mon corps et entendit ma voix en permanence. C’est ce qu’il me confirma tous les jours depuis que nous nous parlons.
Il pouvait se brancher sur moi et ressentir ce que je ressentais, entendre ce qu’on me disait, voir ce dont j’étais le témoin. J’avais trente ans et il en avait 19. Comme dans la chanson de Dalida ! Il était beau comme un Dieu.
Il me confirma qu’il avait la possibilité de me faire l’amour tous les jours sans que je comprenne vraiment comment : un « virtuel-réel » de mon corps, une alternance de mes sexes. J’étais son ballon et je lui collais admirablement aux pieds. Il pouvait faire le voltigeur, le félin, le malin, tutoyer le hasard avec un incroyable culot et de la réussite miraculeuse. Il était devenu un artiste, un héros.
Il décida d’arranger un faux mariage, d’élever des enfants qui n’étaient pas les siens et d’affiner sa stratégie : faire tomber tous les ennemis de la paix, les opposants de l’Eden.
Un jour le Joueur s’obstina à faire bouger, puis fixer ma tête sur des objets brillants. Il pointa la lettre D de Dominique et immédiatement me fit regarder la lumière, puis le petit ballon de football, un bronze des années 30 posé sur une desserte. Que voulait-il me dire ?
J’avais plusieurs beaux livres sur lui. Je remarquai qu’il regardait souvent quelque chose dans le ciel, ébahi. Il scrutait le ballon de la même manière ou éclatait de rire comme s’il prenait un pied incroyable.
Je dis au Joueur :
- Tu me vois dans le ciel et sur ton ballon.
Aussitôt j’eus une énorme pression magnétique et mon regard se posa sur le O pour valider cette hypothèse. Cela se confirmait par ses passages télé : il regardait souvent en l’air avec un petit sourire, quelquefois sur les côtés. Mon image lui apparaissait dans un halo qui crevait l’espace.
Il me dit que je l’accompagnais tout le temps et qu’il était content. Un phénomène physique que je ne m’expliquais pas, me filmait et lui retransmettait mon image en direct.
Il m’a confirmé ce que je sentais dans l’air sans vraiment comprendre, que ces images étaient enregistrées et allaient servir à faire un film. C’était drôle : cela me fit penser à une rencontre de table en table au Fouquet’s avec des producteurs d’Hollywood qui téléphonèrent tout en m’adressant la parole, me posant des questions. Ils avaient dit à leur interlocuteur :
- Il est bon, il se débrouille pas mal en anglais, il a du culot. That’s it !
Entre nous, je ne vois pas ce qu’il y avait à filmer : mon petit déjeuner, mes courses, mes siestes, mon corps affalé sur un canapé à mater un film à la télé. Je trouvais que ça offrait un beau tableau de paranoïaque à un psychiatre.
Peut-être mon dialogue avec le Joueur grâce aux lettres et à divers objets-symbole avaient de l’intérêt. Mes ébats amoureux aussi. Chaque jour, j’embrassais son nez sur un bout d’oreiller, je m’imaginais un vagin que je caressais et là je recevais d’énormes secousses qui me firent pousser des seins dans les visions de moi-même et me fournissaient des orgasmes incroyables. Le salop, il allait faire un film de cul ! Je n’en étais pas plus offusqué : j’en avais tellement fait dans ma vie…
Il me raconta que dès qu’il était bébé, il entendait une voix, c’était la mienne, elle était très douce, moitié homme, moitié femme, et qu’elle le rassurait, qu’il allait connaître l’amour et qu’il allait avoir un beau destin, comme un prince de contes de fée. Plus tard, cette voix lui dit que le ballon était son ami et il commença à voir des lumières sur le tain du cuir Une belle femme et un bel homme qui formait un même personnage âgé de vint ans lui disait :
- N’aie jamais crainte mon petit, je suis encore plus efficace qu’une bonne fée. Je veille sur toi. Tu as en toi toutes les capacités du monde. Tu vas te promener dans la vie si tu fais des efforts. Ce sera difficile de te battre.
Plus tard à l’adolescence, le Joueur commença à me voir dans le ciel et sur le ballon. Il était devenu un prodige du football et pas insensible aux charmes érotique de ce qui incarnait sa protection.
Il découvrit que ce personnage de lumière était un gay très chaud du cul, assez érotomane qui renfermait en lui une femme plus sage mais quand même bien délurée, ce qui l’épata.
Lorsque je fis une tentative de suicide et que je tombai dans le coma pendant plusieurs jours, un phénomène extraordinaire se produisit. Il entra dans mon corps et entendit ma voix en permanence. C’est ce qu’il me confirma tous les jours depuis que nous nous parlons.
Il pouvait se brancher sur moi et ressentir ce que je ressentais, entendre ce qu’on me disait, voir ce dont j’étais le témoin. J’avais trente ans et il en avait 19. Comme dans la chanson de Dalida ! Il était beau comme un Dieu.
Il me confirma qu’il avait la possibilité de me faire l’amour tous les jours sans que je comprenne vraiment comment : un « virtuel-réel » de mon corps, une alternance de mes sexes. J’étais son ballon et je lui collais admirablement aux pieds. Il pouvait faire le voltigeur, le félin, le malin, tutoyer le hasard avec un incroyable culot et de la réussite miraculeuse. Il était devenu un artiste, un héros.
Il décida d’arranger un faux mariage, d’élever des enfants qui n’étaient pas les siens et d’affiner sa stratégie : faire tomber tous les ennemis de la paix, les opposants de l’Eden.
samedi 23 janvier 2010
Révélations
Mes douleurs céphaliques étaient insupportables. J’avais l’impression que mon cerveau ou son liquide étaient en expansion alors que la boîte crânienne rétrécissait. Les pressions étaient énormes. Si fortes qu’elles s’exerçaient sur ma colonne vertébrale, mes jambes et que mon corps se tordait. Je ne pouvais marcher que 400 mètres, la distance limite pour assurer mes courses alimentaires et assurer une intendance précaire car je ne pouvais rester debout plus de dix minutes, sous peine de me tordre de douleur et d’être terrassé au sol.
Seule l’eau me soulageait. A la piscine, je flottais et ne ressentais plus rien. A l’air libre, j’avais l’impression que toute la pression atmosphérique m’en voulait et désira que je rampe. Mais couché, les douleurs céphaliques devenaient encore plus violentes.
Depuis la révélation à Emmaüs que le Joueur était mon amant et correspondant cosmique, je pris l’indécrottable habitude de lui parler tout le temps. Cela accrut mes douleurs et la puissance du magnétisme qui enserrait ma tête et la faisait déplacer contre mon gré. Après la lecture de l’Equipe, quand je réalisai avec dégoût que ce Joueur était devenu Mister Money, roi du système publicitaire, les douleurs à ma tête étaient devenues insupportables. J’avais la sensation de subir des coups de foudre et de colère des forces magnétiques. Le Joueur devait être passablement agacé : il fulminait, il se révoltait contre mon avis sur sa personne, il criait à l’injustice contre le contre-sens, le jugement hâtif, la tentation facile de céder aux apparences.
Nous eûmes une explication. J’étais assis sur le canapé du salon. J’eus l’idée de sophitiquer l’utilisations des lettres pour nous comprendre. En guise de question, je n’avais qu’à formuler des hypothèses. Si le Joueur la validait, il n’avait faire plonger ma lettre sur le A ou le O, puisque nous étions « l’alpha et l’oméga » ! Si l’hypothèse était mauvaise, il n’avait qu’à me diriger sur n’importe quelle autre lettre.
Avais-je réellement des pouvoirs liés à l’atome, au champ magnétique, à la lumière ? Ma tête se dirigea sur la lettre O de ma télé Sony. En avait-il aussi ? Oui. Ne jouait-il pas un double jeu en se transformant en hommes d’affaires ? Oui. Etait-ce au final pour dénoncer les turpitudes de ce monde qui le mettait dans certaines confidences et le formaient aux plus tragiques techniques de communication ? La réponse était toujours oui.
Je retrouvai le Joueur de 98, sa forme de bonté, son sens du combattant, son art de la stratégie.
Les questions-réponses durèrent des heures, des jours et des nuits. Et il fallait que je sois incroyablement précis dans l’énoncé de mon hypothèse sinon je pouvais être recalé pour un détail. Il suffisait de repréciser les choses et le savoir constitué sur notre nature, nos utopies, notre projet pour les réaliser et les moyens pour réussir avançait.
J’étais rassuré et inquiet sur un point. J’étais un hermaphrodite caché, incomplet. Je le savais intérieurement par mes fantasmes, mes pratiques sexuelles, mes manières de vivre amoureusement mais j’avais tellement lutté pour le dissimuler et j’avais la honte que ce soit exposé publiquement. J’allais devenir une belle femme et rester un homme. L’adoption d’un genre dépendrait des moments, des humeurs, des désirs et de petites caresses nez contre nez.
Cette réversibilité sexuelle assurerait la paix dans le monde car notre singularité atomique était telle que notre rencontre, nos ébats amoureux auraient un effet tellement radical sur les bombes, les missiles, les armes conventionnelles que leur efficacité serait réduite à néant. Elles deviendraient aussi inoffensives que de vieilles casseroles. Les fusils, carabine, mitraillettes seraient enrayées. La pulsion criminelle disparaitrait du champ de la condition humaine.
Avec toutes ces révélations, le Joueur me sembla de plus en plus séduisant. Et le fait qu’il fut un génie du ballon me séduisait. C’était un monde que je daubais facilement mais je devenais admiratif du beau jeu et voyaient désormais les joueurs comme les nouveaux artistes planétaires du temps présent.
Jer m’assurais auprès de lui qu’il le partagerait à l’avenir tout son argent mal gagné. Il me répondit quinze fois oui. Je l’imaginais excédé par mon incrédulité. Tous les jours, je lui posais la question tout comme le fait qu’il jouait le rôle d’un noyauteur explosif du nouvel ordre économique et social qui s’était rudement mis en place. Je sentais à la force du magnétisme qu’il ne plaisantait pas avec cela. Nous étions tous les deux la même longueur d’onde pour provoquer des holds-up de Robin des Bois et soulager l’humanité, lui faire connaître l’abondance, la légèreté, la création.
Le Joueur devait être à son poste-clé qui n’apparaissait pas comme le plus sympathique. Mais c’est vrai qu’un inaltérable capital de bonté se dégageait de son regard. De la tendresse, de l’enfance, de la colère, de l’humour. Il avait le cocktail aussi gagnant que sa silhouette était irrésistible…
Seule l’eau me soulageait. A la piscine, je flottais et ne ressentais plus rien. A l’air libre, j’avais l’impression que toute la pression atmosphérique m’en voulait et désira que je rampe. Mais couché, les douleurs céphaliques devenaient encore plus violentes.
Depuis la révélation à Emmaüs que le Joueur était mon amant et correspondant cosmique, je pris l’indécrottable habitude de lui parler tout le temps. Cela accrut mes douleurs et la puissance du magnétisme qui enserrait ma tête et la faisait déplacer contre mon gré. Après la lecture de l’Equipe, quand je réalisai avec dégoût que ce Joueur était devenu Mister Money, roi du système publicitaire, les douleurs à ma tête étaient devenues insupportables. J’avais la sensation de subir des coups de foudre et de colère des forces magnétiques. Le Joueur devait être passablement agacé : il fulminait, il se révoltait contre mon avis sur sa personne, il criait à l’injustice contre le contre-sens, le jugement hâtif, la tentation facile de céder aux apparences.
Nous eûmes une explication. J’étais assis sur le canapé du salon. J’eus l’idée de sophitiquer l’utilisations des lettres pour nous comprendre. En guise de question, je n’avais qu’à formuler des hypothèses. Si le Joueur la validait, il n’avait faire plonger ma lettre sur le A ou le O, puisque nous étions « l’alpha et l’oméga » ! Si l’hypothèse était mauvaise, il n’avait qu’à me diriger sur n’importe quelle autre lettre.
Avais-je réellement des pouvoirs liés à l’atome, au champ magnétique, à la lumière ? Ma tête se dirigea sur la lettre O de ma télé Sony. En avait-il aussi ? Oui. Ne jouait-il pas un double jeu en se transformant en hommes d’affaires ? Oui. Etait-ce au final pour dénoncer les turpitudes de ce monde qui le mettait dans certaines confidences et le formaient aux plus tragiques techniques de communication ? La réponse était toujours oui.
Je retrouvai le Joueur de 98, sa forme de bonté, son sens du combattant, son art de la stratégie.
Les questions-réponses durèrent des heures, des jours et des nuits. Et il fallait que je sois incroyablement précis dans l’énoncé de mon hypothèse sinon je pouvais être recalé pour un détail. Il suffisait de repréciser les choses et le savoir constitué sur notre nature, nos utopies, notre projet pour les réaliser et les moyens pour réussir avançait.
J’étais rassuré et inquiet sur un point. J’étais un hermaphrodite caché, incomplet. Je le savais intérieurement par mes fantasmes, mes pratiques sexuelles, mes manières de vivre amoureusement mais j’avais tellement lutté pour le dissimuler et j’avais la honte que ce soit exposé publiquement. J’allais devenir une belle femme et rester un homme. L’adoption d’un genre dépendrait des moments, des humeurs, des désirs et de petites caresses nez contre nez.
Cette réversibilité sexuelle assurerait la paix dans le monde car notre singularité atomique était telle que notre rencontre, nos ébats amoureux auraient un effet tellement radical sur les bombes, les missiles, les armes conventionnelles que leur efficacité serait réduite à néant. Elles deviendraient aussi inoffensives que de vieilles casseroles. Les fusils, carabine, mitraillettes seraient enrayées. La pulsion criminelle disparaitrait du champ de la condition humaine.
Avec toutes ces révélations, le Joueur me sembla de plus en plus séduisant. Et le fait qu’il fut un génie du ballon me séduisait. C’était un monde que je daubais facilement mais je devenais admiratif du beau jeu et voyaient désormais les joueurs comme les nouveaux artistes planétaires du temps présent.
Jer m’assurais auprès de lui qu’il le partagerait à l’avenir tout son argent mal gagné. Il me répondit quinze fois oui. Je l’imaginais excédé par mon incrédulité. Tous les jours, je lui posais la question tout comme le fait qu’il jouait le rôle d’un noyauteur explosif du nouvel ordre économique et social qui s’était rudement mis en place. Je sentais à la force du magnétisme qu’il ne plaisantait pas avec cela. Nous étions tous les deux la même longueur d’onde pour provoquer des holds-up de Robin des Bois et soulager l’humanité, lui faire connaître l’abondance, la légèreté, la création.
Le Joueur devait être à son poste-clé qui n’apparaissait pas comme le plus sympathique. Mais c’est vrai qu’un inaltérable capital de bonté se dégageait de son regard. De la tendresse, de l’enfance, de la colère, de l’humour. Il avait le cocktail aussi gagnant que sa silhouette était irrésistible…
vendredi 22 janvier 2010
La déclaration
Depuis que j’avais aperçu, sur les Champs Elysées, l’autocar couleur saumon représentant une bastide avec des cyprès, symbole de paix que j’attribuais au Joueur, un curieux langage s’était mis en place dans mon imagination.
Le Chanteur avait été presque le seul objet de mon obsession mais le Joueur m’avait troublé au point de n’imaginer des ébats amoureux qu’avec lui. Je l’avais vu brièvement à la télévision. Il avait dit : « Je suis fada du ballon ». Et à chaque fois, que je voyais la lettre F sur une plaque d’immatriculation ou une enseigne publicitaire, je pensais à Fada.
Puis ça se compliquait : des voitures-écoles « ECF » me faisaient lire « E, c’est F comme fada ». Puis je lisais DCL, lettres peintes sur une camionnette. Ca faisait « D comme Dominique c’est L ». Ainsi N c’était aussi fada, Z c’était Zizanie, ce qui nous caractérisait moi et le Joueur dès le premier jour où j’ai pris connaissance que j’étais son ballon. B c’était bébé, c’était moi et lui. O voulait dire oméga, mais aussi la fin, disons la fin du travail d’approche et le début d’une nouvelle ère. A signifiait alpha, c’est-à-dire moi, lui.
J’avais ratissé toutes les lettres de l’alphabet sans oublier M qui voulait dire amour.
Quand je me réveillai après avoir bien descendu le Joueur la veille sur son côté icône de la France (et du monde) déchue pour devenir une simple et minable grosse machine publicitaire, je regardai à nouveau le Joueur à la Une de l’Equipe.
Il avait des petits cheveux qui semblaient mouillés et on aurait dit ceux d’un nourrisson qui venait de naître.
Je fus saisi par de violentes pressions céphaliques qui me fit tourner la tête dans tous les sens. C’était la force des tenailles du magnétisme dans lesquelles j’étais pris depuis le Père-Lachaise et je commençais à en avoir l’habitude. Ma tête bougeait, bougeait et s’arrêta brutalement, forçant mes yeux à fixer très brutalement la lettre M. Mon regard ne pouvait s’en détacher.
Dans ces cas de fort magnétisme, mes yeux regardaient fixement, ça m’évitait des douleurs mais permettait une précision dans le choix d’une lettre, d’une ligne ou d’un objet à scruter. Le magnétisme fit bouger mon regard de la lettre F à M puis à D : « FMD = Fada aime Dominique ».
La Une de l’Equipe comportait suffisamment de lettres imprimées pour qu’un langage sommaire pût s’établir comme dans une séance de spiritisme.
Ainsi je pus lire : « je suis seul » après que mon regard ait été contraint de fixer plusieurs fois sa pointe de petits cheveux qui descendait en haut de son front. Je la fixais tellement longtemps que les lignes du triangle se mirent à trembler. Le Joueur me répéta « JE T M ».
Il fit pointer mon regard sur un point d’interrogation. Je compris à force de considérer ce ? puis son visage, ses petits cheveux, puis la grosse lettre M de la manchette, qu’il me demanda si je l’aimais moi aussi. J’éclatais de rire en me rappelant ce que j’avais formulé sur lui la veille :
- Franchement, je ne sais pas.
Le magnétisme me fit fixer la lettre J, ce qui dans notre langage commun signifiait le Jour de la rencontre, le grand jour J. Et il me fit déplacer mes yeux les lettres P A I X. Jour de paix.
Je lui demandai :
- Y compris dans mon cœur ?
Il répondit : oui.
Je lui dis :
- Je ne sais pas. On ne se connait pas. Je trouvais sympathique, même plus que ça en 98. T’étais une sorte de sauveur, pas seulement en foot qui m’indiffère, mais pour tout ce que tu as provoqué dans les cœurs et les esprits. Maintenant, regarde ce que tu es devenu.
Il pointa ma tête sur une ligne blanche de mon tapis iranien. Plusieurs fois. Puis joua avec les lettres P A I X.
- Je trouve que tu appartiens maintenant à l’autre camp, celui de la minorité qui a indûment capté toutes les richesses de la planète.
Il fait déplacer ma tête de lettre en lettre : F A U X.
-Est-ce qu’un jour, on se rencontrera pour en parler ?
Il répondit : O U I
- Mais tu insistes toujours sur ta vie de famille, ta femme, tes enfants etc…
Le magnétisme se fit plus fort et je décrypter grâce aux legttres soigneusement choisies (cela dura longtemps !).
- ELLE : BELLE SŒUR EUX : NEVEUX.
C’est à ce moment là que le téléphone sonna. C’était le Chanteur qui prenait de mes nouvelles. J’étais heureux de lui annoncer que je n’étais plus amoureux de lui. Il me parla du Joueur.
- C’est lui, t’as le béguin pour lui ?
- J’en ai peur. Son allure de superstar publicitaire me déplaît.
- Mais c’est un dieu ce mec. Si tu veux, on prend un avion ensemble et on attend dans un café près de chez lui. On sera sûr de le rencontrer.
Je ne dis ni oui ni non.
-N’oublie que tu es son ballon.
Moi, je n’oubliais qu’il était en relation directe avec les services secrets. Je jouai l’enfant, insistant bien sur mes hésitations, en pensant avec le délice de l’ironie : « regarde bien comme je t’embrouille ».
C’est alors que je réalisai que les mœurs de mon journal m’apprirent à jouer les agents doubles, voire triples, tout en détestant ça, tout en aimant ça. Mais c’était une question de survie.
Je l’aurais aimée plus simple.
Le Chanteur avait été presque le seul objet de mon obsession mais le Joueur m’avait troublé au point de n’imaginer des ébats amoureux qu’avec lui. Je l’avais vu brièvement à la télévision. Il avait dit : « Je suis fada du ballon ». Et à chaque fois, que je voyais la lettre F sur une plaque d’immatriculation ou une enseigne publicitaire, je pensais à Fada.
Puis ça se compliquait : des voitures-écoles « ECF » me faisaient lire « E, c’est F comme fada ». Puis je lisais DCL, lettres peintes sur une camionnette. Ca faisait « D comme Dominique c’est L ». Ainsi N c’était aussi fada, Z c’était Zizanie, ce qui nous caractérisait moi et le Joueur dès le premier jour où j’ai pris connaissance que j’étais son ballon. B c’était bébé, c’était moi et lui. O voulait dire oméga, mais aussi la fin, disons la fin du travail d’approche et le début d’une nouvelle ère. A signifiait alpha, c’est-à-dire moi, lui.
J’avais ratissé toutes les lettres de l’alphabet sans oublier M qui voulait dire amour.
Quand je me réveillai après avoir bien descendu le Joueur la veille sur son côté icône de la France (et du monde) déchue pour devenir une simple et minable grosse machine publicitaire, je regardai à nouveau le Joueur à la Une de l’Equipe.
Il avait des petits cheveux qui semblaient mouillés et on aurait dit ceux d’un nourrisson qui venait de naître.
Je fus saisi par de violentes pressions céphaliques qui me fit tourner la tête dans tous les sens. C’était la force des tenailles du magnétisme dans lesquelles j’étais pris depuis le Père-Lachaise et je commençais à en avoir l’habitude. Ma tête bougeait, bougeait et s’arrêta brutalement, forçant mes yeux à fixer très brutalement la lettre M. Mon regard ne pouvait s’en détacher.
Dans ces cas de fort magnétisme, mes yeux regardaient fixement, ça m’évitait des douleurs mais permettait une précision dans le choix d’une lettre, d’une ligne ou d’un objet à scruter. Le magnétisme fit bouger mon regard de la lettre F à M puis à D : « FMD = Fada aime Dominique ».
La Une de l’Equipe comportait suffisamment de lettres imprimées pour qu’un langage sommaire pût s’établir comme dans une séance de spiritisme.
Ainsi je pus lire : « je suis seul » après que mon regard ait été contraint de fixer plusieurs fois sa pointe de petits cheveux qui descendait en haut de son front. Je la fixais tellement longtemps que les lignes du triangle se mirent à trembler. Le Joueur me répéta « JE T M ».
Il fit pointer mon regard sur un point d’interrogation. Je compris à force de considérer ce ? puis son visage, ses petits cheveux, puis la grosse lettre M de la manchette, qu’il me demanda si je l’aimais moi aussi. J’éclatais de rire en me rappelant ce que j’avais formulé sur lui la veille :
- Franchement, je ne sais pas.
Le magnétisme me fit fixer la lettre J, ce qui dans notre langage commun signifiait le Jour de la rencontre, le grand jour J. Et il me fit déplacer mes yeux les lettres P A I X. Jour de paix.
Je lui demandai :
- Y compris dans mon cœur ?
Il répondit : oui.
Je lui dis :
- Je ne sais pas. On ne se connait pas. Je trouvais sympathique, même plus que ça en 98. T’étais une sorte de sauveur, pas seulement en foot qui m’indiffère, mais pour tout ce que tu as provoqué dans les cœurs et les esprits. Maintenant, regarde ce que tu es devenu.
Il pointa ma tête sur une ligne blanche de mon tapis iranien. Plusieurs fois. Puis joua avec les lettres P A I X.
- Je trouve que tu appartiens maintenant à l’autre camp, celui de la minorité qui a indûment capté toutes les richesses de la planète.
Il fait déplacer ma tête de lettre en lettre : F A U X.
-Est-ce qu’un jour, on se rencontrera pour en parler ?
Il répondit : O U I
- Mais tu insistes toujours sur ta vie de famille, ta femme, tes enfants etc…
Le magnétisme se fit plus fort et je décrypter grâce aux legttres soigneusement choisies (cela dura longtemps !).
- ELLE : BELLE SŒUR EUX : NEVEUX.
C’est à ce moment là que le téléphone sonna. C’était le Chanteur qui prenait de mes nouvelles. J’étais heureux de lui annoncer que je n’étais plus amoureux de lui. Il me parla du Joueur.
- C’est lui, t’as le béguin pour lui ?
- J’en ai peur. Son allure de superstar publicitaire me déplaît.
- Mais c’est un dieu ce mec. Si tu veux, on prend un avion ensemble et on attend dans un café près de chez lui. On sera sûr de le rencontrer.
Je ne dis ni oui ni non.
-N’oublie que tu es son ballon.
Moi, je n’oubliais qu’il était en relation directe avec les services secrets. Je jouai l’enfant, insistant bien sur mes hésitations, en pensant avec le délice de l’ironie : « regarde bien comme je t’embrouille ».
C’est alors que je réalisai que les mœurs de mon journal m’apprirent à jouer les agents doubles, voire triples, tout en détestant ça, tout en aimant ça. Mais c’était une question de survie.
Je l’aurais aimée plus simple.
samedi 26 décembre 2009
Le Chanteur et le Joueur
- Tu es son ballon ! Tu es son ballon ! disait le Chanteur de rap.
Moi j’avais fait un simple cauchemar la veille. Je m’étais vu guillotiné et ma tête ensanglantée roulait entre les pieds du Joueur. Il faisait des dribbles invraisemblables et mon visage avait la langue tirée, les yeux exorbités, je me réveillai et écrivit un rap au Chanteur.
Je lui en avais déjà envoyé une bonne vingtaine.
Je le connaissais pour avoir travaillé avec lui. Je lui dictais mes raps sur le répondeur de son portable. J’étais tombé amoureux de lui, de sa finesse, de son élégance, de son rire d’enfant, de son africanité, de sa fulgurance de lézard, de sa culture du mot, de sa musicalité, de son goût pour l’exploit sportif et littéraire. Il était vraiment fait pour le dépassement.
Dans sa cité de la banlieue sud, il avait compensé le handicap de son petit gabarit par la technique du combat et la virtuosité des joutes verbales. Sur le plan de la composition, c’était un nouveau Gainsbourg ou un Trenet-danseur de hip hop, un Françafricain, la beauté du continent noir née dans la ceinture parisienne qu’il enjoliva de solides graffitis. Il était toujours dans une recherche, l’esthète…
Il avait le succès milliardaire, l’appartement Art Déco, la vie de jet-setter, ayant gardé de ses années de vache maigre le sens de la dérive, l’invention dans l’urgence, le goût de l’innocence, ayant acquis pendant le triomphe l’aisance sans la suffisance, une immunité contre le mauvais goût et cette volonté de croiser les milieux et les cultures…tout en ayant fait un excellent mariage.
Il me parlait de son fameux bar-tabac Le Balto, à deux pas de chez lui. Il aimait me répéter qu’il y tenait des rencontres informelles avec des gens « venus de mondes très différents ». Il me dit plusieurs fois qu’un jour, je pourrai venir. Il y avait là des amis de banlieue mais d’autres personnes aux profils très différents. Ce mélange me rendait dingue. J’avais très envie de venir. Le Chanteur ne m’en reparlait plus. Deux ans plus tard, j’ai obtenu d’un de ses meilleurs copains qui est aussi un de mes amis, qu’il était sérieusement acoquiné avec les services secrets français. Ce monde-là le fascinait…
Le Joueur, c’était le mythe footballistique incarné et une forme de beauté rare : la virilité alliée à la douceur. Je ne pouvais imaginer être son ballon. Cet homme-là appartenait au paradis, demi-dieu qui vaccinait en un éclair tout un peuple contre ses tentations xénophobes, ses peurs imbéciles, les colères qui se trompent d’ennemis, les replis sur soi, le manque de curiosité, l’aigreur, le désespoir, le découragement, formidable rénovateur du chaudron républicain dans lequel la bourgeoise et l’adolescent des cités pouvaient joyeusement s’embrasser devant un ancien qui n’avait jamais vu une telle liesse populaire et une telle force symbolique de la victoire et de la fraternité depuis la Libération, un soir de finale en 1998. C’était l’homme du football français héroïque, celui qui se dématérialisait pour devenir dans nos cœurs le secours, la beauté, la bonté, la timidité, le rire : le soleil.
Le Chanteur avait la fulgurance du lézard, le Joueur, celle du plus grands des félins.
Dans ma chanson, donc, j’écris difficilement de nouvelles expressions d’amour pour le Chanteur. J’en avais tellement marre de le persuader de m’aimer, que je lui écris : attention, si ça continue, je pourrais tomber amoureux du Joueur.
Au fur et à mesure que mon désir pour le Joueur s’épanouissait, je trouvais de l’inspiration pour le mettre en rivalité avec le Chanteur. Entre nous, je savais qu’une idylle avec le Joueur était totalement inconcevable tant il aimait répéter son amour pour sa femme et ses enfants et qu’il vivait dans la sphère des personnes dorées par leur destin et leur talent et qu’elles étaient de fait intouchables.
Aussitôt la chanson écrite et téléphonée sur le répondeur du Chanteur, celui-ci me rappela immédiatement et me répéta :
- Tu es son ballon. Avoue que c’est drôle comme situation !
Il avait l’habitude de parler comme un sphynx, énigmatique et laconique et faisait lourdement comprendre que lorsqu’il avait décidé de ne pas répondre à une question, il ne fallait pas insister. Je n’avais pas d’autres explications. Je restais amoureux de lui mais troublé par mon désir pour le Joueur et cette histoire de ballon.
Moi j’avais fait un simple cauchemar la veille. Je m’étais vu guillotiné et ma tête ensanglantée roulait entre les pieds du Joueur. Il faisait des dribbles invraisemblables et mon visage avait la langue tirée, les yeux exorbités, je me réveillai et écrivit un rap au Chanteur.
Je lui en avais déjà envoyé une bonne vingtaine.
Je le connaissais pour avoir travaillé avec lui. Je lui dictais mes raps sur le répondeur de son portable. J’étais tombé amoureux de lui, de sa finesse, de son élégance, de son rire d’enfant, de son africanité, de sa fulgurance de lézard, de sa culture du mot, de sa musicalité, de son goût pour l’exploit sportif et littéraire. Il était vraiment fait pour le dépassement.
Dans sa cité de la banlieue sud, il avait compensé le handicap de son petit gabarit par la technique du combat et la virtuosité des joutes verbales. Sur le plan de la composition, c’était un nouveau Gainsbourg ou un Trenet-danseur de hip hop, un Françafricain, la beauté du continent noir née dans la ceinture parisienne qu’il enjoliva de solides graffitis. Il était toujours dans une recherche, l’esthète…
Il avait le succès milliardaire, l’appartement Art Déco, la vie de jet-setter, ayant gardé de ses années de vache maigre le sens de la dérive, l’invention dans l’urgence, le goût de l’innocence, ayant acquis pendant le triomphe l’aisance sans la suffisance, une immunité contre le mauvais goût et cette volonté de croiser les milieux et les cultures…tout en ayant fait un excellent mariage.
Il me parlait de son fameux bar-tabac Le Balto, à deux pas de chez lui. Il aimait me répéter qu’il y tenait des rencontres informelles avec des gens « venus de mondes très différents ». Il me dit plusieurs fois qu’un jour, je pourrai venir. Il y avait là des amis de banlieue mais d’autres personnes aux profils très différents. Ce mélange me rendait dingue. J’avais très envie de venir. Le Chanteur ne m’en reparlait plus. Deux ans plus tard, j’ai obtenu d’un de ses meilleurs copains qui est aussi un de mes amis, qu’il était sérieusement acoquiné avec les services secrets français. Ce monde-là le fascinait…
Le Joueur, c’était le mythe footballistique incarné et une forme de beauté rare : la virilité alliée à la douceur. Je ne pouvais imaginer être son ballon. Cet homme-là appartenait au paradis, demi-dieu qui vaccinait en un éclair tout un peuple contre ses tentations xénophobes, ses peurs imbéciles, les colères qui se trompent d’ennemis, les replis sur soi, le manque de curiosité, l’aigreur, le désespoir, le découragement, formidable rénovateur du chaudron républicain dans lequel la bourgeoise et l’adolescent des cités pouvaient joyeusement s’embrasser devant un ancien qui n’avait jamais vu une telle liesse populaire et une telle force symbolique de la victoire et de la fraternité depuis la Libération, un soir de finale en 1998. C’était l’homme du football français héroïque, celui qui se dématérialisait pour devenir dans nos cœurs le secours, la beauté, la bonté, la timidité, le rire : le soleil.
Le Chanteur avait la fulgurance du lézard, le Joueur, celle du plus grands des félins.
Dans ma chanson, donc, j’écris difficilement de nouvelles expressions d’amour pour le Chanteur. J’en avais tellement marre de le persuader de m’aimer, que je lui écris : attention, si ça continue, je pourrais tomber amoureux du Joueur.
Au fur et à mesure que mon désir pour le Joueur s’épanouissait, je trouvais de l’inspiration pour le mettre en rivalité avec le Chanteur. Entre nous, je savais qu’une idylle avec le Joueur était totalement inconcevable tant il aimait répéter son amour pour sa femme et ses enfants et qu’il vivait dans la sphère des personnes dorées par leur destin et leur talent et qu’elles étaient de fait intouchables.
Aussitôt la chanson écrite et téléphonée sur le répondeur du Chanteur, celui-ci me rappela immédiatement et me répéta :
- Tu es son ballon. Avoue que c’est drôle comme situation !
Il avait l’habitude de parler comme un sphynx, énigmatique et laconique et faisait lourdement comprendre que lorsqu’il avait décidé de ne pas répondre à une question, il ne fallait pas insister. Je n’avais pas d’autres explications. Je restais amoureux de lui mais troublé par mon désir pour le Joueur et cette histoire de ballon.
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