dimanche 31 janvier 2010

Pour l'amour du Jeu

Dans ces conditions où le ballon accomplit de tels miracles avec toutes les surfaces du corps du Joueur, comment ne pourrait-on pas à la comparer à la Terre soumises à l’érotisme de 22 amateurs pourvoyeurs de hasards, de techniques, de forces et de trajectoires ? Sauf que le ballon et le Joueur s’aiment. Il l’a dit une fois : « La balle, je l’ai trouvée, on est bien ensemble, je la garde ! ». Bien sûr qu’il la passe pendant un match. Mais une fois les lumières éteintes, il reste avec ma lumière, mes chuchotements, mes cris, mon désir que je ne cesse de formuler à son égard, mes emmerdes. Et ils sont presque aussi proportionnels à ceux de la Terre.
Moi l’être humain qui ai une identité et une âme de ballon sur le terrain, je ne rêve que de rencontrer le Joueur comme il me le promet et me le rappelle avec la force du magnétisme qui énerve beaucoup ma tête pour la fixer sur la lettre J, J comme Jour, lettre qui bouge et danse devant mes yeux à force d’être immobiles et prisonniers de l’axe du regard scotchée sur elle, annonciatrice du big-bang de velours où tout va s’apaiser dans une douce lumière, dixit le Joueur, athlète-prophète, maitre ès spiritualité et sciences de la nature.
Le Joueur et moi, nous serions au début du cosmos, amants du Big Bang, passagers de Mars et d’autres planètes, réincarnés en animaux puis en homme et femme pour donner sa lignée, ce qu’il y a peut-être de plus beau mais aussi de plus dangereux dans l’univers. Nous aurions atteint une époque, voire une date où le cosmos se révolte, disons qu’il ait son mot à dire pour rétablir une harmonie au sein de l’humanité tant sa création, déboussolée, va droit dans le mur de l’injustice et de la destruction, de l’insensible et de la domination, de la mutilation et de l’impuissance de la conscience, tant l’argent qui était au début un moyen d’échanges et de développement est devenu une chape génocidaire de la part de ceux qui se sont mis en tête de se l’approprier dans sa quasi-totalité : mise en tête de puissance et de désir qui tue le désir, et donc entraîne le vaisseau entier dans une mort annoncée.
Je n’ai cessé de souffrir en exerçant mon métier de témoin-journaliste, chaque jour de plus en plus ahuri par ce nouvel ordre qui confusément mais irrémédiablement se mettait en place. La magie du Mondial 98 a donné à une petite échelle hexagonale un espoir qui était depuis longtemps perdu : celui de la renaissance. La fête permanente.
Le Joueur me dit que notre rencontre serait le déclic à une vagues d’ondes qui désamorceraient les bombes, ferait tomber la minorité humaine de la mort, ouvrirait les vannes de la redistribution, permettrait la régénération organique, la disparition des emprises, des désirs de puissances, des falsifications des désirs justement, autant de touches à ce que pourrait ressembler le cosmos dans sa marche du temps, aussi belle que la création de la lumière : la recherche d’harmonie. Le jeu des forces et des faiblesses, des ressources cachées, des mises en confiance, des séductions, des déboires vite oubliés, de la dynamique de la sève et de l’énergie, des étincelles du hasard et de la rencontre, où le dominant-dominé dans un rapport érotique ne cesse de s’inverser, voire de ne plus rien signifier. Le Jeu tout simplement. Le Jeu où dans un monde guéri de la maladie et de la mort, où les disparus reviendraient, où la pulsion de vie ferait grossir notre planète, libérerait des espaces, où mon expérience horrible d’être enfermée dans la contre-matière, une nuit en banlieue, pourrait se transformer en création du réel sans avoir à travailler, le virtuel désiré trouvant sa forme concrétisée, où l’utopie libertaire serait une réalité tant tout le monde a à y gagner en inventant des formes de délibérations où le rire, l’amitié, la déconne, l’amour (pas trafiqué) l’emporterait sur des renoncements à des pouvoirs dont on en a marre.
Moi le ballon, j’ai ce genre de dialogues avec le Joueur. Il m’annonce toujours un monde paix, celles des armes qui n’existeront plus, des cœurs et des esprits. Je cherche à entrer dans les détails. Je ne veux pas qu’on nous soit reconnaissants, détesterais les mercis, me considère une fois encore comme un simple vecteur et n’aspirerait qu’à une chose, c’est vivre ma singularité normalement, discrètement, pouvant prendre un café dans la rue comme chaque homme et femme, aller au marché ou écrire un livre comme chacun sera mort d’envie de créer de nouvelles formes, expressions, gestes, danses, mélodies ou simples rythmiques pour faire pulser la planète et pourquoi pas la faire grossir encore un peu plus pour loger nos multiples bébés qui ne sauront jamais s’ennuyer avec l’éternité.
Les Africains savent et disent qu’ils sont nés pour composer, chanter ou exécuter leur propre musique qui va rejoindre celle des autres, la musique du monde. Quand celle-ci sera vraiment bonne, la partie sera gagnée. Il existe dans l’humanité certains qui jouent une mauvaise musique. Les Africains disent que ce sont ceux qui commettent de mauvaises actions. Reste à savoir et attendre qu’ils tombent d’eux-mêmes pour que le concert final, début de la musique éternelle, ait lieu. Le Joueur a l’air tellement sûr de lui sur l’imminence de leur chute…

vendredi 29 janvier 2010

Le chat et la souiris s'aiment

J’aime quand les joueurs sont à l’avant, distribuent facilement. On dirait des chats qui jouent avec une souris, une souris ronde, luisante, tournant sur elle-même et jouant des tours aux chats. Parfois elle obéit bien, elle ne mourra jamais, c’est la reine des chats.
Quand elle est un peu étourdie, qu’elle se laisse plus facilement faire, elle offre aux chats des dépassements et des surprises qui laissent pantois.
Il n’y a rien de plus beau à voir que ces chats face aux défenseurs qui protègent ardemment leur zone. Ils distribuent mais le jeu semble bloqué. Et puis, une étincelle. Un Gourcuff arrive à entrer dans un espace bouché par quatre joueurs. La souris s’accroche bien à la chaussure du libero et celle-ci sait la happer, lui parler, l’exciter, la sentir, lui donner parfois des petites tapes, parfois de simples touches, parfois des caresses et s’adapter à ses tourments d’être aussi follement embarquée.
Ils forment le tandem des aventuriers solitaires dans un film de cascades où l’ennemi est mille fois donné gagnant. Objectivement, cela semble impossible de franchir ce donjon de muscles et de colères. Mais le chat et la souris semblent avoir l’habitude de leurs audaces, de la sophistication de leur dialogue pour tenter de vivre comme ils ont toujours rêvé de vivre ensemble. Ils veulent peindre une calligraphie tout en combattant, tout en dansant, tout en touchant à la folie du don.
C’est peut-être un des secrets de leur dynamique, que ça aille vite, que l’on suive à peine chaque mouvement commençant, chaque mouvement finissant, qu’il n’y ait qu’une lumière qui forme un geste-mot, l’incarnation de la victoire sur l’ennemi : la dynamique de l’enchainement. Et c’est écrit ! Et pourtant c’est de l’improbable, presque de l’illusion, de l’utopie. Le chat et la souris exécutent ce qui n’est pas pensable, ce qui est au-delà de toute limite, de toute raison, de la possibilité physique. Mais c’est réel ! Il y a quelque chose de révolutionnaire européen, de sage asiatique et de danseur brésilien dans le football. (On fera les autres continents après !).
Il y a comme trois ou trente ordinateurs dans ce duo. Le joueur a évidemment la vision du chat. La souris a sa queue qui traîne par là et qui peut affirmer quelle ne serve pas de gouvernail, de corde à l’arc et de téléscope aussi ras de la pelouse et des chaussettes qu’elle s’en se bouche les narines au bout d’une heure et demie de match ca r la souris est une petite coquine, gourmande, casse-cou (casse et vide burnes) mais précieuse ? La souris a ses facettes, ça se voit bien quand on examine un ballon. Du moment qu’elle soit ronde, gironde (et depuis deux ans très girondine), facile, farouche, irascible, susceptible, bonne fille, rusée, ondoyante, ondulante, trompeuse, colérique, lunatique et déroutante, baroque et fantasque, imprévisible, voire bien pénible, inouïe et tutoie l’extraordinaire, le bipolaire entre douceur et boulet de canon et offre des lignes de trajectoires aussi multiples que le cosmos semble infini.
Reprenons l’exemple de Gourcuff. La souris ne lui offre-t-il pas ses petits yeux et ses radars ? Il ne suffit pas d’avoir accompli cette première aventure épique de dribbler quatre joueurs. La souris s’arrêterait bien là trop contente d’elle-même et d’être avec « Yeux verts », sentimentale des fois qu’elle est, sensible aux petits coups de pompe au point de désirer ardemment se prendre un petit quelque chose pour se remonter, que la voilà déjà ailleurs. Et quel ailleurs ! Pile poil sur la tête ou le pied d’un joueur. En une ou deux secondes. Il n’y a pas à dire : après un premier exploit, cela semble impossible de combiner ce deuxième éclat qui donne tout à penser que la souris est une concubine, sentimentale certes, mais qui ne désire rien de moins que de changer de concubin. Un chat appelle un chat. Et la souris ne sait rien de moins que de renifler son odeur pour tomber pile poil dessus et marquer le but.
C’est ce qui s’appelle la classe et le mystère. Comment une telle coordination peut-elle se faire quand les chats ressemblent à des formule1, la souris donne tellement envie à son partenaire de poursuivre en solo l’aventure alors que la réussite et la délivrance ne passent que par un changement de partenaire ? Et que dire quand en quelques secondes, la souris s’explose à rebondir entre quatre chats à quelques mètres du but et que l’indécision plane, la combinaison n’appartient qu’à elle-même, le royaume félin auréole de tout son lustre ces quatre soldats, toujours prêts à jouer au chat et à la souris avant que celle-ci ne choisisse son élu en s’amusant tellement qu’elle fait durer le plaisir de la passe, seule parmi ces prédateurs qui se couchent devant elle en amateurs et lui offrent les montagnes russes, l’adulation, l’adoration, enfin le repos, et le but du jeu, la condition sine qua non pour qu’elle exerce son charme et occupe sa place de choix parmi ces chats qui n’ont jamais eu l’idée de la bouffer : couples et échangisme d’enfer. Sauf que bien souvent, on est au paradis.

Interrogations et stratégies

Je n’ai rien d’un adolescent ou d’une adolescente ayant jeté son dévolu sur une star car « il était beau comme Mike Brandt ». Bien sûr, il y avait ses exploits sportifs, leur esthétique, cette forme de bonté qui se dégageait de lui, son sourire irradiant, sa manière de parler, son accent marseillais. Mais est-ce suffisant pour réaliser qu’on connaît une personne, qu’on en est vraiment amoureux au point de vouloir lier son destin avec elle ?
Je ne déteste pas que le ballon de football soit animé et que ce soit une projection de ma personne, un double non pas réifié de moi-même mais un objet vivant ayant une âme et ses états (traductibles par des pulsions magnétiques), une sorte d’ovni, moitié chose-moitié esprit qui corresponde à ma personne.
Ce qui nous amène à un sujet sensible, un peu sulfureux, où dans le fil de nos conversations et aux réactions d’émerveillement devant la beauté et l’aura de certains joueurs –essentiellement africains-, nous envisagions d’avoir des ébats à plusieurs.
Il m’assura que ça ne lui déplairait pas de me voir entouré(e) de plusieurs partenaires. Je lui demandais si ça l’excitait, il me confirma que oui et mon sexe se mit en érection alors que moi-même, je n’étais pas vraiment chaud. Du haut de ma vie plutôt dissolue, je sentais un rapport à la libido qui n’était plus volcanique. Il m’assura une fois encore que c’était lui qui m’envoyait du flux sanguin dans mon sexe, ce que je trouvais drôle et pas très rassurant car je réalisais qu’il pouvait avoir un certain pouvoir de vie et de mort sur ma personne.
J’étais très insatisfait d’être dans cette impossibilité provisoire de se rencontrer, faire connaissance, prendre du temps, rigoler, discuter, se raconter, boire et pourquoi par fumer un pétard pour faire les idiots. Je trouvais ça dégradant qu’on impose un lent travail de rapprochement, une séparation, une communication réduite à un jeu fastidieux de lettres d’alphabet, de certains objets-symboles, de validations d’hypothèses par les lettres a et o, ce jeu de devinettes, la question devant se transformer en affirmation qui devait se confirmer ensuite par cette procédure magnétique. C’était assez déshumanisant dans la perte logos naturel ou surhumain comme deux tétraplégiques cherchàt à se parler.
Je sais que le Joueur, étant dans les hautes sphères sportives, médiatiques, économiques et donc politiques, avait sa carte à jouer. Il fallait rendre marrons tous ceux qui ont essayé de contrarier notre rencontre pour des raisons de cupidité ou de pouvoir (politique, culturel, sportif et tutti quanti). Il fallait être judoka, utiliser leurs forces et leurs mouvements pour les mettre à terre, les pousser à l’erreur, les décourager, leur faire réaliser que notre lien de langage cosmique était béton et que nous entrions aussi dans une zone de plaisir sensuels, d’érotisme illimité et d’extase qui nous faisaient voyager très loin. Ce serait une guerre d’usure.
Ils savent que nous avons le pouvoir de créer des richesses naturelles et des nouvelles technologies, de nourrir et de dépolluer la planète, de faire couler de l’or, comme par miracle, aux pieds de tous ceux qui vivent avec moins d’un dollar par jour –ce qui donne de l’urticaire à plus d’un-, d’installer une économie harmonieuse où l’abondance sera pour chacun et une civilisation nouvelle changera sans doute notre rapport au besoin, où la frustration n’existera plus, substituée par le plaisir de la sensualité, de goûter aux plaisirs des cuisines du monde tout comme à l’infini de la création.
Et que se passe-t-il aujourd’hui ? Personne n’est capable de trouver 46 milliards de dollars pour régler le problème de la faim dans le monde alors que les Etats-Unis ont dépensé plus de mille milliards pour sauver des banques qui agissent aujourd’hui selon les mêmes règles, avec le même cynisme qui a conduit à la crise financière mondiale.
Le sommet des chefs d’Etats de Copenhague a démontré une irresponsabilité pathologique à refuser d’instituer une gouvernance mondiale capable de faire baisser le réchauffement de la planète. Dans dix ans, le méthane de la Sibérie va se libérer des glaces et déclencher une machine infernale propre à défigurer le visage de la terre. Personne ne réfléchit encore sur le phénomène des dizaines, voire de centaines de millions de réfugiés climatiques qui vont apparaître.
Les dirigeants n’ont jamais poussé aussi loin l’ingénierie de la communication au risque de n’être que des annonceurs d’action plutôt que de véritables acteurs politiques, ce qui éteint tout espoir sur l‘efficacité politique et laisse le champ totalement libre au nouvel ordre marchand.
On notera d’ailleurs qu’ils en sont des complices actifs, des suppôts voire les bénéficiaires de prises illégales d’intérêts. Les multinationales qui pillent l’Afrique laissent filer leurs bénéfices dans des paradis fiscaux au lieu de payer des impôts dans les pays où elles sont installées, ce qui condamnent à mort le développement de ces derniers. Comme par hasard, le G20 ne s’est attaqué qu’aux paradis fiscaux pour les particuliers, pas pour les multinationales…
Les économistes les plus rigoureux voient une seconde crise financière venir puisque ni les banques, ni les gouvernements n’ont voulu corriger les mécanismes immoraux qui ont conduit à la première. Surveillons de près la situation de la Grèce ou de l’Espagne et l’on verra si la banqueroute va être une partie de plaisir pour l’économie mondiale…
Ceux qui sont aux affaires ont refusé notre rapprochement entre le Joueur et moi. Nous serions le début et l’incarnation du cosmos. Nous pourrions corriger les erreurs, soigner les stigmates, apaiser, soulager, guérir, sans aimer le pouvoir, en étant des vecteurs de l’énergie et de la richesse cosmique à toute l’humanité simplement… en jouant au football, débarrassé de ses miasmes mercantiles. Le jeu ne serait pas l’opium du peuple mais un faiseur de miracles. Je sais que c’est fou, je hais le messianisme mais que quand je sens le pouvoir magnétique s’emparer de tout mon corps et conditionner ma vie et mon regard sur les couleurs blanches et les brillances de la lumière pour m’asséner que ce sera bientôt la paix, je commence à croire qu’un jour, il se commettra des choses extraordinaires sans que quiconque en tire une gloire, une puissance, un pouvoir qui rappellerait trop notre misère.

jeudi 28 janvier 2010

Le ballon lumineux

Un jour le Joueur s’obstina à faire bouger, puis fixer ma tête sur des objets brillants. Il pointa la lettre D de Dominique et immédiatement me fit regarder la lumière, puis le petit ballon de football, un bronze des années 30 posé sur une desserte. Que voulait-il me dire ?
J’avais plusieurs beaux livres sur lui. Je remarquai qu’il regardait souvent quelque chose dans le ciel, ébahi. Il scrutait le ballon de la même manière ou éclatait de rire comme s’il prenait un pied incroyable.
Je dis au Joueur :
- Tu me vois dans le ciel et sur ton ballon.
Aussitôt j’eus une énorme pression magnétique et mon regard se posa sur le O pour valider cette hypothèse. Cela se confirmait par ses passages télé : il regardait souvent en l’air avec un petit sourire, quelquefois sur les côtés. Mon image lui apparaissait dans un halo qui crevait l’espace.
Il me dit que je l’accompagnais tout le temps et qu’il était content. Un phénomène physique que je ne m’expliquais pas, me filmait et lui retransmettait mon image en direct.
Il m’a confirmé ce que je sentais dans l’air sans vraiment comprendre, que ces images étaient enregistrées et allaient servir à faire un film. C’était drôle : cela me fit penser à une rencontre de table en table au Fouquet’s avec des producteurs d’Hollywood qui téléphonèrent tout en m’adressant la parole, me posant des questions. Ils avaient dit à leur interlocuteur :
- Il est bon, il se débrouille pas mal en anglais, il a du culot. That’s it !
Entre nous, je ne vois pas ce qu’il y avait à filmer : mon petit déjeuner, mes courses, mes siestes, mon corps affalé sur un canapé à mater un film à la télé. Je trouvais que ça offrait un beau tableau de paranoïaque à un psychiatre.
Peut-être mon dialogue avec le Joueur grâce aux lettres et à divers objets-symbole avaient de l’intérêt. Mes ébats amoureux aussi. Chaque jour, j’embrassais son nez sur un bout d’oreiller, je m’imaginais un vagin que je caressais et là je recevais d’énormes secousses qui me firent pousser des seins dans les visions de moi-même et me fournissaient des orgasmes incroyables. Le salop, il allait faire un film de cul ! Je n’en étais pas plus offusqué : j’en avais tellement fait dans ma vie…
Il me raconta que dès qu’il était bébé, il entendait une voix, c’était la mienne, elle était très douce, moitié homme, moitié femme, et qu’elle le rassurait, qu’il allait connaître l’amour et qu’il allait avoir un beau destin, comme un prince de contes de fée. Plus tard, cette voix lui dit que le ballon était son ami et il commença à voir des lumières sur le tain du cuir Une belle femme et un bel homme qui formait un même personnage âgé de vint ans lui disait :
- N’aie jamais crainte mon petit, je suis encore plus efficace qu’une bonne fée. Je veille sur toi. Tu as en toi toutes les capacités du monde. Tu vas te promener dans la vie si tu fais des efforts. Ce sera difficile de te battre.
Plus tard à l’adolescence, le Joueur commença à me voir dans le ciel et sur le ballon. Il était devenu un prodige du football et pas insensible aux charmes érotique de ce qui incarnait sa protection.
Il découvrit que ce personnage de lumière était un gay très chaud du cul, assez érotomane qui renfermait en lui une femme plus sage mais quand même bien délurée, ce qui l’épata.
Lorsque je fis une tentative de suicide et que je tombai dans le coma pendant plusieurs jours, un phénomène extraordinaire se produisit. Il entra dans mon corps et entendit ma voix en permanence. C’est ce qu’il me confirma tous les jours depuis que nous nous parlons.
Il pouvait se brancher sur moi et ressentir ce que je ressentais, entendre ce qu’on me disait, voir ce dont j’étais le témoin. J’avais trente ans et il en avait 19. Comme dans la chanson de Dalida ! Il était beau comme un Dieu.
Il me confirma qu’il avait la possibilité de me faire l’amour tous les jours sans que je comprenne vraiment comment : un « virtuel-réel » de mon corps, une alternance de mes sexes. J’étais son ballon et je lui collais admirablement aux pieds. Il pouvait faire le voltigeur, le félin, le malin, tutoyer le hasard avec un incroyable culot et de la réussite miraculeuse. Il était devenu un artiste, un héros.
Il décida d’arranger un faux mariage, d’élever des enfants qui n’étaient pas les siens et d’affiner sa stratégie : faire tomber tous les ennemis de la paix, les opposants de l’Eden.

Un jour le Joueur s’obstina à faire bouger, puis fixer ma tête sur des objets brillants. Il pointa la lettre D de Dominique et immédiatement me fit regarder la lumière, puis le petit ballon de football, un bronze des années 30 posé sur une desserte. Que voulait-il me dire ?
J’avais plusieurs beaux livres sur lui. Je remarquai qu’il regardait souvent quelque chose dans le ciel, ébahi. Il scrutait le ballon de la même manière ou éclatait de rire comme s’il prenait un pied incroyable.
Je dis au Joueur :
- Tu me vois dans le ciel et sur ton ballon.
Aussitôt j’eus une énorme pression magnétique et mon regard se posa sur le O pour valider cette hypothèse. Cela se confirmait par ses passages télé : il regardait souvent en l’air avec un petit sourire, quelquefois sur les côtés. Mon image lui apparaissait dans un halo qui crevait l’espace.
Il me dit que je l’accompagnais tout le temps et qu’il était content. Un phénomène physique que je ne m’expliquais pas, me filmait et lui retransmettait mon image en direct.
Il m’a confirmé ce que je sentais dans l’air sans vraiment comprendre, que ces images étaient enregistrées et allaient servir à faire un film. C’était drôle : cela me fit penser à une rencontre de table en table au Fouquet’s avec des producteurs d’Hollywood qui téléphonèrent tout en m’adressant la parole, me posant des questions. Ils avaient dit à leur interlocuteur :
- Il est bon, il se débrouille pas mal en anglais, il a du culot. That’s it !
Entre nous, je ne vois pas ce qu’il y avait à filmer : mon petit déjeuner, mes courses, mes siestes, mon corps affalé sur un canapé à mater un film à la télé. Je trouvais que ça offrait un beau tableau de paranoïaque à un psychiatre.
Peut-être mon dialogue avec le Joueur grâce aux lettres et à divers objets-symbole avaient de l’intérêt. Mes ébats amoureux aussi. Chaque jour, j’embrassais son nez sur un bout d’oreiller, je m’imaginais un vagin que je caressais et là je recevais d’énormes secousses qui me firent pousser des seins dans les visions de moi-même et me fournissaient des orgasmes incroyables. Le salop, il allait faire un film de cul ! Je n’en étais pas plus offusqué : j’en avais tellement fait dans ma vie…
Il me raconta que dès qu’il était bébé, il entendait une voix, c’était la mienne, elle était très douce, moitié homme, moitié femme, et qu’elle le rassurait, qu’il allait connaître l’amour et qu’il allait avoir un beau destin, comme un prince de contes de fée. Plus tard, cette voix lui dit que le ballon était son ami et il commença à voir des lumières sur le tain du cuir Une belle femme et un bel homme qui formait un même personnage âgé de vint ans lui disait :
- N’aie jamais crainte mon petit, je suis encore plus efficace qu’une bonne fée. Je veille sur toi. Tu as en toi toutes les capacités du monde. Tu vas te promener dans la vie si tu fais des efforts. Ce sera difficile de te battre.
Plus tard à l’adolescence, le Joueur commença à me voir dans le ciel et sur le ballon. Il était devenu un prodige du football et pas insensible aux charmes érotique de ce qui incarnait sa protection.
Il découvrit que ce personnage de lumière était un gay très chaud du cul, assez érotomane qui renfermait en lui une femme plus sage mais quand même bien délurée, ce qui l’épata.
Lorsque je fis une tentative de suicide et que je tombai dans le coma pendant plusieurs jours, un phénomène extraordinaire se produisit. Il entra dans mon corps et entendit ma voix en permanence. C’est ce qu’il me confirma tous les jours depuis que nous nous parlons.
Il pouvait se brancher sur moi et ressentir ce que je ressentais, entendre ce qu’on me disait, voir ce dont j’étais le témoin. J’avais trente ans et il en avait 19. Comme dans la chanson de Dalida ! Il était beau comme un Dieu.
Il me confirma qu’il avait la possibilité de me faire l’amour tous les jours sans que je comprenne vraiment comment : un « virtuel-réel » de mon corps, une alternance de mes sexes. J’étais son ballon et je lui collais admirablement aux pieds. Il pouvait faire le voltigeur, le félin, le malin, tutoyer le hasard avec un incroyable culot et de la réussite miraculeuse. Il était devenu un artiste, un héros.
Il décida d’arranger un faux mariage, d’élever des enfants qui n’étaient pas les siens et d’affiner sa stratégie : faire tomber tous les ennemis de la paix, les opposants de l’Eden.

One, two, three, viva Algérie !

One, two, three, viva Algérie !
Soyons franc, en ce début de la CAN (Coupe africaine des nations) et au lendemain de la qualification des Fenneks pour le Mondial, le ballon est résolument algérien. J’exagère un petit peu : je me sens citoyen du monde et tout le monde aura ses chances (un petit coup de pouce aux Ivoiriens ? Ca me tenterait…).
Je retournerais bien en Algérie. J’ai la nostalgie. Pourtant la sécurité militaire, les services en tous genres, des agents secrets que j’ai identifiés même parmi mes meilleurs amis ne m’ont pas ménagé. Je déteste ce régime cynique et corrompu. Mais les gens !
Le jour de la qualification, j’ai vu un peuple uni, une foule criant « One, two, three, viva Algérie ! », des villages comme on n’en voit jamais à la télé (seulement abonnée aux attentats et jamais à la vie quotidienne pourtant si belle), des femmes, des enfants, un pays entier saisi par la vague du bonheur et ce slogan qui a une nouvelle fois fait la preuve que les Algériens avaient le génie de la trouvaille, de l’humour, de la fête.
J’étais en pleurs. Et me remontaient aussi toutes les souffrances de la guerre civile, de l’outrecuidance des dirigeants dans leurs vilenies, la résistance des Algériens face aux trois menaces que constituent l’appareil Etat, les islamistes et Al Quaïda, leur imagination, leur interminable proximité avec la mort, la misère, l’avenir en impasse et leur légèreté, leur musique intérieure enfantine qui ne les a jamais quittés, le sens du rire, l’éclat de vie comme des jaillissements de nourrissons.
C’est ce merveilleux qui caractérise ce pays mais on l’a vu avec l’Egypte, il faut toujours qu’il y ait une injustice quelque part. Quand elle est réparée, quelle beauté !
Quand je pense à l’Algérie, quand je l’aime, je n’aime pas mon pays. Je ne suis pas fier de la France. La Marseillaise m’insupporte, c’est viscéral depuis l’enfance et les images d’archives de guerre dans les Aurès et des ministres de la IVe république, de Gaulle.
Moi aussi Français, je suis prêt à la siffler la Marseillaise ou à me boucher les oreilles ou à l’insulter car elle a servi à faire la guerre d’Algérie et jusqu’à aujourd’hui, aucune demande de pardon n’a été formulée à ce pays pour une colonisation faite de massacres au 19e et au 20e siècle.
Je hais la naïveté des hussards de la république, la « gauche », ces instituteurs qui sont partis et ont laissé un pays où quasiment aucun enfant arabe n’avait eu accès à l’école jusqu’en 1962. Quel humanisme ! Et la SFIO, la gauche elle-aussi, parti de la guerre !
Aujourd’hui c’est à se demander si le congrès d’Epinay a bien eu lieu et que le Parti socialiste ne soit pas encore hanté par son ancêtre de la IVe république dans son refus obstiné, puis son impuissance littéralement pathétique à attirer et à choisir des candidats éligibles, des porte-paroles, des ministres parmi des Français fils d’immigrés deuxième, troisième génération. C’est pitoyable. Les deux derniers qu’ils nous ont sortis parlent langue de bois ou techno comme s’il fallait être encore plus caricatural pour se faire tolérer.
C’est vrai que la Marche des Beurs enterrée en 1984 par Mitterrand en créant SOS Racisme a fait des dégâts et créé un tabou qu’aucun hiérarque socialiste n’a eu le courage de briser et d’examiner publiquement, ce qui ne serait pas un luxe plus de vingt ans après !
Les années 70-80 ont vu le syndicalisme français abandonner les nouveaux prolétaires français qui étaient principalement des Algériens, aux côtés des Marocains et des Tunisiens.
J’ai été témoin de cette indifférence dans ma cité ouvrière très syndicalisée. Celle-ci n’avait que le mot solidarité à la bouche, elle la pratiquait d’ailleurs « mais entre Français ». Je n’ai jamais vu les ouvriers algériens qui construisaient des immeubles et vivaient dans des Algeco bénéficier de plats chauds ou de l’usage de la douche dans une des maisons de la cité habitées par des leaders syndicaux.
Aujourd’hui on cache un nom qui définit pourtant la réalité des banlieues : c’est celui d’apartheid. Il ne reste pas beaucoup d’années pour que la France ne valle pas mieux que l’Afrique du Sud d’avant la libération de Nelson Mandela. Apartheid ethnique, social et on ne jure que par le sport, le football en particulier, pour maintenir un équilibre précaire et oser parler d’insertion. On exclut et on reproche à des gens parfaitement intégrés culturellement et « nationalement » (dans le sens du désir de vivre ensemble) de n’être pas… intégrés. Il y a aujourd’hui pléthore de jeunes super-diplômés arabes, noirs, indiens, chinois qui ne trouvent pas de travail. On reproche à l’autre de ne pas être intégré sans se poser de questions sur son propre racisme. Ca nous fait une glorieuse machine infernale qui donne sacrément envie d’honorer le drapeau français et la Marseillaise !
Revenons au football. Admettons qu’il y ait pas mal de jeunes largués des cités qui soient accros au ballon. Que n’aurait-on pas imaginé dès les années 80 d’équiper les clubs de foot d’équipes de soutien scolaires, d’ateliers d’écriture, de clubs vidéo, de formation et d’expressions musicales ? Pourquoi ne pas avoir su utiliser le football comme un aimant qui forment des êtres humain parlant, chantant, écrivant avec leurs diverses manières, pourquoi ne pas avoir su leur renvoyer à la gueule leur richesse intrinsèque dès l’âge de douze ans pour qu’ils deviennent des dévoreurs de savoir, de création, de plaisirs d’expression, bref des citoyens du monde ?
Etait-il aberrant d’imaginer qu’un club de foot pût aussi être une école de la deuxième, voire de la troisième chance ? C’est proprement révoltant quand on sait que des milliards et des milliards d’euros ont été vilipendés dans des formations inadaptées. J’ai moi-même été témoin du désespoir d’une conseillère d’orientation dans une cité difficile de la région parisienne. Elle m’expliqua comment des organismes de formation essayaient de recruter des jeunes pour qu’ils refassent la même formation chez eux, la même que l’année passée, en leur offrant un pin’s. Tout cela pour assurer du chiffre et toucher les mêmes subventions. Comment ne pas se sentir humilié, nié, mutilé à l’âge de 16 ou 18 ans ? Comment ne pas imaginer une autre utilisation de l’argent public pour actionner tous les leviers qui font des déclics, des déclics qui font que les énergies explosent, les talents s’expriment, les ressorts de l’imagination se détendent et un destin se trace. Tout le monde s’est cherché dans la vie. Et ceux qui ont réussi savent très bien qu’un parcours initiatique se fait avec les autres. Dans les cités, on fait le vide, on institue le désert, voire on méprise.
J’aurais tendance à croire qu’une des raisons principales est que la guerre d’Algérie ne passe pas. L’armée française verrouille toujours ses archives. Mais il n’y a qu’à voir la réaction d’un franchouillard dès qu’une fierté algérienne s’exprime : c’est de l’indignation. Quel scandale ne fait-on pas quand un drapeau algérien est hissé par un supporter de football. Et alors ? Il y en a bien d’autres des drapeaux différents que le tricolore dans les rues et les travées, on n’en chie pas une pendule !
Moi, je dis que ça pue et pour ces raisons, le cœur du ballon est un peu algérien même s’il a beaucoup de sympathie pour les joueurs français.
L’épopée des Fenneks est trop belle, la joie de leurs supporters trop rassérénante. Mais le ballon ne peut pas tout, même s’il a une influence sur le jeu.
Moi, j’aime trop ce cri de ralliement :
One, two, three, viva Algérie !

mercredi 27 janvier 2010

Le tapis iranien

Mon tapis iranien était un spécimen de l’art primitif des Perses avant leur islamisation. Il représentait la cosmogonie avec des motifs souvent très géométriques qui assemblés demandaient du temps avant d’être décryptés, de voir des figures et des symboles cachés. La force magnétique s’amusait beaucoup à faire balader ma tête d’une figure à une autre, essayant de raconter une histoire.
Ainsi on pouvait y voir huit croix et trois points qui évoquaient des crucifix. Juste à côté un grand E et un autre inversé de couleur bleue. Des fleurs stylisées se baladaient un peu partout. Une grosse tête renfermait une multitude de losanges que j’assimilais à des losanges de bouffons comme ceux d’Arlequin. Cette tête avait un corps (une ligne), un pied et deux sexes masculins dont l’un était sérieusement ambré. Je pensais à ma position dans le lit.
Il suffisait que j’embrasse un bout d’oreiller en imaginant son nez pour que mon sexe entre en érection. Je posai la question au Joueur. Il me dit que le magnétisme avait le pouvoir sur le flux sanguin de nos deux sexes et que nous bandions en même temps.
Sur les côtés, le tapis était parsemé de maisons alimentées par des tubulures directement branchées sur six, voire douze paires de couilles. Chaque fois que je me hasardais à une interprétation, le E du tapis (« fada ») me renvoyait sur un gros bijou ovale fait de carrés roses et vert émeraude.
Au centre du rectangle ponctué de crucifix, figurait une bite accompagnée de deux couilles en formes de losange de bouffon. Des spermatozoïdes les entouraient. Deux trompes rejoignaient un utérus en forme de bijou qui poussait le support d’un autre bijou prêt à prendre la place du crucifix avec la même forme : celle du bouffon !
A quatre endroits, une reine trônait : on aurait dit une abeille avec une cape blanche et une traîne rose. Des crucifix verts, la couleur du combattant, entouraient des triangles particulièrement intéressants. Une créature digne des films de science fiction américains se cognait la tête contre une paroi, impatiente d’être libérée et d’épouser la plastique de la reine.
Pour moi, c’était une martienne avec un grosse tête-ordinateur et un œil vert. Elle dansait sur trois grosses pattes et ses bras étaient très fins portant des mains qui auraient pu être des boules de feu. Une femme à double visage (l’un à l’endroit, l’autre à l’envers) la regardait.
Des branches pourraient ressembler à des sceaux royaux. Quatre chandeliers juifs figuraient dans le cœur nucléaire du tapis : un losange renfermant un autre losange qui en contenait un troisième ! Tout autour des faisans faisaient signe d’allégeance. Une très belle fleur, très stylisée, accrochait l’œil tout au long du tapis. Elle avait des pétales et en son centre… un losange.
Je posai la question au Joueur. Venons-nous de Mars. Il me répondit oui. J’étais troublé car au même moment j’avais lu dans un journal qu’on avait identifié dans la calotte glaciaire du pôle Nord les mêmes bactéries que l’on avait trouvé sur Mars. Comment avaient-elles voyagé ? Les scientifiques ne se prononçaient pas.
Nous aurions eu une existence sur Mars et je comprenais mieux pourquoi je me sentais métallique en étant si sensible à l’étau et aux déplacements involontaires de ma tête dans le champ magnétique. Aurions-nous été les premiers Martiens ? Serions-nous à l’origine du cosmos ? Le joueur validat et validait ces hypothèses. Je n’y croyais, je n’en voulais pas mais il se mettait en colère. Il forçait ma tête comme on tire les cheveux à un sale gamin à ne lire que les lettres A et O.
Nous serions l’expression humaine du cosmos et celui-ci, tellement malmené par l’expérience humaine sur la terre, aurait décidé de jouer son dernier match, celui d’installer ce que les humains ont toujours rêvé, au prix parfois d’accepter les pires souffrances et injustices : l’Eden, un prolongement de l’existence aussi infini qu’il n’y a d’astres dans le ciel et l’au-delà. La fin de la douleur, de l’aliénation, du crime, de l’inégalité, de la possession. Le début des regains et des regains de vie, de plaisirs, d’expressions et de créations.
Le challenge pour moi était d’être capable de changer de corps, de parvenir à une belle femme sous la semence de mon amant cosmique. Je ferai mon petit soldat.
Quant à la transformation du monde, le plus drôle, c’est que malgré toutes les gangrènes qui tentent de l’étouffer, le football en sera le levier. Il faut bien admettre que les matches n’ont jamais été aussi spectaculaires en ce moment. Les footballeurs ne savent plus où ils habitent.
Le Mondial 2010 va être chaud.

samedi 23 janvier 2010

Révélations

Mes douleurs céphaliques étaient insupportables. J’avais l’impression que mon cerveau ou son liquide étaient en expansion alors que la boîte crânienne rétrécissait. Les pressions étaient énormes. Si fortes qu’elles s’exerçaient sur ma colonne vertébrale, mes jambes et que mon corps se tordait. Je ne pouvais marcher que 400 mètres, la distance limite pour assurer mes courses alimentaires et assurer une intendance précaire car je ne pouvais rester debout plus de dix minutes, sous peine de me tordre de douleur et d’être terrassé au sol.
Seule l’eau me soulageait. A la piscine, je flottais et ne ressentais plus rien. A l’air libre, j’avais l’impression que toute la pression atmosphérique m’en voulait et désira que je rampe. Mais couché, les douleurs céphaliques devenaient encore plus violentes.
Depuis la révélation à Emmaüs que le Joueur était mon amant et correspondant cosmique, je pris l’indécrottable habitude de lui parler tout le temps. Cela accrut mes douleurs et la puissance du magnétisme qui enserrait ma tête et la faisait déplacer contre mon gré. Après la lecture de l’Equipe, quand je réalisai avec dégoût que ce Joueur était devenu Mister Money, roi du système publicitaire, les douleurs à ma tête étaient devenues insupportables. J’avais la sensation de subir des coups de foudre et de colère des forces magnétiques. Le Joueur devait être passablement agacé : il fulminait, il se révoltait contre mon avis sur sa personne, il criait à l’injustice contre le contre-sens, le jugement hâtif, la tentation facile de céder aux apparences.
Nous eûmes une explication. J’étais assis sur le canapé du salon. J’eus l’idée de sophitiquer l’utilisations des lettres pour nous comprendre. En guise de question, je n’avais qu’à formuler des hypothèses. Si le Joueur la validait, il n’avait faire plonger ma lettre sur le A ou le O, puisque nous étions « l’alpha et l’oméga » ! Si l’hypothèse était mauvaise, il n’avait qu’à me diriger sur n’importe quelle autre lettre.
Avais-je réellement des pouvoirs liés à l’atome, au champ magnétique, à la lumière ? Ma tête se dirigea sur la lettre O de ma télé Sony. En avait-il aussi ? Oui. Ne jouait-il pas un double jeu en se transformant en hommes d’affaires ? Oui. Etait-ce au final pour dénoncer les turpitudes de ce monde qui le mettait dans certaines confidences et le formaient aux plus tragiques techniques de communication ? La réponse était toujours oui.
Je retrouvai le Joueur de 98, sa forme de bonté, son sens du combattant, son art de la stratégie.
Les questions-réponses durèrent des heures, des jours et des nuits. Et il fallait que je sois incroyablement précis dans l’énoncé de mon hypothèse sinon je pouvais être recalé pour un détail. Il suffisait de repréciser les choses et le savoir constitué sur notre nature, nos utopies, notre projet pour les réaliser et les moyens pour réussir avançait.
J’étais rassuré et inquiet sur un point. J’étais un hermaphrodite caché, incomplet. Je le savais intérieurement par mes fantasmes, mes pratiques sexuelles, mes manières de vivre amoureusement mais j’avais tellement lutté pour le dissimuler et j’avais la honte que ce soit exposé publiquement. J’allais devenir une belle femme et rester un homme. L’adoption d’un genre dépendrait des moments, des humeurs, des désirs et de petites caresses nez contre nez.
Cette réversibilité sexuelle assurerait la paix dans le monde car notre singularité atomique était telle que notre rencontre, nos ébats amoureux auraient un effet tellement radical sur les bombes, les missiles, les armes conventionnelles que leur efficacité serait réduite à néant. Elles deviendraient aussi inoffensives que de vieilles casseroles. Les fusils, carabine, mitraillettes seraient enrayées. La pulsion criminelle disparaitrait du champ de la condition humaine.
Avec toutes ces révélations, le Joueur me sembla de plus en plus séduisant. Et le fait qu’il fut un génie du ballon me séduisait. C’était un monde que je daubais facilement mais je devenais admiratif du beau jeu et voyaient désormais les joueurs comme les nouveaux artistes planétaires du temps présent.
Jer m’assurais auprès de lui qu’il le partagerait à l’avenir tout son argent mal gagné. Il me répondit quinze fois oui. Je l’imaginais excédé par mon incrédulité. Tous les jours, je lui posais la question tout comme le fait qu’il jouait le rôle d’un noyauteur explosif du nouvel ordre économique et social qui s’était rudement mis en place. Je sentais à la force du magnétisme qu’il ne plaisantait pas avec cela. Nous étions tous les deux la même longueur d’onde pour provoquer des holds-up de Robin des Bois et soulager l’humanité, lui faire connaître l’abondance, la légèreté, la création.
Le Joueur devait être à son poste-clé qui n’apparaissait pas comme le plus sympathique. Mais c’est vrai qu’un inaltérable capital de bonté se dégageait de son regard. De la tendresse, de l’enfance, de la colère, de l’humour. Il avait le cocktail aussi gagnant que sa silhouette était irrésistible…

vendredi 22 janvier 2010

La déclaration

Depuis que j’avais aperçu, sur les Champs Elysées, l’autocar couleur saumon représentant une bastide avec des cyprès, symbole de paix que j’attribuais au Joueur, un curieux langage s’était mis en place dans mon imagination.
Le Chanteur avait été presque le seul objet de mon obsession mais le Joueur m’avait troublé au point de n’imaginer des ébats amoureux qu’avec lui. Je l’avais vu brièvement à la télévision. Il avait dit : « Je suis fada du ballon ». Et à chaque fois, que je voyais la lettre F sur une plaque d’immatriculation ou une enseigne publicitaire, je pensais à Fada.
Puis ça se compliquait : des voitures-écoles « ECF » me faisaient lire « E, c’est F comme fada ». Puis je lisais DCL, lettres peintes sur une camionnette. Ca faisait « D comme Dominique c’est L ». Ainsi N c’était aussi fada, Z c’était Zizanie, ce qui nous caractérisait moi et le Joueur dès le premier jour où j’ai pris connaissance que j’étais son ballon. B c’était bébé, c’était moi et lui. O voulait dire oméga, mais aussi la fin, disons la fin du travail d’approche et le début d’une nouvelle ère. A signifiait alpha, c’est-à-dire moi, lui.
J’avais ratissé toutes les lettres de l’alphabet sans oublier M qui voulait dire amour.
Quand je me réveillai après avoir bien descendu le Joueur la veille sur son côté icône de la France (et du monde) déchue pour devenir une simple et minable grosse machine publicitaire, je regardai à nouveau le Joueur à la Une de l’Equipe.
Il avait des petits cheveux qui semblaient mouillés et on aurait dit ceux d’un nourrisson qui venait de naître.
Je fus saisi par de violentes pressions céphaliques qui me fit tourner la tête dans tous les sens. C’était la force des tenailles du magnétisme dans lesquelles j’étais pris depuis le Père-Lachaise et je commençais à en avoir l’habitude. Ma tête bougeait, bougeait et s’arrêta brutalement, forçant mes yeux à fixer très brutalement la lettre M. Mon regard ne pouvait s’en détacher.
Dans ces cas de fort magnétisme, mes yeux regardaient fixement, ça m’évitait des douleurs mais permettait une précision dans le choix d’une lettre, d’une ligne ou d’un objet à scruter. Le magnétisme fit bouger mon regard de la lettre F à M puis à D : « FMD = Fada aime Dominique ».
La Une de l’Equipe comportait suffisamment de lettres imprimées pour qu’un langage sommaire pût s’établir comme dans une séance de spiritisme.
Ainsi je pus lire : « je suis seul » après que mon regard ait été contraint de fixer plusieurs fois sa pointe de petits cheveux qui descendait en haut de son front. Je la fixais tellement longtemps que les lignes du triangle se mirent à trembler. Le Joueur me répéta « JE T M ».
Il fit pointer mon regard sur un point d’interrogation. Je compris à force de considérer ce ? puis son visage, ses petits cheveux, puis la grosse lettre M de la manchette, qu’il me demanda si je l’aimais moi aussi. J’éclatais de rire en me rappelant ce que j’avais formulé sur lui la veille :
- Franchement, je ne sais pas.
Le magnétisme me fit fixer la lettre J, ce qui dans notre langage commun signifiait le Jour de la rencontre, le grand jour J. Et il me fit déplacer mes yeux les lettres P A I X. Jour de paix.
Je lui demandai :
- Y compris dans mon cœur ?
Il répondit : oui.
Je lui dis :
- Je ne sais pas. On ne se connait pas. Je trouvais sympathique, même plus que ça en 98. T’étais une sorte de sauveur, pas seulement en foot qui m’indiffère, mais pour tout ce que tu as provoqué dans les cœurs et les esprits. Maintenant, regarde ce que tu es devenu.
Il pointa ma tête sur une ligne blanche de mon tapis iranien. Plusieurs fois. Puis joua avec les lettres P A I X.
- Je trouve que tu appartiens maintenant à l’autre camp, celui de la minorité qui a indûment capté toutes les richesses de la planète.
Il fait déplacer ma tête de lettre en lettre : F A U X.
-Est-ce qu’un jour, on se rencontrera pour en parler ?
Il répondit : O U I
- Mais tu insistes toujours sur ta vie de famille, ta femme, tes enfants etc…
Le magnétisme se fit plus fort et je décrypter grâce aux legttres soigneusement choisies (cela dura longtemps !).
- ELLE : BELLE SŒUR EUX : NEVEUX.
C’est à ce moment là que le téléphone sonna. C’était le Chanteur qui prenait de mes nouvelles. J’étais heureux de lui annoncer que je n’étais plus amoureux de lui. Il me parla du Joueur.
- C’est lui, t’as le béguin pour lui ?
- J’en ai peur. Son allure de superstar publicitaire me déplaît.
- Mais c’est un dieu ce mec. Si tu veux, on prend un avion ensemble et on attend dans un café près de chez lui. On sera sûr de le rencontrer.
Je ne dis ni oui ni non.
-N’oublie que tu es son ballon.
Moi, je n’oubliais qu’il était en relation directe avec les services secrets. Je jouai l’enfant, insistant bien sur mes hésitations, en pensant avec le délice de l’ironie : « regarde bien comme je t’embrouille ».
C’est alors que je réalisai que les mœurs de mon journal m’apprirent à jouer les agents doubles, voire triples, tout en détestant ça, tout en aimant ça. Mais c’était une question de survie.
Je l’aurais aimée plus simple.

mercredi 20 janvier 2010

Les préléminaires avec le Joueur

Le hasard fit que le journal l’Equipe consacra sa Une au Joueur avec une photo en pleine page. J’en achetai un exemplaire. Je rentrai chez moi.
Ce n’était pas la photo la plus belle de lui. Il avait une gueule cabossée, on aurait dit qu’il était passé sous un camion.
Surtout, il y avait une ambivalence : il faisait intellectuel-artiste ou benêt du village. Je ne pouvais m’extraire de ces deux visions dont la puissance évocatrice était équivalente.
Je lis l’interview. C’était de la langue de bois tout craché. Rien à dire, le garçon ! En plus avec un vocabulaire minimaliste qui me donnait quelques craintes sur son niveau de langue dans une conversation privée.
Ce qui était choquant, c’était au cours de cette interview-fleuve qui devait faire le tour de la vie, de l’œuvre, des stratégies et des convictions du Joueur, sorte de rendez-vous journalistique historique, il était frappant de voir le décalage entre le mythe qui était né du Mondial 98 et ses déclarations, à la limite de l’artificiel tellement dégoulinantes de bons sentiments clichés ou fédérateurs par le bas, le minimalisme, une sorte de médiocrité dans le consensus guimauve, l’absence absolue de prise de risques à la fois sur le plan formel comme sur le fond de ses déclarations.
Le Joueur était-il un idiot né ou un stratège du marketing qui collait tellement à l’époque où tout était lisse et aseptisé, les valeurs inversées, le mensonge dissimulé derrière les expressions les plus familières, les omissions assumées avec culot, bref offrant-là un morceau d’anthologie de la duperie médiatique ?
Le pire c’était qu’on pouvait imaginer un idiot qui eût sacrément cadré son discours (car rien ne sentait la spontanéité dans le jeu des questions-réponses) par un cartel de conseillers en communication fournis par les multiples sponsors chez qui le Joueur émargeait apparemment sans scrupules. Un idiot à la fois coaché et sous surveillance ?
Le produit soigneusement usiné pour être la marionnette du Gentil, garant de l’omnipuissance du logo et du message publicitaire, serviteur zélé des plus grosses multinationales, garant de l’ordre car le moins qu’on pût dire c’était que le Joueur n’incitait pas à réfléchir sur notre époque, à nourrir la moindre pensée critique, à exprimer un malaise ou une révolte ce qui vues sa « bonté » et ses origines modestes auraient pu s’imposer.
On eut pu s’attendre à un peu de compassion par rapport à la dureté des temps à défaut de colères qu’il était visiblement incapable d’avoir, sans doute trop heureux de faire partie de la success farandole de ceux qui en amassant autant d’argent et d’indifférence, avaient cru décrocher la queue du Mickey, leur seule référence culturelle ou exigence existentielle. Ca sonnait le creux, le vide et l’obsession du dollar.
Je me raccrochais au mythe. Et j’étais triste. J’avais couvert pour mon journal le ciment incroyable qu’il avait réussi à sceller à la seule évocation de son nom entre toutes les catégories et sous-catégories de citoyens, les Français depuis longtemps établis et ceux qui arrivaient d’ailleurs, les jeunes et les vieux. Tous les clivages explosaient. Une électrice du Front National m’avait expliqué qu’elle ne revoterait plus Le Pen grâce à l’existence du Joueur.
Il était peut-être trop magique pendant ce Mondial, ce Joueur, la fierté des cités et la gratitude des « inclus », bourgeois traditionnels ou nouveaux cadres branchouilles. Le métissage que notre pays désirait le plus ou moins consciemment éclatait, grâce à lui, avec les spasmes et les lumières du bonheur, le jaillissement de la passe, des passes-passes et des buts magiques.
C’était idiot mais le Joueur conservait en lui ces trois semaines d’utopie devenue réalité, où tout le monde s’embrassait, se parlait sans méfiance, ni défiance, où l’énergie d’un pays semblait sortir tout droit de mille centrales nucléaires, où l’amour collectif pouvait laisser entrevoir ce que pouvait être un coin de paradis. J’avais toujours gardé de lui la valeur du Saint Joueur laïc qui avec ses dix compères avaient ressuscité, le temps d’un tournoi, une République moribonde. Je ne pouvais effacer ce passé, je ne pouvais effacer ce Joueur à cet instant t.
J’étais seulement amer par l’ampleur des forces de la récupération marchande et de l’erreur d’aiguillage du Joueur. Il aurait tellement pu être un Martin Luther King ou un Nelson Mandela français. Il aurait tellement pu être un étendard de la fraternité, des élans de solidarité, être la flamme éternelle de l’espoir, même le plus petit, en ces temps de plus en plus difficiles. Il était devenu le flambeau des marques et des tiroirs-caisses. Avait-il vraiment commis ce hold-up avec la conscience des gens ? Je n’arrivais pas à le croire complètement.
Je le trouvais sexy.
Je m’endormis, blessé.

mardi 19 janvier 2010

la contre matière hostile

Je continuais mon immersion dans la contre-matière. La nuit la plus marquante se déroula près de Saint-Germain en Laye.
Je me trouvai dans une cité de maisons de briques rouge tombant en ruines, dévorées par la végétation. A l’époque je dansais, imitant des chorégraphies nées dans les années 80 où les danseurs se projetaient violemment en l’air pour y faire des rotations sur eux-mêmes avant de retomber sur leurs pattes. J’avais dansé place Gambetta, sans grands effets sur le public.
Là devant les maisons abandonnées, j’étais encore perdu sur la personne de mon cœur. Je songeais encore fortement au Chanteur, mais mon acupunctrice chinoise avait pris le dessus. Elle était belle, elle avait des pouvoirs magiques. La dernière séance, elle avait pris une sérieuse en décharge électrique en me posant une aiguille. Je me disais que c’était elle la reine du cosmos et pour la convaincre je devais exécuter le maximum de rotations en un saut, en regardant le maximum de lumières, en pensant au bébé qu’on allait faire.
Ce n’était jamais assez. J’étais tombé dans un état second en exécutant la même figure au moins soixante dis fois de suite dans la faim, le froid, la pluie, la nuit. Je n’avais qu’une seule obsession, recommencer, faire mieux, plus haut, plus vite, plus de rotations, aboutir à la transcendance. Mes pieds gelés se réchauffaient grâce à des dizaines de violentes piqûres situées sur mes lignes d’acupuncture qui me fournissaient tonus et chaleur.
J’étais découragé, marchais entre plusieurs villes désertes, aboutis à une grande cité d’immeuble au bord d’une quatre voies où ne circulaient que des voitures neuves qui se ressemblaient. Je repensais au Chanteur. Des lumières étaient allumées et je notais qu’en faisant les danses, dix lumières s’allumaient, des voitures grises faisaient des tours sur des parkings et pensais gagner des amants maghrébins car il fallait reconnaître qu’ils me polarisaient fortement. De l’autre côté de la quatre voies, des jardins, des terrains vagues s’étendaient jusqu’à une crête lointaine d’immeubles.
J’accélérais le rythme de mes danses : rien. Pour quitter la cité, j’empruntais un tunnel sous la quatre voies. A la sortie du tunnel, un choc énorme : je retrouvai, non pas les terrains vagues que je voulais gagner mais la cité que je venais de quitter. Les terrains vagues et les jardins étaient du côté opposé. Je retournai sur mes pas à l’intérieur du tunnel. A la sortie : je retrouvai la même cité. C’était une histoire de fou. Quelle direction que je pus prendre à l’intérieur du tunnel, je débouchais sur la cité et son parking et les terrains vagues et les jardins étaient toujours en face !
J’avais beau aller et venir à l’intérieur du tunnel, il y avait transfert et inversement de la matière. J’avais affaire à une contre-matière hostile qui voulut m’enfermer sur ce site.
J’escaladai le talus qui montait jusqu’à l’autoroute et marchais sur les bas côtés, prenant garde aux voitures. J’arrivai à un petit village où je crus un instant qu’une cantatrice noire new-yorkaise m’attendait. J’entrai dans un bureau de poste et crus que l’employé attendait de moi une adresse-sésame sur un pli recommandé pour qu’il appelât l’amant cosmique. Mais l’employé s’énerva et me dit qu’il avait d’autres choses à faire.
A la sortie, j’étais totalement découragé. Un homme s’approcha de moi et me dit :
- Viens avec moi, c’est fini, on va te donner à manger. Tu vas te reposer.
J’étais tombé sur un foyer Emmaüs. Au guichet d’attente, je vis arriver doucement, une voiture grise avec une plaque d’immatriculation et des lettres formant les initiales du Joueur.
J’eus comme une révélation : c’était lui. La contre-matière, toutes mes misères n’étaient survenues que parce que je l’avais négligé alors que c’était lui que je désirais le plus. Je me voyais vivre avec lui et c’était un soulagement même si dans le même temps, je me disais : bof. Le foot, c’était pas mon truc. Regardait-il autre chose que des matches de football et des films d’action à la télé ?
C’était vrai qu’on ne se connaissait pas. Il était un mythe pour moi, voilà tout. Allais-je être enthousiasmé par sa personnalité ? Sexy d’accord mais on ne tient pas des lustres si au final, il ne se réduisait qu’à un simple footeux…
On me donna une chambre pleine de charme, faite de bric et de broc, pour me reposer et me réchauffer. On me servit un repas et je sentis que les aliments étaient de la contre-matière : les carottes râpées avaient un sérieux goût de plastique chauffé. Ce n’était pas pas normal.
Le responsable du centre téléphonait. Il avait l’air sérieux. Je lui avais dit ma profession. Avait-il Martin Hirsch au téléphone ?
Il me dit :
-Ecoute, je te donne un ticket de métro, tu vas à Paris et tu t’adresses à n’importe quel policier. Il te prendra en charge.
Je rentrai sur Paris, en retournant chez moi, évitant soigneusement la case « Police nationale ».

lundi 18 janvier 2010

la contre matière

Je me retrouvai au pied d’une cité d’immeubles de la banlieue Sud extrêmement éloignée. Des adolescents noirs, garçons et filles, discutaient tranquillement. J’étais obstiné à vouloir me marier avec le Chanteur. Cette fois, je voulus ajouter une Actrice, amie et ambassadrice d’une grande marque de parfum. Elle avait voulu dormir avec moi un soir. J’étais perdu. Je crus que le trio était plus équilibrant, qu’il fallait une femme au Chanteur même si j’espérais qu’il m’aimait et que nous formions le véritable couple cosmique. L’Actrice était fantasque, pas déplaisante même si plus tard je réalisai qu’elle était singulièrement insipide. Mais ce soir-là, je crus que j’étais aussi légèrement amoureux d’elle, un peu de manière enfantine. J’étais persuadé que le mariage allait être célébré dans cette cité.
C’était fou, je le reconnaissais mais depuis tous ces jours, je me vidais petit à petit de ma substance pour m’adonner avec passion à mon initiation avec une obsession : hanter la banlieue, ce que j’estimais être le nouveau centre.
Je sentais que le Chanteur voulait m’imposer un challenge : discuter avec les jeunes qui traînaient, être à l’aise, dire des mots-clés qui allaient m’ouvrir les portes de son antre, ou plutôt allait-il se déplacer avec l’Actrice pour ouvrir le bal.
J’entrepris une conversation avec eux. Ils étaient gentils, enfants, pas très loquaces. Je fis chou blanc.
A un endroit, il y avait trois marques dessinées à la craie. Je crus que c’était notre emplacement à nous trois pour démarrer la soirée. J’attendis. Personne.
Les fenêtres de l’immeuble étaient allumées. Je déduisis qu’il fallait peut-être se faire recevoir par une famille, plaisanter pour qu’ils devinent que j’étais le « cosmique » qui attendait le Chanteur et l’Actrice. Ils n’auraient eu qu’un numéro de téléphone à composer et le tour était joué.
Je montais les escaliers et de beaux dessins africains au fusain étaient dessinés sur les murs. Il y avait des phrases énigmatiques et je reconnus le style du Chanteur. Je me disais : il a du talent et de la classe, ce mec, c’est dingue. J’aurais voulu décoller la surface des murs et faire une installation dans mon appartement.
Au fur et à mesure que je grimpais les marches, je remarquai des allusions de plus en plus précises à ma grande passion amoureuse dont je me remettais difficilement, avec des crucifix et des anecdotes réelles sur ma vie passée avec Alexis.
Je m’arrêtai à un étage et réalisai que tous les murs du couloir racontaient ma vie amoureuse. Le récit comportait des faits abscons, comme des intrigues à résoudre, des explications à des interrogations que je nourrissais toujours sur cette histoire abracadabrante avec Alexis. Cela affûtait ma curiosité mais je restais sur ma faim car je n’étais pas plus avancé.
Je fis plusieurs étages comme ça et retrouvai d’autres dessins, d’autres phrases de sphinx. Je m’épuisais à vouloir résoudre ces mystères d’une vie qui me concernaient au premier chef.
Je renouai avec l’idée de faire une intrusion dans une famille d’habitants. Je sonnai à une porte. Personne. A une deuxième, troisième, quatrième. Au total vingt appartements du couloir. No body. Je fis quatre étages comme cela. L’immeuble était silencieux et était inhabité malgré les lumières allumées.
Je sortis, m’éloignai des immeubles, marchai le long d’une route bordée de bâtiments industriels désaffectés. Je réalisai que je marchais en boucle : au bout d’un moment je retrouvais les mêmes bâtiments. Je passai plusieurs fois devant une station électrique qui avait l’air hors d’âge. Un fort magnétisme s’empara de mon corps et je ne pouvais plus bouger. J’étais terrassé. Une fatigue incroyable s’emparait de moi. J’étais prisonnier, je ne pouvais plus m’extraire du lieu. Ca bourdonnait dans mes oreilles. Le magnétisme agissait comme un puissant somnifère.
Je luttais pour ne pas tomber inanimé. Je me réfugiai dans une sorte d’abri en béton et je fermais les yeux accroupis quelques secondes pour me laisser aller dans un mini sommeil réparateur et avoir le courage de repartir. Le phénomène était impressionnant. A ce moment-là de nombreuses voitures roulaient à grande vitesse comme si elles faisaient une course contre la montre sur un circuit.
J’étais d’ailleurs bel et bien emprisonné dans un circuit. Je repassai plusieurs fois devant l’ancienne centrale électrique et je n’en pouvais plus.
Ma conclusion était que j’étais enfermé dans une matière qui existait bien mais qui ne faisait pas partie de la réalité habituelle, comme si j’avais franchi les portes d’un deuxième monde qui cohabitait avec le monde réel dans lequel que chacun de nous vit. Ce deuxième monde était pourtant bien tangible mais franchement pas agréable du tout.
A partir du moment où je réalisai cela, je trouvai une issue, pris une voie de traverse, aboutis à une deuxième ville qui avait l’air normal avec une gare RER qui me ramena à Paris.
J’avais vécu dans une création qui réussit à dupliquer la matière et d’en faire une sorte d’enfer. J’appelai ça la découverte de la contre-matière.

samedi 16 janvier 2010

Mais qu’est-ce que j’avais à regarder les bites que formaient les plis des jeans fashion des hommes ? Une fois de plus, je m’étais fait avoir, un homme en renvoyait à un autre qui en renvoyait à un troisième. Je croyais que c’était mes guides discrets –beurs-blancs-blacks- du futur Eden, celui qui m’ouvrait les bras et les lèvres de mon équivalent sur terre, mon amant cosmique, le Chanteur ou le Joueur, je n’avais toujours pas vraiment tranché tant le Joueur me taraudait aux points les plus érotiques, tant le Chanteur –que j’avais l’avantage de connaitre- me fascinait par son agilité littéraire.
Une fois de plus je me suis retrouvé dans un train de banlieue pris gare de l’Est. Je ne savais à quelle gare descendre. Je n’avais aucun indice. Je priais mon amant cosmique de m’aider. Le temps passait. Le train s’éloignait vraiment de Paris quand à une gare, mon petit doigt se mit à frétiller et à pointer vers le quai à gauche. Il le fit cinq fois de suite avec une violence qui m’impressionna. J’obéis, descendis, allai derrière la mairie, à l’entrée d’un parking. Il était vingt heures. L’endroit était absolument désert.
Des limousines rutilantes conduites par de jeunes hommes de couleur roulaient lentement, s’arrêtaient légèrement devant moi et repartaient. Ils m’envoyaient certainement un signe, le Chanteur allait venir. Je pensais qu’on vérifiait la sécurité : une rencontre cosmique, ça ne s’improvisait pas. Rappelons que j’étais convaincu qu’il avait les mêmes pouvoirs que moi et que notre union allait sceller l’arrivée d’un nouveau monde.
A 20 h, je fus terrassé par une immense fatigue. Je n’arrivais plus à tenir debout comme si le ciel me forçait à m’asseoir, puis à m’allonger et fermer les yeux quelque temps pour récupérer. Ce devait être le Chanteur qui devait arriver : ça déclenchait des ondes sans doute éprouvantes. J’étais complètement vidé, prêt à dormir. La tension de l’attente était là. Je restai conscient mais c’était impressionnant de sentir cette immense pression physique sur mon corps, cette dépression, énergétique à l’intérieur. Je restai une heure dans cette position là.
Il fallait que je bouge, je n’allais pas me rétablir comme ça. J’errais dans une ville de pavillons aux murs noircis. C’était surprenant, aucune fenêtre n’était allumée. Personne dans les rues. Pas âme qui vivait. J’étais convaincu que l’ensemble de la population avait déménagé. C’était peut-être pour les besoin de la rencontre. Un lieu : une ville fantôme.
Seul un bar-tabac était allumé. J’entrai m’acheter un petit cigare. Des pompiers étaient les seuls clients. Le plus vieux m’apostropha :
- Qu’est-ce qu’on a besoin d’un hurluberlu comme toi ? Faut pas rester ici.
Je lui répondis que je faisais ce que je voulais. Je restais dans la ville point barre.
Je sortis et je marchai et marchai encore. Les lampadaires diffusaient une très faible lumière. Je tombai nez à nez sur la caserne des pompiers et retrouvai le vieux gradé.
-Pourquoi tu m’as cherché ? lui lançai-je.
Il s’énerva :
- Parce qu’on ne veut tout simplement pas te voir dans le coin.
Je lui répondis :
- Mais je t’emmerde !
Il s’approcha et m’envoya un crochet dans le foie, un autre coup au visage. J’étais à terre.
- Maintenant, t’as compris j’espère.
Je repartis en titubant, récupérai dans une porte coche cochère et m’endormis un peu.
Au petit matin, je repérai une seule maison où il y avait de l’animation. C’était une maison délabrée. Des enfants africains jouaient dans la cour. Les parents apparurent l’air interrogateur et inquiet, cherchant à savoir ce que je voulais. Ils ne parlaient pas français.
J’avais envie de rester. J’éprouvais un grand bonheur à voir les enfants jouer. Ils étaient trop mignons et c’était un instant de vie incroyable dans cette ville qui sentait la mort. Le père m’offrit le robinet de la cour pour me désaltérer et me rincer le visage. Il me fit comprendre qu’il fallait comprendre. Deux maisons plus loin, je ramassai un tissu africain avec des filins dorés et un délicieux parfum de Barbès légèrement éventé par le temps.
Il n’y avait toujours personne dans la ville. Je pensai à une cité des Corons désaffectée.
Je surpris des femmes triant des vêtements usagés dans une salle publique. Je leur posai des questions sur la situation de la ville. Elles prirent un air revêche et lâchèrent sèchement :
- Il ne faut pas rester ici.
Je pris un bus. Je ne savais pas où j’allais.

vendredi 15 janvier 2010

J’appelai le Chanteur. Cette fois, il me répondit. Il blaguait, parlait par métaphores, jeux et pirouettes avec les mots comme il savait si bien le faire dans ses chansons. Je n’insistai pas.
Je fus surpris de voir guetter deux de ses danseurs de hip-hops à la sortie de chez moi. Il portait des pantalons larges dont les plis formaient des sexes masculins ou des flèches marquant une direction. Celles-ci renvoyaient sur d’autres hommes portant les même jeans et les mêmes plis. J’allais comme ça d’homme en homme avec un air d’enfant abandonné cherchant à remonter les cailloux du Petit Poucet.
C’est ainsi que je pris le métro, puis le RER, puis le bus et que je me suis retrouvé à la cité du Val Fourré à Mantes-la Jolie.
Des enfants jouaient au pied des arbres entre deux immeubles. De petites allées contournaient les bâtiments et les arbres, descendaient en escalier, empruntaient des pentes qui m’amenèrent à la mosquée qui ressemblaient à une maison aux murs et aux toits sommaires, bien entretenue. Je n’avais pas remarqué que c’était le lieu de culte. Je m’étais assis car les arbres étaient beaux et j’avais trouvé quelques marches confortables qui desservaient un sol carrelé où je pouvais écrire un nouveau poème au Chanteur. J’étais quasi-certain que si le poème était réussi, celui-ci apparaîtrait au détour d’un immeuble pour m’emmener chez lui.
Des hommes d’une soixantaine d’année sortaient les uns après les autres. Certains me disaient bonjour, d’autre Salah Malekoum et jamais je n’avais connu un aussi grand moment de paix. Je les remerciais du regard, leur répondais avec une voix émue, la gratitude de faire partie de leur monde, et de me projeter dans mon enfance : j’avais onze ans, j’habitais une petite maison de cité ouvrière bordée d’un terrain vague, six ouvriers algériens construisaient là un immeuble et m’avaient chaleureusement pris pour leur fils adoptif malgré la barrière de la langue. J’avais été anéanti par leur départ, une fois l’immeuble construit. C’était de vrais pères, j’étais orphelin. Je crois que toute ma vie, j’essaie inconsciemment de les retrouver, je sais que je n’y arriverai pas. Je n’avais jamais connu un tel amour pour l’innocence de l’enfance. Rien que d’y penser, je suis encore abandonné et j’ai envie de pleurer : je pleure.
Après leurs bonjours, je me ressaisis et vins dans le fast-food au milieu de la cité. Il y avait de jeunes Blacks, super fringués, « jouant les jeunes vrais mecs » qui regardaient des vidéos à la télé en mangeant leurs hamburgers. Ils me saluèrent, me parlaient un peu. Ils étaient cools. Je me sentais bien mais à onze heures, je ne savais pas où dormir. J’errais sur l’allée principale. Une jeune femme m’indiqua l’aubette de bus et l’horaire.
J’atterris à la Défense où je divaguai entre les tours. Les buildings étaient tellement beaux, les reflets de lumières, les formes élastiques, la plastique. J’étais impressionné par la rutilance. Je repensai à mes pouvoirs extraordinaires : l’initiation du cimetière du Père-Lachaise qui me signifiait lourdement que j’avais un lien avec la vie et l’industrie de l’atome, le magnétisme qui me donnait des semelles de plombs et guidait mes pas même contre mon gré, le sens des équilibres physiques et pourquoi pas psychiques dans mes recherches d’harmonie.
Je commençai à croire que j’étais une création du cosmos, comme tout être humain d’ailleurs, mais je savais que je bénéficiais de certains de ses pouvoirs extraordinaires, sans doute parce que je n’étais pas étranger à son origine (hypothèse !).
La Défense était déserte, elle dominait les lumières de Paris et elle semblait s’offrir à moi. Avec la conscience de disposer de ces pouvoirs assez indispensables à la vie économique, je ne résistais pas à la tentation d’imaginer que toutes ces multinationales tomberaient dans mon escarcelle. La farce ! Je n’aimais et n’aime toujours pas le pouvoir !
Je ne voulais pas changer de métier. Je me sentais libertaire, assez rusé pour saisir l’opportunité de faire un bon usage de toutes ces richesses. Tant pis, je ferais un double métier, me lèverais à 6 heures du matin, virerais tous les conseils d’administrations, distribuerais une bonne partie des bénéfices de ces entreprises aux pays sous-développés qu’elles n’avaient cessé de piller, une autre partie des bénéfices aux salariés dont je diviserais le temps de travail par deux pour embaucher autant de chômeurs qu’il y avait de salariés.
J’instituerais un système de formation permanente (la moitié du temps de travail), allez hop on embauchait encore ! Il s’agissait de distribuer 90 % des richesses du monde entier que concentrait cette poignée d’enfoirés. Il ne serait pas obligatoire que cette formation eût un rapport direct avec l’activité du salarié ou de l’entreprise. Par exemple, un ouvrier du bâtiment sans papier qu’on ferait évidemment régulariser pouvait prendre des cours de musique, de littérature ou de haute cuisine. Une secrétaire pouvait faire du droit mais aussi apprendre les langues, la calligraphie chinoise ou arabe, s’installer six mois en Argentine ou en Afghanistan pour écrire un récit de voyage avec ou l’aide d’un écrivain. Les possibilités étaient infinies et les entreprises faisaient juste des bénéfices pour transfigurer l’état des choses et la condition humaine.
Je rêvais et c’était presque une prière. La Défense était silencieuse, Paris offrait ses lumières, cette opulence confisquée aux mains d’une minorité me rendait mystique du partage et de la délibération de l’humanité pour que celle-ci chercha à bien à vivre. Je sentais bien que j’étais limité dans mes plans de bien être, qu’il fallait l’imagination et la décision de tous.
Et je ne voulais surtout pas être l’unique bienfaiteur, le M Bonheur des autres, on avait trop connu de dictateurs, je voulais être un vecteur, être celui du transfert de biens confisqués, espérant des ébullitions collectives pour que ces derniers conférassent le bien-être et agirent comme des starting-block dans la course au soulagement des souffrances, des frustrations, des exploitations, des humiliations, la course où se libéreraient une nouvelle parole, celle du cœur et des recherches d’harmonies, des grammaires entre les hommes et les femmes pour que les échanges fussent perpétuels et égalitaires.
Je rentrai chez moi à l’autre bout de Paris à Gambetta en marchant pieds nus (c’était devenu une manie). Sur les Champs-Elysées, je vis sur un autocar couleur saumon une bastide peinte avec des petits murs de pierres et des cyprès. Je me dis que c’était la résidence du Joueur. J’étais persuadé que le Chanteur et le Joueur m’attendaient chez moi avec des sushis pour faire l’amour.
Pendant tout le trajet, je n’imaginais qu’un seul amant pour des ébats les plus torrides, une nuit éternelle, la plus libérée, la plus sensuelle : c’était le Joueur.